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N° 294
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri,
Correspondante au Moyen-Orient

Proche-Orient. Une conférence pour la forme ?

Condoleezza Rice a multiplié les
déplacements pour organiser cette
réunion sur le Proche-Orient. Cela
suffira-t-il ?
(AFP)

Une nouvelle conférence sur le conflit israélo-palestinien devrait se tenir à la fin novembre. Mais un grand flou règne toujours sur sa portée et ses objectifs.


À quoi va servir la conférence sur le Proche-Orient ? Qui va y assister ? Quels sont ses objectifs ? Faut-il même l'appeler “conférence” ? Autant de questions soulevées par cette initiative américaine, annoncée il y a quelques mois, et qui flotte toujours dans le brouillard. À quelques semaines de sa tenue, la ville où devrait se tenir la rencontre a enfin été révélée : Annapolis, près de Washington, aux Etats-Unis. Quant à
la date exacte, elle n'a toujours pas été fixée. “Durant l'automne”, se contentent de répéter les responsables américains. D'ailleurs, l'entourage du président George W. Bush grimace dès que le mot “conférence” est prononcé. Ils préfèrent volontiers le terme “réunion”, moins connoté, et surtout moins ambitieux. Cette réunion, donc, est censée donner le coup d'envoi de négociations israélo-palestiniennes, aboutissant en principe à la création d'un Etat palestinien. Mais ses objectifs font l'objet d'âpres discussions entre Israéliens et Palestiniens, qu'un gouffre sépare toujours au niveau des revendications.

Divergences insurmontables ?
Les Palestiniens, lassés par des années de promesses non tenues et de violences, insistent pour qu'un document “clair”, jetant les bases d'un traité de paix, soit établi avant la conférence. Mahmoud Abbas, le président palestinien, n'a cessé d'avertir ces dernières semaines qu'en cas d'échec, la conférence serait extrêmement dommageable aux efforts de paix. Le 17 octobre, après un nouvel entretien avec la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, il l'a de nouveau répété. “Il ne faut pas perdre de temps car ce n'est dans l'intérêt de personne. Nous ne pouvons pas aller à la réunion à n'importe quel prix. Cela serait inacceptable”, a-t-il déclaré. M. Abbas veut voir mentionnés dans un document conjoint et signé par les deux parties les frontières, le statut de Jérusalem, les réfugiés, la colonisation et l'eau. “Les négociations ne seront pas ouvertes indéfiniment”, a-t-il dit. “Il faut fixer une échéance afin qu'on puisse aboutir à des résultats”.

Mais les Israéliens, beaucoup plus évasifs, restent fermement opposés à toute idée d'un calendrier de négociations. Le Premier ministre Ehud Olmert a tempéré ces dernières semaines les espoirs suscités par la conférence. Ceci même s'il a laissé entendre qu'il pourrait renoncer à la souveraineté israélienne sur certains quartiers du secteur oriental de Jérusalem, occupé et annexé par Israël depuis 1967.

Scepticisme arabe
Les pays arabes se sont dits très prudents sur la conférence. Certains envoient des signaux contradictoires. D'abord dubitative, l'Egypte, l'un des alliés les plus fidèles des Etats-Unis dans la région, lance ainsi l’idée qu'il serait plus sage de reporter la réunion plutôt que d'en sortir bredouille. Le lendemain, à l'occasion d'une visite de Condoleezza Rice, le ministre des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit se dit rassuré sur les intentions américaines et promet le soutien de son pays. “Nous sommes encouragés par ce qu'a dit Mme Rice et nous avons promis de l'aider et d'aider les parties pour parvenir à cet objectif, qui est la relance des négociations menant à un Etat palestinien”, a-t-il affirmé. Il a toutefois mis en garde contre une réunion creuse et sans objectifs précis : “On ne peut pas négocier jusqu'à la fin des temps”. L'Arabie Saoudite, autre allié des Etats-Unis, a dit qu'elle pourrait ne pas participer à la réunion. “Le royaume ne voit pas d'intérêt à la réunion (…) si elle n'aborde pas les principales questions du conflit au Proche-Orient”, a affirmé à la mi-septembre le chef de la diplomatie saoudienne, Saoud Al Fayçal. Et si Israël “ne prend pas d'initiatives sérieuses prouvant sa crédibilité et son sérieux à engager la paix, il n'y aura pas d'intérêt à la réunion”. La Jordanie, troisième pays à être classé comme “modéré” par l'administration Bush et seul pays arabe, avec l'Egypte, à être signataire d'un traité de paix avec Israël, a indiqué ne pas avoir encore décidé de son niveau de représentation à la réunion, se plaignant d'un manque de clarté sur sa préparation.

Volonté américaine
Face à ces inquiétudes, les Américains tentent de faire bonne figure. “Ce sera une conférence sérieuse et substantielle qui avancera la cause de l'établissement d'un Etat palestinien”, affirme Condoleezza Rice, qui s'est lancée dans un travail de persuasion tous azimuts. “Franchement, nous avons mieux à faire que d'inviter les gens à Annapolis si c'était simplement pour la photo”. Au cours de sa septième tournée dans la région depuis le début de l'année, la secrétaire d'Etat a rencontré tous les leaders de partis politiques en Israël, ainsi que des groupes religieux et des militants, pour les convaincre de l'importance de la conférence. Soucieuse d'éviter un échec qui décrédibiliserait encore plus l'action de l'administration Bush au Moyen-Orient, elle a fait la navette entre Israéliens et Palestiniens pour tenter de combler le fossé qui les sépare et obtenu le soutien de l'Egypte. “Mais elle va devoir retrousser encore plus ses manches pour prouver son courage diplomatique”, estime le New York Times dans un éditorial, qualifiant ses derniers efforts de “trop tardifs et trop limités”. “Et le président Bush devra s'impliquer personnellement et directement” s'il veut éviter un nouvel échec dans la région, après le bourbier irakien et l'impasse iranienne, ajoute le quotidien. D'autant que les derniers développements sur la scène israélo-palestinienne risquent de compliquer les choses. Israël a déclaré la Bande de Gaza, contrôlée depuis le 15 juin par le Hamas, “entité hostile”, et confisqué des terres palestiniennes près de Jérusalem. Quant au Hamas et au Jihad islamique, ils ont annoncé qu'ils tiendraient une conférence concurrente le 7 novembre à Damas.



Syrie. Participera, participera pas…

La Syrie, acteur de poids au Proche-Orient, dont les relations sont plus que tendues avec Washington, sera invitée à la conférence sur le Proche-Orient. Mais y participera-t-elle ? Damas fait de l'abord de la question du Golan, plateau occupé et annexé par Israël, une condition sine qua non de sa présence. Éventualité écartée par les Etats-Unis. “C'est une réunion sur la question israélo-palestinienne”, a tranché Condoleezza Rice. Elle s'est toutefois dite consciente de l'importance de la question syrienne. “Les Etats-Unis sont parfaitement conscients qu'au bout du compte, il faudra un règlement de paix global au Proche-Orient (…), ce qui implique évidemment une solution aux problèmes opposant Israël et la Syrie”. La Syrie accueille sur son sol des centaines de milliers de réfugiés palestiniens et le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal, y est exilé. “Les Etats-Unis reconnaissent que la présence (de la Syrie) est nécessaire”, affirme à l'AFP un diplomate européen à Damas. En attendant, le gouvernement syrien a déclaré qu'il fera connaître sa décision une fois que lui sera parvenue l'invitation officielle. L'annonce que Damas, pointé du doigt dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Al Hariri, serait invité à la conférence avait été considérée comme un geste de bonne volonté de Washington à l'égard des pays arabes.

 
 
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