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N° 292
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Pour rien au monde, Zakaria Boualem ne renoncerait à sa partie de foot d'avant le f'tour.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Globalement, on peut parler au sujet du ramadan de Zakaria Boualem d’un échec assez net. On lui a demandé d’oublier un peu son ventre, et Zakaria Boualem l’a placé aussitôt au centre de ses préoccupations. On lui a demandé de prendre un peu de hauteur spirituelle, de se concentrer sur sa foi et lui a réagi avec enthousiasme en transformant sa journée en concert de jérémiades et de grognements divers. Mais parmi toutes ces aberrations ramadanesques, il y en a une qui mérite une analyse particulière : c’est cette étrange et brutale passion pour le sport. Le reste de l’année, Zakaria Boualem applique à la lettre la doctrine de Churchill, celle qui l’a porté au-delà de 91 ans et qui tient en deux mots : “No sport”. Mais pendant le ramadan, soudain, notre homme s’excite. Tous les jours, juste avant le f’tour, il va taper dans un ballon en compagnie de ses collègues de bureau. ça n’a rien d’une occupation anodine. C’est au contraire une heure de gesticulation acharnée, un truc vraiment sauvage qui, trois jours sur quatre, se termine en bagarre générale. D’un strict point de vue biologique, ce sport violent placé à la fin d’une journée de jeûne est une véritable catastrophe. Pourtant, Zakaria Boualem n’y renoncerait pour rien au monde. La question est : POURQUOI ? Et nous allons la lui poser directement :

- Pourquoi faites-vous du sport pendant le ramadan ?
- C’est bon pour la santé, non ?
- Non, c’est catastrophique. Vous êtes déshydraté, fatigué, le corps
souffre.
- Ah bon, je m’en doutais bien…
- Alors, vous allez arrêter ?
- Non, il faut faire du sport pendant le ramadan.
- Pourquoi ?
- Mais parce que c’est comme ça. On a toujours fait du sport pendant le ramadan. Il n’y a rien d’autre à faire d’ailleurs. Les cafés sont fermés, on a le temps. C’est bien de faire du sport.
- Je viens de vous dire le contraire, c’est l’avis des médecins.

Nous ne tirerons plus grand-chose de Zakaria Boualem, surtout à cette heure avancée de la journée, elle-même passablement avancée dans le mois. Il y a derrière cette volonté de sport une sorte d’objectif de pureté temporaire, une envie de souffrir à la limite du masochisme. Avec, à la fin du mois, l’idée d’en avoir suffisamment bavé pour pouvoir se remettre à bouffer, boire et dormir à toute heure la conscience tranquille. La seconde idée qui traîne derrière cette affaire, c’est qu’on peut rattraper une année d’excès en tout genre en un mois d’efforts à peine. C’est bien entendu faux, mais c’est classique chez nous. La continuité de l’effort est une notion qui nous est parfaitement étrangère. On préfère l’impulsion, la mobilisation soudaine et totale sur une durée brève, de préférence sous la pression d’un événement important. Mais nous nous égarons, ce qui est la moindre des choses avec aussi peu de choses dans le ventre.

Et avant de se quitter, il me faut répondre au mail d’un lecteur qui souhaite connaître le sentiment de Zakaria Boualem au sujet de notre nouveau Premier ministre. Voici sa réponse officielle : “Je me félicite de la nomination de Abbas El Fassi. Son extraordinaire expérience de plus de trente ans passés dans les ministères constitue un atout sans pareil pour sa nouvelle mission. Je suis par ailleurs convaincu que cet homme saura mobiliser les jeunes autour de son projet de société, et briser la vague de scepticisme qui a accompagné les élections 2007. Quand à ceux qui pensent que son âge pourrait constituer un handicap, je réponds qu’à Guercif, nous avons un vendeur de bebbouch qui a largement dépassé les 95 ans et qui est fort comme un cheval. Donc je ne vois pas le problème. Il sera un très bon Premier ministre. Cela étant dit, je vous demande de bien vouloir ne plus me déranger la prochaine fois avec un vote, une campagne, un programme ou quoi que ce soit de ce genre, merci, j’ai compris”.

 
 
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