Société. Khouanji way of life
Reportage. Tarfaya, l'ex de Saint Ex
Portrait. Itinéraire d'un sans-papier
Idées. Croire en la jeunesse
France. La chicha, c'est fini !
Bourse. Le milliard pour Chaabi
Bigg. "J'ai plus d'impact que l'USFP"
Parution. Le Maroc pour les nuls
Musique. Le voyage des Hoba
Interview. "Banlieusarde le jour, reine le soir"
N° 293
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hassan Legzouli, réalisateur.

Idées. Croire en la jeunesse

Hassan Legzouli
(DR)

Dans ce texte adressé à TelQuel, le cinéaste Hassan Legzouli dresse un véritable plaidoyer pour l’émancipation culturelle et identitaire de la jeunesse marocaine.


L’effervescence que connaît la scène culturelle marocaine en ce moment a démarré dans le cinéma, pour se poursuivre dans la musique. Elle ne peut qu’être saluée, puisqu’elle a payé un lourd tribut à la médiocrité politique et économique, et au conservatisme social et culturel. La société est de nouveau traversée par des soubresauts de vitalité. Ils témoignent que ce corps malade réagit encore, selon la
bonne vieille loi physiologique : il est en train de fabriquer ses anticorps. Dans les années 60-70 et avant de tomber dans une léthargie totale, le Maroc a connu la même fièvre culturelle et politique qui, malheureusement, a été tuée dans l’œuf et de la manière la plus violente possible. En ce moment, la société marocaine est, à mon sens, dans une phase charnière de son histoire et elle avance sur le fil du rasoir. Le moindre faux-pas la ferait basculer du côté d’un Pouvoir qui n’a rien perdu de sa vigueur “makhzénienne”. Il a déjà fait preuve de ses talents de “récupérateur / intégrateur”. Le discours de certains groupes de musique et de certains cinéastes, par exemple, est très révélateur de cette récupération : elle transparaît à travers des revendications identitaires basiques, pour ne pas dire simplistes, nationalistes et moralisatrices. Le vide politique est meublé par des mouvements islamistes des plus radicaux. Ces derniers proposent un aller simple pour le paradis avec la ceinture d’explosifs comme moyen de transport. Quant aux soi-disant “modérés”, qui sont les cousins germains du Pouvoir makhzénien, ils n’ont au programme que la religion : l’indiscutable parole de Dieu ! La démocratie peut donc aller se rhabiller.

Le look BCG
L’exclusion et le mépris total de la jeunesse marocaine par le Pouvoir rendent cette partie de la population influençable à l’enrôlement, aux ceintures d’explosifs, au look BCG (Barbe, claquettes, gandoura) et burka noire, version marocaine. Cette jeunesse peut être, si elle ne l’est pas déjà, l’outil de propagation des idées islamistes dans une société marocaine conservatrice de nature. Ce qui m’inquiète en ce moment, c’est cette vision “bipolaire” à la mode dans le discours médiatique. Elle oppose jeunes modernes et jeunes traditionalistes, arabophones et francophones, jeans taille basse et hijab islamique, look métal et look BCG… Il faut, à mon sens, chercher plutôt à leur trouver un PGDC (plus grand dénominateur commun) : les jeunes Marocains sont le miroir de la société, d’un Etat, d’une politique, qui les ont marginalisés, exclus, réduits à l’état de sujets. Ils les ont vidés et dénués de toute individualité, de toute considération de soi en tant que citoyens appartenant à un modèle de société. Le cynisme, le mépris, la malhonnêteté des dirigeants et leur médiocrité ont réduit , dans le meilleur des cas, toute conscience d’un “moi” marocain à une sorte de nationalisme de base imbécile et creux. C’est sur ce terreau que peuvent germer et éclore les thèses islamistes, des plus “modérées” aux plus radicales. Pour peu que ces thèses leur promettent une vie meilleure au paradis, agrémentée de tous les plaisirs dont ils ont été privés ici-bas.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés