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Propos recueillis par
Karim Boukhari
Interview.
Saâdeddine El Othmani. Nous sommes le premier parti au Maroc
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Saâdeddine El Othmani,
secrétaire général du PJD.
(AIC PRESS)
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Le numéro 1 du PJD fait le bilan des élections. Une première sortie médiatique qui appellera certainement beaucoup de commentaires
Comment évaluez-vous la performance électorale de votre parti : comme une victoire ou un échec ?
Le PJD, vis-à-vis de la population, est sorti vainqueur, même si nous navons pas pu mobiliser plus de monde, surtout en raison de la gestion chaotique des cartes délecteur à léchelle locale. On a mené une campagne électorale propre et organisée. Et puis, malgré tout, nous sommes le premier parti en termes de voix !
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Cela veut-il dire que vous vous considérez comme le premier parti du royaume ?
Quoi de plus évident !
Mais vous tabliez sur plus. Quest-ce qui vous a empêchés de récolter davantage de sièges et de voix : la concurrence dautres partis islamistes (PRV, BH), la nature de votre discours, le découpage électoral
?
Sachez dabord quon nous a privés dau moins 15 sièges et nous avons dailleurs déposé une série de recours dans ce sens. Pour répondre directement à votre question, il ny avait pas de concurrence réelle de la part des nouveaux partis qui partagent le même référentiel (ndlr : lislam). Le drame est venu du côté de lusage massif de largent sale et de la gestion administrative des cartes délecteur. Mais il est évident que le nouveau découpage électoral nous a dépossédés de quelques sièges, surtout à Casablanca, Marrakech, Fès et Tanger. Et au niveau de notre discours, nous avons évité la démagogie.
Vous navez pas limpression, malgré tout, davoir surestimé vos forces à la veille des élections ?
En aucun cas ! Tous les sondages convergeaient. Largent a pris le dessus car il ne faisait pas partie des prévisions. On croyait que tout allait bien se passer et cest à ce niveau quon sest trompé.
Est-ce que le PJD estime avoir été victime dune conspiration nationale visant à le mettre en échec ? Si oui, quel est le moteur de cette conspiration : le Palais, les partis
?
Depuis le sondage de lIRI, le PJD est devenu la cible de tout le monde. Beaucoup de partis ont présenté (comme candidats aux élections) des gens dont le seul discours est lachat de voix. Cest dramatique pour notre pays. Ce sont les partis qui ont agi ainsi quil faut blâmer. Ces mêmes partis vont assister, une fois le Parlement ouvert, à labsentéisme de leurs élus sans agir. Il faudra appliquer des sanctions contre les absents au Parlement. Le PJD exigera encore plus que par le passé lapplication du règlement intérieur du Parlement.
Le PJD est-il un parti urbain ?
Nous étions un parti urbain. Aujourdhui, on a bien élargi notre influence dans le monde rural. Il va falloir consentir encore plus defforts, mais certains veulent à tout prix faire croire que nous sommes complètement absents du Maroc rural. Ce qui est faux !
Pouvez-vous dresser le portrait robot de lélecteur PJD en 2007 ?
Des cadres, des représentants de la classe moyenne, le pauvre qui refuse de vendre sa dignité et le vote-sanction.
En ciblant les élites, ne vous êtes-vous pas coupés dune certaine base plus populaire ?
À la base, comme vous dites, les gens peuvent voter une fois, deux fois
Mais quand ils ne voient aucun changement au bout, ils se lassent et finissent par boycotter les urnes, parce quils attendent du député ce que celui-ci ne peut pas leur apporter en fin de compte. Cest compréhensible dans létat actuel des choses (ignorance, pauvreté, etc). Pour revenir au PJD, il est clair quau niveau des élites, le parti a beaucoup gagné.
Au lendemain des élections, vous ne vous êtes prononcés ni pour une participation (au gouvernement), ni pour rejoindre les rangs de lopposition. Pourquoi ?
Quand on sest présentés devant les électeurs, ce nétait pas pour aller automatiquement vers lopposition, mais éventuellement aussi pour participer, contribuer, à la gestion de la chose publique. Le peuple marocain observera lui-même que le PJD ne se débine pas, et quil ne rampe pas non plus pour entrer au gouvernement. Le PJD est simplement une force tranquille, il ne sagite pas.
Quand vous critiquez, entre autres via vos organes de presse, les déclarations dun El Himma, vous vous en prenez au député des Rhmana ou au porte-parole officieux du roi ?
Au député !
Quel est votre objectif pour les communales de 2009 : réaliser le raz-de-marée raté pour les législatives ?
Le mode de scrutin est fait de manière assez savante, dans le but déviter tout raz-de-marée. Et puis, dorénavant, il ne faut plus se faire dillusion sur lusage massif de largent. Nous allons intégrer cette variable dans nos calculs. Mais jespère que les Marocains voteront massivement pour barrer la route aux mafieux. Ce sera le grand défi de demain.
Comment expliquez-vous la quasi- absence du PJD au niveau de la Deuxième chambre ?
On nachète pas les voix, cest aussi simple que cela.
Abbas El Fassi est-il, à vos yeux, le Premier ministre idéal pour le Maroc de 2007 ?
Il ny a pas de Premier ministre idéal. Il y a les urnes et les résultats qui en sortent !
Vous êtes un parti de droite qui sapprête à faire de lopposition à une coalition gouvernementale dominée par la droite. Nest-ce pas paradoxal ?
Au Maroc, la grille danalyse en termes de gauche / droite a perdu toute sa crédibilité. Il faut réinventer une autre grille. Mais je crains que le cas marocain ne soit atypique ! En attendant, nous sommes un parti du centre et non de droite.
Vous verriez dun bon il larrivée dun nouveau parti islamiste, Al Adl Wal Ihsane par exemple, à lhorizon 2012 ?
Pourquoi pas ! |
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Commentaire. Le centre islamiste !
Le Maroc a peut-être besoin dun PJD sans le substrat islamique, cest-à-dire dun vrai grand parti qui oublie dinclure Dieu dans son programme politique. Car voilà un parti populaire, capable de fédérer la base et les élites, un parti sérieux qui ferme (en règle générale) sa porte aux intrus et aux notables, qui ne semble recourir ni à lachat de voix ni au tripatouillage électoral, un parti, le seul, capable de révoquer un député parce quil sabsente du Parlement, oublie de payer ses cotisations mensuelles au parti, ou boycotte les réunions internes
En fait, à bien y voir, même le substrat islamique a été sérieusement normalisé chez nos islamistes. Au point quun Mohamed El Gahs, mercredi sur 2M, a fini par lâcher, tranchant : Non, non, le PJD nest pas un parti fasciste !. La normalisation des islamistes fait dire à Saâdeddine El Othmani, dans linterview quil nous a accordée, que le PJD est un parti du centre ! Bien entendu, la phrase du secrétaire général est plus une formule quune vérité nue. Cest sa manière à lui de dire : Vous voyez bien quon a soigné notre discours et quon nest pas forcément les plus fachos du lot. Le PJD a gagné en honorabilité et même, depuis sa défaite (cen est une malgré tout), en sympathie ! Parce quon aime bien les victimes, celles qui triomphent sur le terrain mais perdent tout sur tapis vert. Beaucoup sont en effet persuadés que le PJD a été privé dune victoire aux élections, quil na pas été battu par ses concurrents mais par un système, et que son score, dans tous les cas, est en-deçà de son poids réel. Cest donc ce parti, sans doute le meilleur à lheure actuelle, qui sest résigné à basculer dans lopposition parce quon na pas voulu de lui au gouvernement. À qui sopposera-t-il demain ? à une coalition qui nest ni de droite ni de gauche, ou à un Pouvoir qui, à linstar de la dernière intervention télévisée dEl Himma, ne donne plus limpression de mettre des gants pour laffronter.
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