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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

"Je n’apporte pas de solutions, je pose des problèmes"

Latif Lahlou. Cinéaste
(TNIOUNI / NICHANE)

Antécédents

1939. Naissance à Casablanca.
1959. Diplômé de l’Institut d’études cinématographiques de Paris.
1967. Premier court-métrage, Sin Agafay (Les deux sources).
1969. Réalise son 1er long-métrage, Soleil de printemps.
1985. Réalise Compromission (Al Warta) .
2007. Revient au cinéma avec Les Jardins de Samira.

Smyet bak ?
El Mekki Lahlou.

Smyet Mok ?
Zhor Benjelloun.

Nimirou d’la carte ?
B 354 575.

Plus de vingt ans se sont écoulés entre vos deux films, où est-ce que vous étiez passé ?
Vous connaissez les structures de production au Maroc. Quand on présente un projet de film au Fonds de soutien du CCM, il nous accorde entre 25% et 30% d’avance. Cela permet à peine de payer la pellicule et le labo. Le reste du budget, il faut le trouver…

À ce rythme, votre prochain film risque de sortir à titre posthume…
J’espère que non. Je viens de soumettre un projet de téléfilm à la deuxième chaîne. Il racontera l’histoire d’une étudiante engrossée, que son compagnon finit par abandonner. Malgré la pression de la société et de ses proches, la femme refuse de se faire avorter, par amour pour son enfant.

Et qu’avez-vous fait entre Compromission et Les Jardins de Samira ?
Je me suis lancé dans la production de films publicitaires. Cela me permettait de “manger” et de payer les dettes conséquentes au film Compromission.

Quels sont les spots publicitaires dont vous êtes le plus fier ?
Fier, c’est un bien grand mot. Mais certaines de mes réalisations ont marqué les esprits. Vous vous souvenez de ce slogan “Richbond ya madame”, eh bien, c’était moi !

Dans Les jardins de Samira, vous abordez la question de l’impuissance. Maintenant, vous vous attaquez à l’avortement. Vous êtes un cinéaste militant ?
Je ne sais pas. Mon but n’est pas d’apporter des solutions mais de poser les problèmes. Cette histoire, je l’ai vécue avec ma propre fille. Elle est tombée enceinte alors qu’elle n’était pas mariée, mais elle a eu le courage de refuser d’avorter. Tout au long de cette épreuve, je l’ai soutenue.

Vous êtes un papa cool, dites donc…
(Rires) J’aime les enfants en général, et les miens en particulier.

Saïd Taghmaoui, initialement pressenti pour camper le rôle de Farouk dans Les jardins de Samira, n’a pas joué dans le film. Il était trop cher ?
Je connais Saïd Taghmaoui depuis près de vingt ans. Il avait accepté de tourner avec un cachet très raisonnable. S’il n’a pas joué dans Les jardins de Samira, c’est uniquement pour des problèmes de timing. En fait, j’ai eu beaucoup plus de mal à trouver une actrice pour interpréter le rôle de Samira. Il y a eu en tout cinq désistements.

Pourquoi ?
Les actrices que j’ai contactées étaient toutes emballées dans un premier temps. Mais elles voulaient apporter des modifications au script et aux scènes. Je refuse catégoriquement qu’on dénature mon œuvre, ou qu’un comédien se lance dans des tirades improvisées. Soit on fait à ma manière, soit on ne fait pas.

Les comédiennes trouvaient peut-être certaines scènes trop osées, notamment celle où Samira se livre à une séance de masturbation ?
Je ne sais pas. En tout cas, mon film n’a rien de pornographique. Cette scène est nécessaire à la compréhension du personnage. Mais elle était suggestive, les spectateurs ont compris sans qu’on ait eu besoin d’aller loin dans les images.

Et comment avez- vous déniché Sanaa Mouziane ?
Le monde du cinéma est tout petit. Je l’ai contactée alors qu’elle se trouvait au Caire. Je lui ai envoyé le scénario et le story-board, et, quelques jours plus tard, elle m’a répondu favorablement. Elle m’a dit qu’elle était ravie de travailler ave un ould lblad.

Des voix conservatrices vous ont accusé de porter atteinte aux valeurs de l’islam dans votre film. Vous leur répondez quoi ?
Certaines personnes m’ont reproché, en substance, de mettre en scène une femme qui trompe son mari. Je leur ai rétorqué que c’est lui qui la trompe dans le film. Il lui a promis qu’elle ne manquerait de rien si elle l’épousait. Il s’était bien gardé de lui dire qu’il était impuissant.

Oui bon, c’est un mensonge par omission, couvert par la hchouma. Acceptable, quoi…
Je trouve au contraire que le sexe est fondamental dans un couple. Dans mon film, je ne fais que condamner la société patriarcale et l’éducation féodale qui en découle. Et puis, je n’ai de leçons à recevoir de personne, je pense être meilleur musulman que beaucoup de ces muftis de la dernière heure.

 
 
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