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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri
(avec agences)

FMI. DSK, banquier du monde

DSK, de présidence ratée
à présidence à risques.
(AFP)

Sa nomination à la tête du FMI permet à Dominique Strauss-Kahn de fuir un Parti socialiste français miné par les luttes internes. Mais l’institution qu’il dirige désormais ne va pas mieux…


Sans surprise, Dominique Strauss-Kahn, DSK pour les intimes, a été élu à la tête du Fonds monétaire international (FMI). À 58 ans, l’homme, défait par Ségolène Royal pour la candidature aux présidentielles, snobé puis exhibé comme Premier ministrable, tient sa revanche. Il est également heureux de prendre ses distances avec un
Parti socialiste déchiré, pour s’installer à la tête du FMI. En fait, les choses se sont passées très vite. En juin dernier, Strauss-Kahn est contacté par son ami Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois, qui évoque avec lui la succession de Rodrigo Rato, le directeur sortant du FMI. Et pourquoi pas lui ? DSK se voit bien en futur patron des finances mondiales. L’été, il parcourt 100 000 km et sillonne une vingtaine de pays, pour aller à la rencontre de ses (nouveaux) électeurs au sein du conseil d’administration du FMI. En France, Nicolas Sarkozy soutient publiquement sa candidature, portant un nouveau coup à la gauche qu’il prive de l’une de ses figures les plus populaires. Fort de l’appui des Américains, des Japonais, des Chinois et des Indiens, DSK sera finalement élu sans difficulté. Son seul rival, Josef Tosovsky, présenté par les Russes, bénéficiait d’appuis moins influents, bien qu’il se posait en défenseur des nations les moins puissantes. La nomination de DSK à la tête du FMI a été diversement appréciée en France. Alors que le président Sarkozy la voyait comme “une grande victoire pour la diplomatie française”, à gauche, l’enthousiasme est moins évident. “Nous sommes fiers que les compétences de DSK soient reconnues à l’échelle mondiale, mais nous sommes un peu amers que les socialistes l’aient laissé partir”, résume Jean-Christophe Cambadélis, son ancien compagnon de route. La Ligue communiste révolutionnaire, elle, regrette que DSK ait été choisi “par les grandes puissances qui pillent la planète”. C’est surtout son futur salaire qui fait tousser les “cocos” : 420 000 dollars annuels (295 000 euros), nets d’impôts !

Echecs, blog et argent
Dans le paysage politique français, et même au sein de la famille socialiste, Dominique Strauss-Kahn a toujours détonné. Son élégance et sa décontraction lui valent l’étiquette de dilettante et son aisance matérielle assumée agace à gauche. Mais sa vive intelligence est redoutée de ses rivaux. Epicurien, classé “gauche caviar” par ses adversaires, il est le chantre d’un social-libéralisme du réel, une realpolitik lucide, loin du crédo de la gauche traditionnelle. Passionné de technologies et d’échecs, blogueur de la première heure, polyglotte naturel, il peut se couler avec aisance dans n’importe quelle haute fonction, qui semble aussitôt taillée pour lui sur mesure. Chose qu’il confirme aujourd’hui, en rebondissant là où personne ne l’attendait.

Question : Strauss-Kahn reviendra-t-il un jour en politique ? L’homme jure qu’il n’en fera rien. Il s’est engagé, assure-t-il, à accomplir la totalité de son mandat de cinq ans à la tête du FMI, ce qui devrait l’écarter de facto de la prochaine course présidentielle en 2012. À moins qu’il ne choisisse de profiter de sa nouvelle stature internationale pour tenter un come-back politique en France, à l’image de ce qu’a réussi Romano Prodi en Italie. Une hypothèse qui semble peu crédible au politologue Dominique Reynié, interrogé par l’AFP : “S’il revenait sur une parole non tenue sur le plan international, ce serait un vrai handicap”. Autre difficulté : DSK ne peut plus revêtir le costume de l’opposant farouche à Nicolas Sarkozy, l’homme qui l’a propulsé vers le siège du FMI (ou au moins aidé à le faire). Mais ce qui est certain, c’est que Strauss-Kahn est soulagé de quitter un parti miné par les luttes intestines, où l’ambiance est délétère et les règlements de compte une manière de fonctionner. Pour Dominique Reynié, l’effacement de Strauss-Kahn aura au moins le mérite de “réduire les tensions” au sein du PS. Désormais, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, dont la cote est en hausse, devraient profiter de l’espace ainsi libéré pour se disputer le contrôle du PS… ou de ce qu’il en reste. À moins que Laurent Fabius n’opère un énième retour…

Vaste chantier
Mais pour l’heure, DSK a d’autres soucis. Il sait que, dans 5 ans, il sera jugé sur ses résultats. Et vu la situation dont il hérite, la tâche n’est pas aisée. Tout comme la Banque Mondiale, le FMI souffre d’une grave crise d’identité et d’un sérieux problème de crédibilité. Soucieux de ne pas apparaître comme le candidat du Nord contre le Sud et de gagner à sa cause les voix dissonantes, DSK a critiqué, dès ses premières sorties médiatiques, le mécanisme de désignation des patrons des instances financières internationales. Dans un entretien paru dans Le Monde, il a affirmé que “l’accord tacite entre les Américains, qui se réservent la direction de la Banque mondiale, et les Européens, qui placent un des leurs à la tête du FMI, n’a plus de raison d’être”. Il a également estimé que le FMI “ne peut plus se contenter d’être un ‘gendarme’ qui prête de l’argent en contrepartie de règles très dures pour les pays en difficulté”. Le FMI est également confronté à une perte de légitimité. Les pays émergents (Chine, Brésil, Inde, Afrique du Sud) revendiquent désormais plus de poids au sein de l’institution financière. Une institution aujourd’hui exsangue : non seulement ses caisses sont vides, mais ses comptes accusent pas moins de 107 millions de dollars de déficit !

Et DSK s’est déjà mis au travail, esquissant quelques solutions : un système de double majorité de quotes-parts et de pays, et la diversification du personnel du FMI où “l’Amérique du Sud, l’Asie et l’Afrique sont sous-représentées”. Le socialiste envisage même de vendre le stock d’or du FMI, et placer le fruit de la transaction pour dégager des revenus ! Car pour DSK, le FMI devra s’adapter à un monde différent, globalisé et plus complexe. Vaste chantier.



Parcours. Du Maroc au FMI

Dominique Strauss-Kahn est né le 25 avril 1949 à Neuilly-sur-Seine. Son enfance se déroule d’abord au Maroc, plus exactement à Agadir, puis à Monaco. Il suit des études de commerce à HEC avant d’enchaîner avec Sciences Po Paris. Licencié en Droit et agrégé d’économie, il enseigne à l’Université de Nancy puis à celle de Nanterre. Il débute sa vie politique au Ceres de Chevènement, avant de rejoindre le Parti socialiste dans les années 70, où il se lie d’amitié avec Lionel Jospin. Après l’élection de Mitterrand en 1981, il devient commissaire-adjoint au plan, puis ministre délégué de l’Industrie dans le gouvernement d’Edith Cresson. Elu maire de Sarcelles en 1995, il épouse Anne Sainclair, célèbre journaliste de TF1. Cette dernière renonce à son magazine Sept sur Sept quand son mari est nommé ministre de l’Economie en 1997 dans la dream-team de Jospin. En 1999, il est mis en cause dans les affaires MNEF et ELF et choisit de quitter le gouvernement pour ne pas l’éclabousser. L’ex-ministre sera ensuite blanchi de toute accusation dans les deux dossiers. Il est réélu député dans le Val d’Oise en 2002. Fin 2004, il est à la direction du PS et est chargé de préparer, avec Martine Aubry et Jack Lang, le projet socialiste pour 2007. Mais les militants lui préféreront Ségolène Royal pour défendre les chances du PS à la présidentielle de 2007. En septembre, il devient banquier du monde.

 
 
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