Reportage. Le Sarko show
Politique. Le SGG tout puissant
Élections. Et Daba, on fait quoi ?
Raja - Wac. Le derby des casseurs
Espagne. La monarchie chahutée
Bourse. Le rush des souscripteurs
Abderrahim Tounsi. Le clown éternel
Sortie. La vie derrière le Mur
Fellag. "Le rire, c'est le costume du désespoir"
N° 295
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Mahla

Sortie. La vie derrière le Mur

Acteur principal, réalisateur,
directeur de la photo… Dans
Il était une fois, il était deux fois,
Bachir Skiredj a tout (mal) fait.
(DR)

Après Goodbye Lenin et La Chute, le cinéma allemand confirme sa santé, avec ce récit sans complaisance pour le temps de la RDA et de sa sinistre police politique. Universel.


Après avoir fait un tabac des deux côtés de l’Atlantique, La Vie des autres débarque au Maroc, du moins au théâtre 121 de l’Institut français de Casablanca. Dans ce petit bijou, le jeune réalisateur Florian Henckel-Donnersmarck, commence par poser tranquillement le décor. En 1984, Gorbatchev est encore un parfait inconnu et la Stasi (acronyme pour Ministère pour la sécurité d’Etat) règne sur la RDA, la moitié communiste de l’Allemagne. La redoutable police politique est-allemande et ses agents traquent ceux qui veulent fuir à l’Ouest. Dans un amphithéâtre de l’école de police, le capitaine Gerd Wiesler enseigne aux futurs flics l’art de faire plier un dissident récalcitrant. L’interrogatoire musclé est une mécanique. Le regard de glace du capitaine achève le portrait de l’exécutant des basses œuvres du régime. Son supérieur, Anton Grubitz, en est convaincu : il tient son homme. Il le traîne au théâtre pour lui confier une mission d’importance. Là, sur scène, se noue le film. Tous les protagonistes du drame politico-amoureux sont là : l’actrice Christa-Maria Sieland qui joue le rôle principal de la pièce écrite par son compagnon, le
dramaturge Georg Dreyman. Dans le public, le ministre Bruno Hempf est sous le charme. Il missionne illico les deux policiers pour espionner Dreyman, pourtant acquis au régime. Leur objectif : confondre l’intellectuel pour récupérer sa maîtresse Christa-Maria, convoitée par le puissant ministre…

Agent trouble
Dans sa trivialité apparente, l’histoire permet de mettre à nu la psychologie de l’Etat totalitaire, la veulerie de ses dirigeants et le dévouement de ses exécutants. Tout le talent de l’écriture et de la réalisation est dans une simplicité assumée. Peu d’artifices, mais des personnages et une interprétation bluffants. Un anti-héros, le capitaine Wiesler, qui s’attelle, avec zèle, à la sale besogne . À ses côtés, un assistant “bergag” qu’il méprise. Gerd Wiesler épie et note tous les faits et gestes du couple d’artistes en espérant les compromettre, mission aussi grave sur le papier que ridicule au qutidien. Les micros, oreilles de l’Etat posées par les mains expertes de la Stasi, ne manquent aucun détail. Mais les semaines passant, syndrome de Stockholm à l’envers, le flic découvre de la sympathie pour le couple. Il comprend qu’il n’est devenu une cible du régime que par le hasard de la concupiscence d’un apparatchik. Le doute s’installe : serait-il du mauvais côté ? Par cette fenêtre de la petite histoire particulière, le récit rejoint celle de l’Allemagne de l’Est et de ses ambiguïtés, dans les ultimes années du communisme européen. Pour Gerd Wiesler, l’opération d’écoutes se transforme alors en occupation à plein temps. Mais de voyeur professionnel, il se mue en quasi-complice. La raison : le contraste de son existence triste et solitaire, la vanité de sa tâche face au bonheur qu’il est chargé de détruire. Dans les moments de solitude, il se laisse toucher par Dreyman jouant au piano la “Sonate de l’homme bon”. Guettant dans son casque la vie de ces autres qui lui deviennent familiers, Wiesler finit par basculer dans le camp des ennemis du régime. Combien de bourreaux ou de tristes sbires ont cédé comme lui ? Ulrich Mühe, l’un des acteurs allemands les plus doués de sa génération (emporté cet été par un cancer de l’estomac), monopolise l’écran dans le rôle de Gerd Wiesler. Renouant avec un thème aussi vieux que la tragédie (le Caligula d’Albert Camus), ce film montre un homme, lassé de jouer au chien du régime, qui tente de se racheter par sa révolte. On se réveille un jour, et on voit les autres avec humanité. Wiesler paiera cher le prix de sa rébellion. Mais au final, lorsqu’il apprend de sa cellule la nouvelle de la chute du Mur, il sait sa victoire acquise. Vulgarité des dirigeants, mépris de la culture, phobie des intellos, discipline aveugle des exécutants, ce drame rappelle une période récente de notre histoire. La faute aux grandes lois historiques ou au langage universel du cinéma ? À voir absolument.

Samedi 27 à l’Institut français de Casablanca (10 DH pour les non-adhérents), en attendant une diffusion en salle…

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés