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Sortie. Il était trois fois rien
N° 294
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hassan Hamdani

Sortie. Il était trois fois rien

Acteur principal, réalisateur,
directeur de la photo… Dans
Il était une fois, il était deux fois,
Bachir Skiredj a tout (mal) fait.
(DR)

Le héros d’À la recherche du mari de ma femme revient sur les écrans marocains avec Il était une fois, il était deux fois. Un navet phénoménal, que Bachir Skiredj a cuisiné tout seul, comme un grand.


On s’extirpe parfois d’un siège de cinéma en savourant sa place de privilégié. On se délecte du plaisir d’avoir découvert, parmi les premiers, un film qui fera date dans le cinéma marocain. Ce fut en tout cas notre impression en sortant de l’avant-première du dernier film de Bachir Skiredj, tenue au courant de la semaine au Mégarama
de Casablanca. Avec Il était une fois, il était deux fois, le cinéma marocain tient enfin l’œuvre qui lui manquait, pour être considéré comme un art achevé : le navet ultime. Il a désormais les deux références Alpha et Omega, indispensables pour jouer dans la cour des grands : un film culte et un légume indigeste. Wechma (de Hamid Bennani, 1970) pour le meilleur, nous souffle dans l’oreillette la régie, Il était une fois, il était deux fois, pour le pire, nous martèle aux tympans le bon goût. Mustapha Derkaoui et son Casablanca by night (et by day aussi) peuvent aller se rhabiller. Le nouveau mètre-étalon, c’est ce premier long-métrage réalisé par Bachir Skiredj. Mais Il était une fois, il était deux fois quoi au juste ? Osons le pitch : Cordonnier à Fès au 7ème siècle, Maârouf (Bachir Skiredj) est marié à Aïcha Eddahia, une mégère qui le martyrise. La meuf de Maârouf, “elle s’la pète (au propre comme au figuré), elle met des coups d’tête et des balayettes”, comme dans le tube de Faf Larage. Un mauvais génie grimé en Drag Queen sort du mur de la maison de Maârouf, pour expédier la furie dans l’hyperespace comme dans X-Or, le shérif de l’espace. Puis, la drag queen, aux tendances homos, envoie Bachir Skiredj à notre époque, du côté d’Orlando aux Etats-Unis, comme dans Les Visiteurs. Tout ceci fait beaucoup de “comme dans”, mais en moins bien. Beaucoup moins bien.

Gaz à tous les étages
Première ficelle, le type débarqué du passé, perdu dans le monde moderne. Bachir Skiredj découvre la voiture et en fait des tonnes. Puis Skiredj découvre le réfrigérateur et en fait un pataquès. Le Comptoir de l’électro-ménager a failli y passer dans sa totalité. Comme il a achevé son film, Bachir Skiredj aurait dû achever son titre en ajoutant un ter. Il était trois fois rien, mais alors vraiment nada. On ressort du cinéma sans la perplexité qui peut vous frapper après avoir vu certains films marocains : “Ai-je bien vu ce qu’il y avait à voir ?”, “J’ai pas tout compris, serais-je obtus ?”. Non, cette gymnastique intellectuelle vous est totalement épargnée. Il n’y avait rien à comprendre, et ça, on l’a compris. Il n’y avait rien à voir et cela aussi on l’a vu. Quoique très mal. Skiredj est partout au générique, de la réalisation à l’écriture du scénario en passant par la direction de la photo… floue. Ce qui donne à Orlando et son soleil de Floride un étrange air de Londres sous le smog. Quant aux oreilles du spectateur, elles sont polluées par des séries de pets de l’acteur qui joue sur le registre scato, difficile à apprécier passé le stade anal (de 1 à 3 ans, selon Freud). Exemple : victime d’une diarrhée, Skiredj fait sa crotte au pied d’un arbre en se disant “qu’il vient du passé pour ch… sur l’avenir” (sic). Il ne croit pas si bien dire. Skiredj déféquerait-il sur l’avenir du cinéma marocain ? À coup sûr. L’opus est programmé en compétition officielle au Festival national du film, qui se tient à Tanger jusqu’à la fin de la semaine. Le long-métrage n’a pas été choisi pour ses qualités, que l’on se rassure, mais juste parce qu’il était prêt avant la manifestation comme le stipule le règlement du Festival. C’est clair, l’embellie du cinéma marocain n’ira pas sans que pètent encore des orages d’été.

 
 
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