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N° 294
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

Persépolis, de Marjane Satrapi
et Vincent Paronnaud.
(DR)

Casa Ciné. Éclectisme pour le peuple


Casa Ciné met les bouchées doubles pour être sûr de ne pas rater sa première. En chiffres, c’est une sélection de 70 films, brassant aussi large que le permet la diversité des genres cinématographiques, qui animera les veillées cinéma de la ville. Le rendez-vous pourra même se vanter de quelques avant-premières justement attendues. Ainsi, Farida Belyazid y présentera son documentaire Casa Nayda !, témoignage en images sur le jeune mouvement culturel au Maroc, de son ton musical à sa portée sociale. Le Mégarama accueillera le primé
cannois Persépolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, où la petite Marji relate son adolescence dans un Iran entre deux mondes. La Film Industry a droit à deux tickets d’entrée avec L’os de Fer, de Hicham Lasri et Les arêtes du cœur, de Hicham Ayouch. Enfin, Saâd Chraïbi laissera découvrir son Islamour. Chraïbi, auquel un hommage sera rendu, à côté de Roschdy Zem et le sexe-symbol du cinéma indien, John Abraham. La catégorie “Panorama” fera le tour du cinéma d’art et d’essai de l’année écoulée, du très réaliste Angel de François Ozon au huis clos familial que dessine Wang Qua’An dans Le mariage de Tuya. Et bien sûr, maintenant que la matière le permet, le pan documentaire proposera une triple rétrospective, marocaine, arabe et internationale, entre un I Love Hip Hop in Morocco, de l’américain Joshua Asen, Nouba d’or et de lumière, d’Izza Genini, Quand les hommes pleurent, de Yasmine Kassari, etc. La liste est longue et l’invitation ne se refuse pas.

Du 31 octobre au 6 novembre, à Casablanca.



Sortie. Western sous la neige

Comme toute chronique d’une mort annoncée, celle-ci vient à point à qui sait l’attendre. Car avant de découvrir comment un môme admiratif et frustré a pu abattre dans le dos le dernier grand hors-la-loi du Far West, et malgré une ouverture brute de décoffrage sur un braquage de train nocturne, il faut ensuite en découdre avec des personnages et des situations embrouillés. Et, surtout, être patient. Long en bouche comme en images, L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford se bonifie à mesure que se creusent les méandres de personnages torturés, ambivalents et désenchantés, contrastant avec une mise en scène lumineuse et épurée. Dans l’infini du nord américain, Andrew Dominik, Néo-zélandais jusque-là quasi anonyme, tisse, au fil d’une traque au ralenti, un intrigant huis clos psychologique, où il vaut mieux avoir peur de son ombre.
Le tout, sublimé par une BO signée Nick Cave, dont les élans clairs-obscurs habillent comme une seconde peau ce beau western moderne, intimiste et stylisé, et dont le décalage et l’atmosphère poétique se seraient bien passés de voix off.

L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Au Mégarama.



Concert. Tolérance zéro

La tolérance, il y a des maisons pour ça comme disait l’autre. Et, désormais, il y a aussi Agadir. La capitale du Souss accueille, pour la deuxième année consécutive, le Concert de la tolérance, opération de communication tout en chansons organisée par TF1. Les 150 000 spectateurs massés sur la plage d’Agadir, en 2006, ont convaincu les patrons de la chaîne française de reconduire le partenariat avec la ville. Agadir aura droit, en échange, à un nouveau coup de pub touristique grâce à la retransmission du concert. Sinon, côté artistes, il y en aura pour tous les goûts (et les dégoûts) avec, entre autres, Pascal Obispo et Faudel (deux abonnés) et, surtout, les très attendus IAM.

Le 27 octobre à Agadir.



Danse contemporaine. Ça se passe chez vous

“Artiste chorégraphe recherche habitants qui accepteraient d’accueillir chez eux un projet de danse”. Non, ce n’est pas une farce, mais bel et bien une annonce… Après l’initiative “Danse f’lappart”, découverte au festival “On marche…”, et chapeautée par Toufik Izzediou et Bouchra Ouizguen de la compagnie Anania, la chorégraphe Latifa Laâbissi tente une toute nouvelle expérience solo, encore plus intimiste, qu’elle appelle “Habiter”. Le projet, mené à bien en France, s’aventure à renaître au Maroc, avec tous les contrastes que cela implique. “La notion même de chez-soi diffère, dans l'accueil comme dans la rencontre”, explique la chorégraphe. Et c'est au sein de la capitale qu’elle a décidé de promener son spectacle portatif et personnifié, en proposant par annonce aux habitants de Rabat d'accueillir son projet dans leurs demeures. Prêts à lui ouvrir votre porte ?

La confiance en échange de l'art, du 25 au 28 Octobre, à Rabat.
(Infos au 048 95 55 49).



Expo. Le livre de Mahi

Les toiles de Mahi Binebine sont vivantes. Elles ont un corps et une âme, racontent chacune une histoire, avec ses personnages et ses émotions qui forcent l’attention des plus insensibles à la peinture. Son autre vocation d’écrivain y est sans doute pour quelque chose. Notre homme ne s’en cache d’ailleurs pas : il dit aimer “raconter des histoires”. Cela dit, c’est le besoin de découverte qui semble guider sa carrière. En témoignent ses bras de fer avec des matières comme la cire ou le bois, son penchant de plus en plus marqué pour la figuration, ou encore son travail sur le masque, à la fois fort, imposant et esthétique. L’homme boucle aujourd’hui ses vingt ans de vagabondage pictural, entre abstraction et figuration, bois et papier, cire et pigments. “20 ans, ça se fête ! dit-il. Contrairement à d’autres artistes, j’ai eu la chance de pouvoir en faire un livre”. “Paris New York 1987-2001” sera présenté au vernissage d’une exposition rétrospective itinérante, le 19 octobre à Marrakech. Quant à l’artiste, il s’est déjà trouvé un nouveau challenge. Il s’en va sculpter des totems en Chine à la mi-novembre.

Le 19 octobre à la galerie Bab Rouah à Marrakech.



Album. Zebda chante les vétérans

Après un second album solo en avril dernier, Magyd Cherfi retrouve ses potes de la gouaille kabylo-toulousaine des anciens de Zebda, 100% collègues et motivés pour la récidive. Deux ans donc après Mouss et Hakim ou le contraire, les frangins Amokrane (désormais rasés) prennent sur eux de remettre au goût du jour les chants d’exil que les travailleurs immigrés algériens reprenaient dans les cafés de Paris, au milieu du siècle dernier. Un hommage aux disques de leur enfance et aux Dahmane El Harrachi, Slimane Azem ou encore Cheikh El Hasnaoui. Baptisé Origines contrôlées, avec entre autres La Carte de Résidence ou Adieu la France, ce nouvel album est bien plus qu’un manifeste nostalgique. C’est leur “manière de rappeler que nos parents n’étaient peut-être pas instruits, mais ils étaient cultivés”, avoue Mouss. ça va mieux en le disant.

Sortie, le 22 octobre.



Atelier. L’ABC de la BD

Improviser une histoire, la coucher en scénario, l’animer de personnages et story-boarder le tout : découvrez les bases de la bande dessinée avec pour guide la plume animée de Saïd Bouftass. Diplômé des Beaux-Arts de Paris (esthétique, technique et création artistique), cet artiste “militant”, qui a déjà tenté sans succès de monter un magazine BD (souvenez-vous de Boom magazine), veut transmettre sa “passion pour le corps humain, le mystère du mouvement”, à la source de son don pour les planches et l’animation. “Apprendre à regarder, oser un trait : le dessin a aussi une portée thérapeutique”. Pour aller plus loin (psychologie des personnages, graphisme, infographie…), un atelier permanent s’est ouvert depuis la rentrée, les lundis et samedis à la Casa del Arte à Casablanca, avec l’ambition aussi d’en tirer matière pour une exposition ultérieure.

Infos au 022 99 09 36.



Stand up. La fabrique à comiques

Ali Bennani est passionné de Stand Up. Lorsqu’au cours d’une balade en bord de mer, il voit deux de ses amis se lancer dans un véritable freestyle humoristique, il ne fait pas qu’en rire aux larmes. “Et si demain je vous payais, seriez-vous capables de vous produire sur scène ?”, leur lance-t-il. Chiche ! Son idée en tête, il crée “Le dernier comique”, show assuré par trois graines d’humoristes. Mis au parfum de sa “folie”, le patron du Sugar Hill Café (à Casablanca) lui propose tout de go la scène de son établissement. Bennani part alors à la chasse aux comiques en herbe, fait sa propre publicité, par bouche à oreille et sur Internet. Voilà pour l’histoire. En guise de tour de chauffe, une première représentation est fixée pour le 20 octobre. Quant au show final, il est programmé pour le 3 novembre, avec comme juge le public et une récompense de 2500 DH à la clé.


Festival. Rencontre jazzy

Nous sommes en 2001. La route de Samira Fouad croise celle d’un journaliste féru de jazz. À deux, ils décident de monter un évènement consacré au jazz, “qui ne soit pas un énième festival au Maroc, mais une véritable rencontre de jazz interculturelle”, raconte l’intéressée. Quatre éditions plus tard, les rencontres musicales de Casablanca continuent tant bien que mal à réunir les jazzophiles autour d’expériences entre jazzmen européens et marocains. À l’affiche de cette 5ème édition, entre autres, le trio marocain El Akkaf et le pianiste français Eric Capone, qui profitera de son passage pour animer une master-class.

Du 25 au 27 octobre au Complexe culturel Sidi Belyout à Casablanca.



Le livre.

Berlin, Paris, Denver et Washington. Quatre villes, quatre morts. Sonja Verbrugge s’est noyée dans sa baignoire. Mark Harris se jette du haut de la Tour Eiffel alors qu’il projetait un week-end en amoureux avec sa femme. Gray Reynolds perd le contrôle de son avion dans des circonstances douteuses. Et Richard Stevens, scientifique de génie, est assassiné par la mafia, lui qui n’a jamais trempé dans ce milieu. Seul point commun entre ces morts : ils travaillent tous pour un puissant groupe de recherche scientifique. Deux femmes enquêtent. Avez-vous peur du noir est l’archétype du polar à l’américaine, avec une trame bien ficelée, menée à un rythme effréné et avec une plume légère. Tour de force : la multiplication des rebondissements a le mérite de ne jamais tomber dans la caricature. Sidney Sheldon prouve encore une fois que John Grisham n’est pas le seul faiseur de futurs thrillers hollywoodiens.

Avez-vous peur du noir ? Sidney Sheldon, Ed. Grasset




Humeur.
Amazigh psycho

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Une association amazighe a dénoncé cette semaine un livre édité en France, celui de Sophie Bessis, intitulé Les Arabes, les femmes, la liberté. L’essai n’a pas scandalisé les membres de cette association à cause de son contenu (l’ont-ils lu d’ailleurs ?). C’est l’illustration de la couverture qui les a choqués. Elle reproduit un bijou traditionnel kabyle. La belle affaire, nous direz-vous. La grande affaire, disent-ils, eux. Ils ont lancé une pétition pour dénoncer un complot d’intellectuels arabes, alliés aux puissances européennes arabophiles, pour voler aux Berbères “leur terre, leur histoire, leur culture, leur mémoire et leur âme.” N’en jetez plus, la coupe est pleine à ras bord de mots trop gros pour le crime. En l’occurrence, une simple erreur de l’éditeur français Albin Michel, tout à fait excusable. L’histoire des bijoux à travers les âges n’est pas son fort, soit, mais il n’y a pas de quoi crier au loup. Ou bien, l’on court le même risque que Pierre dans le conte : ne plus être écouté de personne et se faire dévorer tout cru par le grand méchant loup arabiste aux dents encore bien acérées. Ceci, l’association amazighe en question n’en a cure. Elle est aveuglée par un passé relevant davantage d’un mythe de l’âge d’or que d’une vérité historique : Tamazgha ou le pays amazigh allant du Niger à l’Egypte. Cette Union du Maghreb Amazigh est aussi creuse que son pendant, l’Union du Maghreb Arabe. Voici au moins un point commun entre les deux peuples. Ils peuvent être tout aussi bêtes l’un que l’autre...



Appel aux nouvelles
Pour sa 19ème édition, “Lire en fête” lance un concours de nouvelles autour du thème “Une ville, une œuvre”. Les écrits sont à déposer avant le 30 novembre auprès des médiathèques des Instituts français. Le meilleur sera publié dans un recueil de la collection Europe-Maghreb, des éditions L’Harmattan.


Wanted au micro
Elle a pour jingle le générique de Prison Break. Wanted, nouvelle émission de Rabat Chaîne Inter, (le vendredi à 16h), animée par Layal Rhanem, soumet ses invités à une interview très policière, avec identification, détecteur de mensonges et parloir. Petit plus, l’invité est prié d’amener sa propre playlist.


El Ejido primé
El Ejido, la loi du profit, documentaire de Jawad Rhalib consacré à l’exploitation des ouvriers agricoles dans la province d’Almeria, dans le sud de l’Espagne, vient d’obtenir le Grand prix d'Amnesty International au Festival de Reykjavik, en Islande. Le film est également en lice pour le prix Europa de Berlin et le Festival du Film d'Amiens.

 
 
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