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Par Youssef Mahla
Sortie. La vie derrière le Mur
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Acteur principal, réalisateur,
directeur de la photo
Dans
Il était une fois, il était deux fois,
Bachir Skiredj a tout (mal) fait.
(DR)
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Après Goodbye Lenin et La Chute, le cinéma allemand confirme sa santé, avec ce récit sans complaisance pour le temps de la RDA et de sa sinistre police politique. Universel.
Après avoir fait un tabac des deux côtés de lAtlantique, La Vie des autres débarque au Maroc, du moins au théâtre 121 de lInstitut français de Casablanca. Dans ce petit bijou, le jeune réalisateur Florian Henckel-Donnersmarck, commence par poser tranquillement le décor. En 1984, Gorbatchev est encore un parfait inconnu et la Stasi (acronyme pour Ministère pour la sécurité dEtat) règne sur la RDA, la moitié communiste de lAllemagne. La redoutable police politique est-allemande et ses agents traquent ceux qui veulent fuir à lOuest. Dans un amphithéâtre de lécole de police, le capitaine Gerd Wiesler enseigne aux futurs flics lart de faire plier un dissident récalcitrant. Linterrogatoire musclé est une mécanique. Le regard de glace du capitaine achève le portrait de lexécutant des basses uvres du régime. Son supérieur, Anton Grubitz, en est convaincu : il tient son homme. Il le traîne au théâtre pour lui confier une mission dimportance. Là, sur scène, se noue le film. Tous les protagonistes du drame politico-amoureux sont là : lactrice Christa-Maria Sieland qui joue le rôle principal de la pièce écrite par son compagnon, le |
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dramaturge Georg Dreyman. Dans le public, le ministre Bruno Hempf est sous le charme. Il missionne illico les deux policiers pour espionner Dreyman, pourtant acquis au régime. Leur objectif : confondre lintellectuel pour récupérer sa maîtresse Christa-Maria, convoitée par le puissant ministre
Agent trouble
Dans sa trivialité apparente, lhistoire permet de mettre à nu la psychologie de lEtat totalitaire, la veulerie de ses dirigeants et le dévouement de ses exécutants. Tout le talent de lécriture et de la réalisation est dans une simplicité assumée. Peu dartifices, mais des personnages et une interprétation bluffants. Un anti-héros, le capitaine Wiesler, qui sattelle, avec zèle, à la sale besogne . À ses côtés, un assistant bergag quil méprise. Gerd Wiesler épie et note tous les faits et gestes du couple dartistes en espérant les compromettre, mission aussi grave sur le papier que ridicule au qutidien. Les micros, oreilles de lEtat posées par les mains expertes de la Stasi, ne manquent aucun détail. Mais les semaines passant, syndrome de Stockholm à lenvers, le flic découvre de la sympathie pour le couple. Il comprend quil nest devenu une cible du régime que par le hasard de la concupiscence dun apparatchik. Le doute sinstalle : serait-il du mauvais côté ? Par cette fenêtre de la petite histoire particulière, le récit rejoint celle de lAllemagne de lEst et de ses ambiguïtés, dans les ultimes années du communisme européen. Pour Gerd Wiesler, lopération découtes se transforme alors en occupation à plein temps. Mais de voyeur professionnel, il se mue en quasi-complice. La raison : le contraste de son existence triste et solitaire, la vanité de sa tâche face au bonheur quil est chargé de détruire. Dans les moments de solitude, il se laisse toucher par Dreyman jouant au piano la Sonate de lhomme bon. Guettant dans son casque la vie de ces autres qui lui deviennent familiers, Wiesler finit par basculer dans le camp des ennemis du régime. Combien de bourreaux ou de tristes sbires ont cédé comme lui ? Ulrich Mühe, lun des acteurs allemands les plus doués de sa génération (emporté cet été par un cancer de lestomac), monopolise lécran dans le rôle de Gerd Wiesler. Renouant avec un thème aussi vieux que la tragédie (le Caligula dAlbert Camus), ce film montre un homme, lassé de jouer au chien du régime, qui tente de se racheter par sa révolte. On se réveille un jour, et on voit les autres avec humanité. Wiesler paiera cher le prix de sa rébellion. Mais au final, lorsquil apprend de sa cellule la nouvelle de la chute du Mur, il sait sa victoire acquise. Vulgarité des dirigeants, mépris de la culture, phobie des intellos, discipline aveugle des exécutants, ce drame rappelle une période récente de notre histoire. La faute aux grandes lois historiques ou au langage universel du cinéma ? À voir absolument.
Samedi 27 à lInstitut français de Casablanca (10 DH pour les non-adhérents), en attendant une diffusion en salle
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