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Par Abdeslam Kadiri
France. LAffreux est mort
Archétype du barbouze et symbole de la Françafrique, le mercenaire Bob Denard sest éteint le 13 octobre.
On le surnommait LAffreux ou le Chien de guerre. Le légendaire mercenaire Robert Denard est mort le 13 octobre dun arrêt cardiaque, à lâge de 78 ans. Cette barbouze avait participé, pendant une quarantaine dannées, à la préparation de coups dEtat et dopérations de déstabilisation en Afrique, parfois sous la couverture discrète de Paris. Atteint de la maladie dAlzheimer, Bob Denard avait été dispensé de comparaître à ses procès, en 2006 et 2007, pour sa participation au |
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putsch de 1995 aux Îles Comores, son ultime fait darmes, si lon peut dire. Bob Denard était lun des derniers représentants de la Françafrique, cette France de Maurice Robert et Jacques Foccart, qui entendait garder ses ex-colonies au cur de sa sphère dinfluence dans un contexte de lutte contre les Soviétiques. Né en 1929 à Bordeaux, il a dabord été quartier-maître dans les commandos de la Marine française en Indochine et en Algérie jusquen 1952, date à laquelle il devient policier au Maroc. Là, il fait partie de la Lucoter (branche contre-terroriste des services français) et aurait participé à une tentative dassassinat ciblant Pierre-Mendès France. Il aurait aussi agi pour le compte du Maroc en 1976 lors dun coup dEtat manqué au Bénin.
Cest en 1961 que cet anticommuniste entre dans le monde trouble des mercenaires. Il quitte un emploi de démonstrateur dans une société parisienne délectroménager pour lex-Congo belge, où il se met au service des rebelles du Katanga. À partir de là, lhomme participe à de nombreuses tentatives de putschs en Afrique : Angola, Bénin, Biafra, mais également au Yémen et aux Comores.
Je passais à lorange
Dans son autobiographie, intitulée Le Corsaire et la République, il assure avoir opéré la plupart du temps avec laccord de Paris. À plusieurs reprises, je navais pas vraiment un feu vert des autorités françaises, mais je passais à lorange. Daprès Philippe Chapleau, journaliste à Ouest-France et spécialiste de questions militaires, Bob Denard avait une double qualité : il était discret et loyal. LEtat français savait quil pouvait compter sur lui.
Le mercenaire est surtout connu pour être intervenu aux Comores en 1975, pour chasser Ahmed Abdallah du pouvoir. Trois ans plus tard, il lavait réinstallé au sommet de lEtat en renversant son successeur Ali Soilih. Cétait une opération bénie par la France, car on constatait des dérives de pouvoir, relève Philippe Chapleau, qui a côtoyé le mercenaire. Jusquà la fin des années 1980, Bob Denard avait du mal à recruter des hommes et à disposer de matériel, explique le spécialiste. Mais en remettant en selle Ahmed Abdallah, Bob Denard avait une idée derrière la tête : diriger larmée du pays. Il devient commandant en chef de larmée et surtout chef de la garde présidentielle de 1978 à 1989. Ce sera un réservoir dhommes dans lequel il puisera pour ses futures opérations. Pour constituer cette garde, il bénéficie de laide des Sud-Africains. Ils lui envoient des équipements, des unités fonctionnelles ainsi que les salaires de ses troupes, poursuit Philippe Chapleau. En retour, Bob Denard met à disposition de lAfrique du Sud une station découte dans le canal du Mozambique, contourne lembargo qui frappe Prétoria via les Comores, et offre des passeports comoriens aux services secrets sud-africains. La fin des années 1980 marque le déclin de la puissance de Bob Denard. Le coup dEtat au Bénin et surtout lassassinat dAhmed Abdallah en 1989, dans des circonstances troubles, jettent la suspicion sur le personnage. Il est placé en résidence surveillée en Afrique du Sud, alors que ses hommes sont renvoyés à Paris. Il ne rentre quen 1993 en France. Marié sept fois, père de huit enfants, converti à lislam dans les années 1980, Bob Denard vivait ces dernières années dans le Médoc, dans le sud-ouest de la France.
Sa mort tourne la page du mercenariat barbouzard français, faiseur et défaiseur de chefs dEtat, quand Paris ne pouvait apparaître au grand jour. Depuis le milieu des années 1990, ce type de mercenariat est moribond, analyse Philippe Chapleau. Aujourdhui, des sociétés militaires privées ont pris la relève. |
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