Zakaria Boualem quitte la boutique avec une vision plus claire du capitalisme marocain.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem nest pas un spécialiste des systèmes économiques, loin sen faut. Il a pourtant limpression den savoir suffisamment pour considérer que léconomie marocaine est un étrange mélange entre lultralibéralisme le plus trapu et le soviétisme version 50s. Un mélange entre deux extrêmes, en fait, un peu comme tout ce qui se fait chez nous. De lultralibéralisme, nous avons retenu la brutalité du pouvoir de largent, larrogance capitaliste contrebalancée par aucune mesure sociale. Mais nous avons toutefois pris le soin dinventer - ou de maintenir contre la puissance de lévidence - tout un arsenal de lois et de textes en tout genre, qui nous renvoie à une bureaucratie de type Komintern. À cela vient sajouter la fameuse touche nationale, le petit plus qui fait le charme de notre pays. Cette longue introduction pleine de concepts mal maîtrisés terminée, il est temps de vous raconter ce qui est arrivé à notre héros cette semaine. Son oncle, Yahya de son prénom, a reçu en cadeau une cafetière Materazza, qui ne fonctionne quavec des capsules Materazza. A Guercif, la noble marque italienne na pas jugé utile dinstaller un revendeur local, on les comprend un peu. Du coup, Yahya demande à son neveu de lui envoyer une provision de capsules. Un petit détour par Google plus tard, et notre héros se retrouve dans une boutique au logo du cafetier. Cest là que ça se complique. La vendeuse réclame à Zakaria Boualem le numéro de série de la cafetière. Il appelle son oncle, qui ne comprend pas grand-chose à cette question et lui donne un numéro que lordinateur de la vendeuse ne reconnaît pas. Loncle a dû se tromper. Il a du mal à |
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lire les chiffres, écrits en Arial 2, et il a perdu un peu de sa vivacité desprit dans les années 70, à force de regarder la RTM, le pauvre. La vendeuse réclame alors le patronyme du propriétaire de la cafetière. Cest un Boualem. Elle ne le trouve pas non plus dans lordinateur. Rien détonnant à cela. Il y a autant de façons décrire ce nom de famille que dindividus qui le portent. Et puis, cest un cadeau
Il lui faut le numéro de carte nationale de Yahya Boualem. Impossible de demander cette information au brave homme, il risquerait de devenir agressif. Donc lordinateur ne reconnaît pas Yahya Boualem, et cest là que cette chronique va basculer dans le grand nimporte quoi.
- Monsieur, il nous est impossible de vous vendre des capsules. Nous ne retrouvons pas les références de la machine qui va les utiliser.
- Yak labass ? Pourquoi vous voulez les références ?
- Cest comme ça, cest le règlement.
- Ah bon, et si jai envie dacheter des capsules Materazza pour en faire des guirlandes et décorer ma salle de bain, quest-ce que ça peut vous faire, du moment que je paie ?
- Non, désolée.
Tout le monde a vécu ce sentiment étrange. Lorsquau beau milieu du laisser-aller le plus total, il se trouve une règle, une seule, en général la plus débile, qui nous est présentée comme absolument incontournable. Apprenez donc, chers lecteurs, que les capsules de café, à linstar des explosifs, des munitions ou des médicaments dangereux, ne se délivrent quau prix de vérifications rigoureuses. La question est : pourquoi ? Et voici la réponse, livrée par un des responsables de la boutique : Vous comprenez, monsieur, certains cafetiers ont des impayés. Du coup, on préfère savoir à qui on vend, pour éviter les mauvaises surprises.
- Mais la question ne se pose pas, puisque je paye au comptant.
- Désolé, cest le règlement.
- Mais qui a fait ce règlement ?
- Cest une directive du service recouvrement.
- Cest le service recouvrement qui dicte votre politique commerciale ? Jai une suggestion pour les combler de bonheur.
- Oui ?...
- Ne vendez plus rien à personne. Ainsi, vous naurez aucun impayé, et du coup, le service recouvrement sera heureux. En plus, vous pourrez faire des économies sur les stocks. ça
sera bien mieux, non ?
Et Zakaria Boualem quitte la boutique. Sans capsules, bien sûr, mais avec une vision plus claire du capitalisme marocain. |