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Par Dominique Francur
Portrait. Friandise libanaise
Après sêtre fait les dents dans la pub et les vidéoclips, Nadine Labaki sest révélée dans le cinéma avec Caramel. Un premier long-métrage aigre-doux, qui faisait louverture, en milieu de semaine, du festival Casa Ciné.
Au Festival de Cannes 2007, Nadine Labaki est gratifiée dune standing ovation, lorsque la projection de Caramel sachève. Un premier long-métrage sucré-salé, où elle campe dailleurs lune de ces cinq Libanaises qui travaillent et se croisent dans un institut de beauté à Beyrouth, qui se parlent damour, de sexualité, de mariage...
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Coup dessai, coup de maître ? En réalité, cette jeune Beyrouthine de 34 ans nest pas tout à fait une débutante. Son premier opus, 11, rue Pasteur, a déjà été primé en France, obtenant le Prix du meilleur court-métrage à la biennale de cinéma de lInstitut du monde arabe en 1998. Nadine Labaki nest alors quune illustre inconnue, fraîchement émoulue de lInstitut détudes supérieures daudiovisuel de Beyrouth. Dans ce film de fin de cursus, la réalisatrice en devenir imagine lactivité dune rue de Beyrouth à travers la lunette du fusil dun ex-milicien désuvré, posté à la fenêtre de son appartement. Ce premier succès lui donne le courage de continuer
loin du grand écran. Elle démarre sa carrière, en tant que productrice TV à lagence de publicité Impact BBDO, avec un premier spot contre labus des enfants. Mais cest son film publicitaire pour une banque, avec un style différent, plus populaire et plus proche de la vie libanaise de tous les jours, qui lui offre la reconnaissance de ses pairs. Cétait ma manière de faire un petit film, commentera-t-elle. Soixante spots (et plusieurs prix dans des festivals) plus tard, Nadine Labaki se lance dans le vidéoclip. Avec le même succès. Elle collabore avec de nombreux artistes libanais à grand succès. Elle réalisa notamment deux clips pour une certaine Nancy Ajram, Akhasmak Ah, en 2003, et Lawn Ouyounak, en 2005. Et lorsque, récemment, Variety consacre Nadine Labaki cinéaste moyen-oriental de lannée, le magazine américain pousse lenthousiasme jusquà affirmer que la chanteuse et la réalisatrice ont toutes les deux aidé à redéfinir limage de la femme arabe moderne : féminine, sexy et maîtresse de la situation.
Réalisatrice, mais aussi actrice
Mais Nadine Labaki nest pas que réalisatrice. Elle nhésite pas, de temps à autre, à passer de lautre côté de la caméra. Cest ainsi quelle rejoint, en 2006, le casting de Bosta [LAutobus], le premier long-métrage de son compatriote Philippe Aractingi. On ly voit notamment danser un électro-dabké endiablé, version peu orthodoxe dune danse traditionnelle. Le film bat pratiquement tous les records du box-office du pays du Cèdre. La réalisatrice enchaîne avec Caramel (Sukar Banat), dont le tournage ne sachève que quelques jours avant le conflit israélo-libanais de lété 2006. Depuis sa sortie mi-août dernier, le film connaît un grand succès populaire, mais également critique, faisant courir son auteur dun festival à lautre. À Casablanca comme ailleurs, jobserverai la réaction des spectateurs durant toute la projection !, nous indiquait, de Beyrouth, la cinéaste, à peine rentrée dun festival à Abou Dhabi et à la veille de son arrivée au Maroc.
Assurément, la gent féminine marocaine se retrouvera, dune manière ou dune autre, dans les personnages de Caramel. En pointant les pesanteurs sociales et les tabous, le film tend à montrer que les femmes arabes, musulmanes ou chrétiennes, sont, peu ou prou, égales dans ladversité par-delà les différences dappartenance religieuse. Elles se rejoignent dans les contradictions (comme la sensualité versus la religion) et le tiraillement entre le poids de la tradition et lattirance de l'émancipation, symbolisée par les Occidentales. Nous sommes conditionnées par le regard des autres et victimes de l'hypocrisie du système traditionnel oriental, qui soppose à la modernité occidentale, martèle la cinéaste. Un système construit sur la notion de hchouma : Les petites filles libanaises grandissent avec le mot aayib, accompagné dun geste du doigt un peu menaçant, lance Nadine Labaki. Un mot que ses spectatrices marocaines connaissent très bien. |
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