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El Othmani. "Nous sommes le premier parti au Maroc"
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N° 292
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Propos recueillis par
Karim Boukhari


Interview.
Saâdeddine El Othmani. “Nous sommes le premier parti au Maroc”

Saâdeddine El Othmani,
secrétaire général du PJD.
(AIC PRESS)

Le numéro 1 du PJD fait le bilan des élections. Une première sortie médiatique qui appellera certainement beaucoup de commentaires…


Comment évaluez-vous la performance électorale de votre parti : comme une victoire ou un échec ?
Le PJD, vis-à-vis de la population, est sorti vainqueur, même si nous n’avons pas pu mobiliser plus de monde, surtout en raison de la gestion chaotique des cartes d’électeur à l’échelle locale. On a mené une campagne électorale propre et organisée. Et puis, malgré tout, nous sommes le premier parti en termes de voix !

Cela veut-il dire que vous vous considérez comme le premier parti du royaume ?
Quoi de plus évident !

Mais vous tabliez sur plus. Qu’est-ce qui vous a empêchés de récolter davantage de sièges et de voix : la concurrence d’autres partis islamistes (PRV, BH), la nature de votre discours, le découpage électoral… ?
Sachez d’abord qu’on nous a privés d’au moins 15 sièges et nous avons d’ailleurs déposé une série de recours dans ce sens. Pour répondre directement à votre question, il n’y avait pas de concurrence réelle de la part des nouveaux partis qui partagent le même référentiel (ndlr : l’islam). Le drame est venu du côté de l’usage massif de l’argent sale et de la gestion administrative des cartes d’électeur. Mais il est évident que le nouveau découpage électoral nous a dépossédés de quelques sièges, surtout à Casablanca, Marrakech, Fès et Tanger. Et au niveau de notre discours, nous avons évité la démagogie.

Vous n’avez pas l’impression, malgré tout, d’avoir surestimé vos forces à la veille des élections ?
En aucun cas ! Tous les sondages convergeaient. L’argent a pris le dessus car il ne faisait pas partie des prévisions. On croyait que tout allait bien se passer et c’est à ce niveau qu’on s’est trompé.

Est-ce que le PJD estime avoir été victime d’une conspiration nationale visant à le mettre en échec ? Si oui, quel est le moteur de cette conspiration : le Palais, les partis… ?
Depuis le sondage de l’IRI, le PJD est devenu la cible de tout le monde. Beaucoup de partis ont présenté (comme candidats aux élections) des gens dont le seul discours est l’achat de voix. C’est dramatique pour notre pays. Ce sont les partis qui ont agi ainsi qu’il faut blâmer. Ces mêmes partis vont assister, une fois le Parlement ouvert, à l’absentéisme de leurs élus sans agir. Il faudra appliquer des sanctions contre les absents au Parlement. Le PJD exigera encore plus que par le passé l’application du règlement intérieur du Parlement.

Le PJD est-il un parti urbain ?
Nous étions un parti urbain. Aujourd’hui, on a bien élargi notre influence dans le monde rural. Il va falloir consentir encore plus d’efforts, mais certains veulent à tout prix faire croire que nous sommes complètement absents du Maroc rural. Ce qui est faux !

Pouvez-vous dresser le portrait robot de l’électeur PJD en 2007 ?
Des cadres, des représentants de la classe moyenne, le pauvre qui refuse de vendre sa dignité et le vote-sanction.

En ciblant les élites, ne vous êtes-vous pas coupés d’une certaine base plus populaire ?
À la base, comme vous dites, les gens peuvent voter une fois, deux fois… Mais quand ils ne voient aucun changement au bout, ils se lassent et finissent par boycotter les urnes, parce qu’ils attendent du député ce que celui-ci ne peut pas leur apporter en fin de compte. C’est compréhensible dans l’état actuel des choses (ignorance, pauvreté, etc). Pour revenir au PJD, il est clair qu’au niveau des élites, le parti a beaucoup gagné.

Au lendemain des élections, vous ne vous êtes prononcés ni pour une participation (au gouvernement), ni pour rejoindre les rangs de l’opposition. Pourquoi ?
Quand on s’est présentés devant les électeurs, ce n’était pas pour aller automatiquement vers l’opposition, mais éventuellement aussi pour participer, contribuer, à la gestion de la chose publique. Le peuple marocain observera lui-même que le PJD ne se débine pas, et qu’il ne rampe pas non plus pour entrer au gouvernement. Le PJD est simplement une force tranquille, il ne s’agite pas.

Quand vous critiquez, entre autres via vos organes de presse, les déclarations d’un El Himma, vous vous en prenez au député des Rhmana ou au porte-parole officieux du roi ?
Au député !

Quel est votre objectif pour les communales de 2009 : réaliser le raz-de-marée raté pour les législatives ?
Le mode de scrutin est fait de manière assez savante, dans le but d’éviter tout raz-de-marée. Et puis, dorénavant, il ne faut plus se faire d’illusion sur l’usage massif de l’argent. Nous allons intégrer cette variable dans nos calculs. Mais j’espère que les Marocains voteront massivement pour barrer la route aux mafieux. Ce sera le grand défi de demain.

Comment expliquez-vous la quasi- absence du PJD au niveau de la Deuxième chambre ?
On n’achète pas les voix, c’est aussi simple que cela.

Abbas El Fassi est-il, à vos yeux, le Premier ministre idéal pour le Maroc de 2007 ?
Il n’y a pas de Premier ministre idéal. Il y a les urnes et les résultats qui en sortent !

Vous êtes un parti de droite qui s’apprête à faire de l’opposition à une coalition gouvernementale dominée par la droite. N’est-ce pas paradoxal ?
Au Maroc, la grille d’analyse en termes de gauche / droite a perdu toute sa crédibilité. Il faut réinventer une autre grille. Mais je crains que le cas marocain ne soit atypique ! En attendant, nous sommes un parti du centre et non de droite.

Vous verriez d’un bon œil l’arrivée d’un nouveau parti islamiste, Al Adl Wal Ihsane par exemple, à l’horizon 2012 ?
Pourquoi pas !



Commentaire. Le centre islamiste !

Le Maroc a peut-être besoin d’un PJD sans le substrat islamique, c’est-à-dire d’un vrai grand parti qui oublie d’inclure Dieu dans son programme politique. Car voilà un parti populaire, capable de fédérer la base et les élites, un parti sérieux qui ferme (en règle générale) sa porte aux intrus et aux notables, qui ne semble recourir ni à l’achat de voix ni au tripatouillage électoral, un parti, le seul, capable de révoquer un député parce qu’il s’absente du Parlement, oublie de payer ses cotisations mensuelles au parti, ou boycotte les réunions internes… En fait, à bien y voir, même le substrat islamique a été sérieusement “normalisé” chez nos islamistes. Au point qu’un Mohamed El Gahs, mercredi sur 2M, a fini par lâcher, tranchant : “Non, non, le PJD n’est pas un parti fasciste !”. La normalisation des islamistes fait dire à Saâdeddine El Othmani, dans l’interview qu’il nous a accordée, que “le PJD est un parti du centre” ! Bien entendu, la phrase du secrétaire général est plus une formule qu’une vérité nue. C’est sa manière à lui de dire : “Vous voyez bien qu’on a soigné notre discours et qu’on n’est pas forcément les plus fachos du lot”. Le PJD a gagné en honorabilité et même, depuis sa défaite (c’en est une malgré tout), en sympathie ! Parce qu’on aime bien les victimes, celles qui triomphent sur le terrain mais perdent tout sur tapis vert. Beaucoup sont en effet persuadés que le PJD a été privé d’une victoire aux élections, qu’il n’a pas été battu par ses concurrents mais par un système, et que son score, dans tous les cas, est en-deçà de son poids réel. C’est donc ce parti, sans doute le meilleur à l’heure actuelle, qui s’est résigné à basculer dans l’opposition parce qu’on n’a pas voulu de lui au gouvernement. À qui s’opposera-t-il demain ? à une coalition qui n’est ni de droite ni de gauche, ou à un Pouvoir qui, à l’instar de la dernière intervention télévisée d’El Himma, ne donne plus l’impression de mettre des gants pour l’affronter.

Karim Boukhari

 
 
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