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N° 294
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nadia Lamlili


Partis.
PJD. Chaude, chaude, la rentrée

Mustapha Ramid, le chef
du groupe parlementaire du PJD.
(AIC PRESS)

En portant Mustapha Ramid à la tête de son groupe parlementaire, le PJD a lancé un signal fort au gouvernement de Si Abbas (et au Palais). L’opposition sera dure et radicale.


Ils l’ont fait ! Lundi 15 octobre, les membres du secrétariat général du PJD ont donc élu, à la majorité absolue, Mustapha Ramid en tant que président de leur groupe parlementaire, le préférant aux deux autres candidats, anciens présidents du groupe et forts d’une solide expérience parlementaire : Abdellah Baha et Lahbib Choubani. L’élection du député de Derb Soltane, qui s’est déroulée au vote secret, est passée comme
une lettre à la poste. Pour les membres du secrétariat général, le choix de l’homme était évident : “C’est un bon président. Il saura mener la barque sans problème”, commente un membre du SG.

Le Maroc a changé, pas Ramid !
Pourtant, Ramid n’a pas toujours été en odeur de sainteté au sein de l’instance dirigeante du parti. En septembre 2003, c’est bien le secrétariat général qui, sous la pression de l’Intérieur, a invité Ramid à démissionner de la présidence du groupe, qu’il assumait depuis les législatives de 2002. “C’est Ramid lui-même qui avait demandé à démissionner, pour épargner au parti une confrontation avec le ministère de l’Intérieur. Le secrétariat général a refusé sa démission, qu’il a ensuite présentée à la présidence du Parlement. Sinon, jamais nous ne l’aurions laissé partir”, tente aujourd’hui de tempérer Lahcen Daoudi, membre dirigeant de la formation islamiste. Joint au téléphone, Ramid joue la carte du fair-play et résume sa “démission” de 2003 d’une manière laconique : “C’était une autre époque (ndlr : allusion aux événements terroristes de mai 2003), mais aujourd’hui, le contexte a changé”. En d’autres termes, le message de Ramid pourrait très bien être : “Le parti avait besoin de ma démission en 2003, aujourd’hui il a besoin de mon élection (en tant que président de groupe)”. C’est que Ramid a toujours traîné une image de déménageur, de contestataire. Il a, et c’est de notoriété publique, toujours incarné l’aile dure du PJD, celle qui interpelle directement le Pouvoir (en mettant en avant la nécessité de profondes réformes constitutionnelles) et s’engage en première ligne dans les débats de société de notre temps (c’est Ramid qui montait au créneau à l’époque de la grande inquisition qui a suivi le procès dit des satanistes, peu avant mai 2003). Aujourd’hui donc, en bons pragmatiques, les amis de Saâd Eddine El Othmani font table rase du passé, et préfèrent ne retenir que le “bon côté” de Monsieur le Président. “Il s’emporte parfois, mais il est très serein quand il faut prendre des décisions”, commente un membre du secrétariat général. Ainsi installé à la présidence du groupe, Ramid compte mener “une opposition forte et constructive”, mais sans se départir de ses revendications plus “classiques” pour une réforme de la Constitution. Sauf que, surprise, c’est désormais tout le parti qui revendique ladite réforme. Pour tenter de réduire les prérogatives du roi ? Le président Ramid évite de répondre directement à la question, mais il rappelle fermement que “tous les blocages à la démocratie doivent être dépassés, y compris ceux touchant à toutes les institutions, sans exception”. Message reçu, cinq sur cinq.

Une opposition au roi ou au gouvernement ?
La nomination de Ramid n’est pas le seul signe avant-coureur de la nouvelle stratégie du PJD. Au niveau du Parlement, les islamistes convoitent ainsi trois commissions stratégiques : les Finances, à la tête de laquelle ils proposent l’économiste Najib Boulif, la Législation avec la candidature de Lahbib Choubani, et les “secteurs sociaux” qu’ils comptent attribuer à Bassima Hakkaoui. “Chaque parti héritera d’une seule commission. Nous nous sommes proposés pour les trois plus importantes pour être sûrs, au moment du tirage au sort, d’en avoir une à la fin”, explique Bassima Hakkaoui. La stratégie du PJD dans l’opposition sera prioritairement axée sur le social, dont le parti entend faire son cheval de bataille politique. “Nouzha Sqalli, nouvelle ministre du Développement social, doit se préparer à nous affronter”, menace déjà Lahcen Daoudi. Depuis quelques jours, le député de Fès multiplie les attaques contre “ce gouvernement médiocre, hybride et voué à disparaître dans deux ans au maximum”. Un communiqué cinglant, dénonçant “la misère politique”, a même été publié par le parti au lendemain de l’installation du nouveau gouvernement. “Ils (les ministres) vont tous peiner”, prévient Daoudi, ironique. “Le PJD se prépare au grand combat, mais il va s’opposer à qui ?”, s’interroge pour sa part le politologue Mohamed Darif. Le chercheur sous-entend que le tiers du gouvernement est composé de technocrates et que le seul programme qui sera présenté au Parlement est celui du roi. “Et il est peu probable que le PJD, malgré ses audaces, irait jusqu’à critiquer ouvertement le roi”. En tout cas, rien ne semble atteindre le moral des islamistes, pas même les attaques d’un Fouad Ali El Himma, au lendemain de son élection le 7 septembre. “Mais nous n’avons aucun problème avec lui, ni avec quiconque d’ailleurs. Notre seul souci est de combattre la mauvaise gouvernance”, tient à préciser Abdelaziz Rebbah, membre du secrétariat général. “Ce qui nous intéresse, ce n’est pas de rentrer dans des polémiques inutiles et sans fin, mais il est clair que la situation (politique) générale du Maroc est critique et que le gouvernement n’a aucune légitimité populaire”, ajoute cette autre source au PJD. “Nous adressons ce message à qui de droit : la stabilité du pays et le dynamisme instauré autour des grands chantiers sont menacés”. Voilà qui est dit. Maintenant, le parti islamiste compte “descendre dans la rue” et revenir au terrain, pour gagner des batailles de rue via ses organisations de jeunes et de femmes, ses élus communaux, etc. “Nous savons qu’une partie de l’élite ne nous porte pas dans son cœur, mais nous ferons les efforts nécessaires pour les rassurer”. Vaste projet. En attendant, les (46) députés du PJD emmenés par le président Ramid se sont fixé trois priorités : la réforme du Code électoral, pour réduire la balkanisation du champ politique, la lutte contre la corruption et l’amendement de la loi de Finances. La feuille de route est tracée. Et les islamistes n’épargneront aucun effort pour l’appliquer. Le nouveau gouvernement est prévenu !



Opposition. Avec ou sans la Haraka ?

Les amis de Saâdeddine El Othmani semblent avoir bien digéré la défaite électorale du 7 septembre. “Nous savons bien qu’aucun parti ne peut émerger en solitaire sur la scène politique, en tout cas pas avant dix ans. En conséquence, le Maroc ne pourra être dirigé que par un bloc fort et homogène, qui fera face à un autre bloc d’opposition”, nous explique Abdelaziz Rebbah, membre du secrétariat général du PJD (et numéro 1 de la Jeunesse du parti). Transposé au Parlement, le bloc auquel Rebbah semble faire allusion pourrait bien être celui formé par le PJD… et le MP de Mohand Laenser, condamné malgré lui à l’opposition. Même si le MP risque d’être déserté par nombre de ses élus, tentés de migrer vers d’autres groupes parlementaires, il est bien le deuxième plus “gros” parti (après le PJD) resté en dehors du gouvernement. Une alliance ou, à tout le moins, un rapprochement PJD-MP est-il possible ? Oui, si l’on en croit plusieurs sources parmi les islamistes. Reste à convaincre Mohand Laenser et ses troupes, visiblement soumis à des difficultés internes depuis leur éviction du casting gouvernemental. “Dans tous les cas, nous incarnerions une opposition différente du PJD”, murmure-t-on dans l’entourage de Laenser. A suivre.

 
 
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