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Par Fahd Iraqi
Bourse. Le rush des souscripteurs
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La flambée des cours continue
à attirer les souscripteurs.
(AFP)
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Avec lafflux massif dinvestisseurs particuliers, les délais de souscription aux introductions en Bourse se raccourcissent, alors que le nombre dactions attribuées frise le risible. À qui profite cette situation ubuesque ?
Mardi 23 octobre. Un point de presse est organisé, en urgence, au siège dYnna Holding. Objet : annoncer la clôture anticipée des souscriptions pour la SNEP. La dernière recrue de la Bourse de Casablanca, comme celles qui lavaient précédée ces deux dernières années, a rameuté une foule de boursicoteurs avec leur bas de laine. Deux journées ont suffi |
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pour dépasser (et de loin) le milliard de dirhams que visait la cession de 35% du capital de la filiale du groupe Chaabi. La banque conseil en charge de lopération a alors décidé de raccourcir la période des souscriptions, qui devait sétaler sur toute la semaine. Cest pour éviter une distribution ridicule aux particuliers que nous avons pris cette mesure, explique Anas Berrada, directeur général dAttijari Corporate Finances. Et les distributions grotesques, il y en a eu ces derniers temps. Exemple : lors de lOPV dAtlanta, des milliers de particuliers se sont retrouvés avec une action (à 1200 dirhams), alors quils avaient mobilisé des centaines de milliers de dirhams (les plus chanceux en ont obtenu deux). Pourtant même lors de cette opération, la période de souscription navait pas duré plus de 3 jours. En fait, cette option de clôture anticipée est devenue quasiment inévitable sur la place casablancaise, depuis sa première apparition en décembre 2006, avec lintroduction de la société HPS. Il ny a plus une OPV qui nenregistre un record de souscriptions. Résultat : les petits porteurs se retrouvent avec de moins en moins dactions à se partager, explique un banquier daffaires. Toutefois, rétrécir la période de lOPV néquivaut pas forcément à réduire le nombre de souscripteurs. Lopération Atlanta, encore, a attiré près de 100 000 personnes physiques. Cest le deuxième record en termes dafflux du grand public, après les 120 000 souscripteurs à lOPV Maroc Telecom
qui avait duré deux semaines ! Mais dans le nombre, on retrouve une majorité de boursicoteurs occasionnels, qui ne servent le plus souvent que de prête-noms aux spéculateurs avisés. Des industriels ont vidé leurs usines le premier jour de souscription pour lOPV dAtlanta. Tous les ouvriers ont été embarqués dans des bus pour souscrire à cette opération et signer une procuration à leur patron, raconte un responsable dune société de Bourse. Ce genre de pratiques est assez courant sur le marché. Car depuis lopération M2M à la fin de lannée dernière, la méthode dattribution des actions a connu un changement majeur. Alors que les petits porteurs étaient servis au prorata du montant demandé, on opte désormais pour lattribution par itération dune action par personne.
Ce cash existe-t-il vraiment ?
Plus que lafflux des souscripteurs, cest surtout le flot de cash, se déversant à loccasion de chaque OPV, qui impressionne. Rien que pour les 5 dernières opérations, les montants mobilisés donnent le tournis : 633 milliards proposés (soit léquivalent de toute la capitalisation boursière !), alors que les actions mises en vente ne dépassent pas les 5,2 milliards. Les professionnels du marché sont conscients que largent mobilisé provient surtout de lendettement. Attirés par les gains faciles en Bourse, de plus en plus de particuliers empruntent leur mise de départ. À la veille des souscriptions, certaines agences distribuent des crédits de moins de 100 000 dirhams comme des petits pains, explique un banquier. Certains souscripteurs vont plus loin : ils sendettent à nouveau auprès de leur banque daffaires pour augmenter leurs souscriptions et accroître leurs chances de se voir attribuer un plus grand nombre dactions. Cette pratique, communément appelée effet de levier, a fait son apparition avec lintroduction en Bourse de Maroc Telecom. Si dhabitude, elle permet aux souscripteurs de mobiliser jusquà 2,5 fois leur mise de départ, dans certaines opérations (lOPV de la CGI, pour ne pas la citer), elle permettait de multiplier la mise par 10. Et côté garanties, les banques font preuve dune flexibilité aussi déconcertante. Auparavant, les souscripteurs ne pouvaient couvrir leurs engagements quavec la valeur de leur portefeuille dactions ou dobligations, alors que pendant les dernières opérations, il suffit dun crédit par signature de la banque, explique un banquier daffaires. Et pour cause : cet effet de levier ne profite in fine quaux établissements bancaires. Largent prêté nest jamais effectivement décaissé, alors quil est rémunéré pendant la quinzaine de jours (du jour de la souscription jusquau jour de lattribution) où il reste bloqué. Surtout que le délai entre louverture des souscriptions et la première cotation, est généralement assez long. Il est inconcevable que la Bourse mette encore 8 à 10 jours avant dautoriser lattribution, tandis quil existe aujourdhui des logiciels qui permettent deffectuer cette répartition en 5 minutes, explique le responsable du back-office dune société de Bourse. Résultat : ce délai assez long fait le bonheur des banques, qui perçoivent des intérêts sur un prêt quasi virtuel. Dans certaines opérations, des petits porteurs se sont retrouvés à payer des frais financiers nettement plus importants que la valeur des actions quils ont reçues, raconte un banquier. Exemple : un petit porteur qui a emprunté 300 000 dirhams (à 6%) pour souscrire à Atlanta, paie après 15 jours près de 740 dirhams en charges dintérêts, alors quil na obtenu quune seule action, dune valeur initiale
de 1200 dirhams. Du coup, de plus en plus de professionnels appellent aujourdhui à la suppression pure et simple de cet effet de levier. Auparavant, à la veille des introductions, on assistait à des arbitrages. Certains petits porteurs vendaient leurs anciennes actions pour acheter celles des nouvelles recrues. Aujourdhui, ils nen ont plus besoin, puisque les banques daffaires leur donnent la possibilité de prendre des crédits à hauteur de la valeur de leur portefeuille boursier, et plus encore sils le désirent, explique un trader. La richesse créée en Bourse est ainsi doublement virtuelle, gonflant davantage une bulle qui finira, inévitablement, par exploser. |
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Attributions. Et si on écartait les institutionnels ?
Si, auparavant, le taux de sursouscription était lélément de mesure par excellence du succès dune opération dintroduction en Bourse, il atteint aujourdhui des niveaux tellement ridicules (140 fois pour la CGI !) que les particuliers se retrouvent très mal servis. Les professionnels préfèrent parler du taux de satisfaction, même sil est tout aussi burlesque (moins de 1% pour la même opération). Pour améliorer ce niveau, les professionnels soufflent lidée décarter les investisseurs institutionnels des opérations dintroductions. Les institutionnels recourent généralement au marché secondaire pour prendre vraiment position. Autant laisser aux personnes physiques la possibilité de souscrire davantage, explique un banquier daffaires. Mais cette idée est loin de faire lunanimité. En revanche, lentendement de la place semble sorienter vers laugmentation de la part réservée aux personnes physiques, au détriment de celle des institutionnels. Il est certain que lors des prochaines offres publiques, on verra la tranche réservée à ces investisseurs se limiter à 20 ou 30%, au lieu des 55% qui leur sont généralement accordés, explique un trader. Des vux pieux ? Car pour la prochaine introduction, celle de Stokvis, aucune évolution dans ce sens na été observée : les institutionnels auront encore droit à 50% des actions proposées à la vente. |
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