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Par Hicham Smyej


Élections. Et Daba, on fait quoi ?

Noureddine Ayouch, le fondateur
de 2007 Daba, entouré de Saloua
Karkri Belkziz et Fathia Bennis,
membres de l’association.
(AIC PRESS)

Faisant le bilan de son action, 2007 Daba avance, en guise de bouquet final, une explication du faible taux de participation aux élections. Une véritable volée de bois vert infligée aux partis.


Après presque deux ans d’existence, 2007 Daba (maintenant) entonne son chant du cygne. Et comme promis lors de sa création, l’association, qui s’est donné pour objectif de mobiliser les Marocains à la participation aux élections du 7 septembre 2007, fait le bilan de son action. Un bilan exhaustif et particulièrement généreux en chiffres : un demi-million de jeunes touchés, 150 000 documents édités, 50 000
guides distribués, 170 000 spectateurs pour les concerts organisés, etc. Manifestement satisfaite de son action, 2007 Daba est allée jusqu’à reproduire le détail de ses comptes et publier l’identité de ses sources de financement, entre particuliers, entreprises sponsors et ONG étrangères. “Nous sommes amplement satisfaits du travail accompli, affirme son président et fondateur, Noureddine Ayouch. Notre premier but était d’inciter les élites à intégrer le champ politique. Et sur ce plan, les résultats vont au-delà de nos objectifs”. Il n’en est pas de même concernant la mobilisation au vote, vu les taux de participation aux élections du 7 septembre. “Nous n’avons aucun sentiment d’échec. Le taux de participation montre, au contraire, que 2007 Daba avait une raison d’exister et qu’il y a un travail colossal à faire, argumente Ayouch. Il faudrait peut-être se demander quel aurait été ce taux si l’association n’avait pas existé”. D’ailleurs, avant de tirer sa révérence (pour se dissoudre), 2007 Daba s’est fendue, en guise de baroud d’honneur, d’un sondage d’opinion, tentant de fournir une explication à la faible participation aux élections législatives. Une manière de se dédouaner ? “Absolument pas, oppose Noureddine Ayouch. Nous avons accompagné notre travail par des sondages, destinés à évaluer nos actions. Ce sondage, qui est le troisième depuis la création de l’association, s’inscrit dans cette logique”.

Des candidats “médiocres”
En tout cas, les résultats de l’enquête d’opinion, réalisée entre les 28 septembre et 11 octobre par le cabinet LMS-CSA auprès de 2463 personnes (dont 1046 abstentionnistes), sont édifiants. Ils apparaissent surtout comme une véritable volée de bois vert administrée aux partis politiques et à leurs candidats. Ainsi, interrogés sur les raisons qui les ont éloignés des urnes, 82% des sondés mentionnent le fait que “les candidats ne cherchent que leur propre intérêt”, 81% se sont dits “convaincus que rien ne change et que les mêmes problèmes subsistent”. Pire, 57% se justifient par “l’inutilité du Parlement”, 43% affirment que “les partis ne servent à rien et que le roi décide de tout”, combinés à 39% qui pensent même que “le gouvernement est inutile parce que c’est le roi qui gouverne”. Allant plus loin, 2007 Daba accompagne les résultats du sondage d’une note analytique, recensant les raisons du désamour entre les Marocains et la politique. À commencer par la multiplicité des partis, qui brouillerait inutilement le paysage politique. Hormis trois formations politiques, l’Istiqlal, le PJD et l’USFP, “les répondants ont du mal à se remémorer jusqu’au nom des autres partis, souvent évoqués avec hésitation et de manière confuse”, révèle le document. À en croire le sondage, les workshops de communication politique, organisés par 2007 Daba, comme l’assistance apportée par les agences de publicité, n’ont que peu déteint sur la communication des partis. Ainsi, les abstentionnistes sondés se disent déçus par la “médiocrité des prestations des candidats lors de la présentation de leurs programmes”. Des programmes qui sont en outre trop ambitieux pour être crédibles. “Les partis se contentent d’avancer des objectifs mirobolants, sans expliquer quels seront les moyens déployés pour les réaliser”, fait remarquer l’analyse de l’association. Les sondés pointent aussi du doigt la désillusion vis-à-vis des élus sortants et les profils inadéquats des candidats, “âgés et sans instruction, avec des idées dépassées. Ils ne peuvent pas faire avancer le pays”, tranche l’un des jeunes interrogés. Mais pour la majorité des sondés, le vote est devenu un acte tout simplement inutile, “parce qu’aucun élu ne défend les intérêts de ses électeurs”, et aussi parce que le roi détient un pouvoir déterminant et prend les décisions essentielles. “Il est vrai que le roi est sur tous les fronts et qu’il est très présent sur le terrain. Mais qu’est-ce qui empêche les partis de s’investir également sur le terrain social et politique. Les associations y arrivent bien, non ?”, conclut Ayouch.

 
 
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