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BTP. Cherche maçons désespérément
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

BTP. Cherche maçons désespérément


Chiffres clés.

20 000
emplois ont été créés dans le secteur du BTP au terme du premier semestre 2007.
9,3% taux de croissance du secteur au terme du premier semestre 2007.
65 DH c’est le salaire journalier de l’ouvrier de base.
11,1% de la population active urbaine est employée dans le secteur du BTP.


Le boom du BTP n’a que peu profité
aux ouvriers du bâtiment.
(DR)

Conséquence directe de la croissance effrénée du BTP, le métier de maçon est de plus en plus demandé. Pourtant, les “bennaya” ne profitent pas forcément de la manne du secteur. Pas encore…


“Il n’est pas rare que nous refusions du travail. Ça ne rend pas plus riche, mais ça nous permet de retrouver un semblant de dignité, plaisante cet ouvrier d’un chantier de construction casablancais. Et c’est pas le boulot qui manque”. En effet, dans le domaine de la construction, pas moins de 20 000 emplois ont été créés cette année,
d’après les résultats d’une étude réalisée par l’Institut national d’analyse de la conjoncture. Un chiffre qui devra être revu à la hausse, puisque l’étude s’était arrêtée aux chiffres des six premiers mois de 2007. Ce boom de l’emploi trouve son origine dans le dynamisme du secteur du BTP, lui-même boosté par les grands chantiers publics comme par les investissements locaux et étrangers dans l’immobilier. Chose confirmée par une analyse du Haut commissariat au plan (“Enquête de conjoncture sur les bâtiments et travaux publics”), qui évalue à 9,3% la croissance du secteur de la construction pour le premier semestre 2007.

Le “bennay”, profil rare ?
Conséquence directe de cet essor : le renchérissement de certains facteurs de production. “En amont comme en aval, toute la filière a connu une forte croissance, accompagnée de hausses de prix. Cela va du prix de la brique au salaire du maçon”, explique Bouchaïb Benhamida, président de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP), organisation professionnelle regroupant quelque 3000 entreprises du BTP. Pire, la pénurie de main d’œuvre guette aujourd’hui le secteur, ralentissant, voire bloquant, l’aboutissement de certains projets. “Certains grands donneurs d’ordres, comme la CDG et la CGI, reprochent aux promoteurs immobiliers de ne pas manifester d’intérêt pour leurs projets, nous déclare cette source à la FNBTP. Mais vous pensez bien qu’on ne fait pas la fine bouche. Le problème, c’est qu’il y a un manque flagrant de main d’œuvre. Du coup, il nous est difficile de suivre la cadence, à moins d’entrer dans la spirale infernale de débauchage”. Le cas de notre interlocuteur est tout sauf isolé : dans une enquête réalisée auprès de 400 entreprises du secteur, 46% affirment avoir éprouvé des difficultés de recrutement. Pour pallier ce manque, les opérateurs font front derrière la FNBTP. Objectif ? Mettre l’Etat devant ses responsabilités : “Nous sommes en train de dresser un état des lieux du secteur. Nous en présenterons les résultats au ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle”, révèle ce membre de la Fédération en charge du dossier. En attendant, la FNBTP tente de se débrouiller par ses propres moyens. “Avec l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), nous nous penchons sur la création d’une école spécialisée dans les métiers du bâtiment dans la ville de Settat”, explique Bouchaïb Benhamida. Et de nuancer : “Il faudrait une vingtaine d’écoles de ce genre pour faire face à la demande future du secteur. Mais l’objectif est plus d’ordre qualitatif. Il s’agit de mettre en adéquation la formation actuelle avec les besoins de demain, et former des techniciens spécialisés du bâtiment”.

Contrat de travail, connais pas !
Mais pour l’heure, pour faire face à la forte demande, les entrepreneurs font feu de tout bois et continuent d’embaucher à tour de bras, main d’œuvre qualifiée ou pas. Le maçon “moyen” a-t-il pour autant tiré profit de cette pénurie ? Réponse affirmative de cet entrepreneur casablancais : “Aujourd’hui, le salaire minimum exigé dans le secteur approche les 100 dirhams par jour, alors qu’il n’était que de soixante il y a quelques années”. Un constat que tient à nuancer ce syndicaliste : cette hausse aurait surtout concerné les employés les plus qualifiés. “Les profils recherchés sont essentiellement les techniciens, les ouvriers qualifiés ou les contremaîtres, explique-t-il. Comme ils constituent une ressource rare, ils profitent logiquement du rapport de forces, pour une fois en leur faveur”, argumente-t-il. Quant aux ouvriers de base, ils continuent de travailler dans une précarité certaine. Ainsi, en guise de contrat de travail, ils ont droit à une attestation à faire légaliser, mentionnant les identités de l’employeur et de l’employé, la date d’embauche… et c’est tout ! Il n’est nulle part fait mention de la nature du contrat d’embauche, encore moins de protection sociale ou d’assurance maladie. “D’abord, cette pratique reste marginale dans le secteur, assure notre syndicaliste. Ce document sert surtout à protéger l’entrepreneur dans les cas de licenciement. Il ne change absolument rien au quotidien du maçon”. “Si l’Etat ne se bat pas contre le travail informel, on ne peut pas le faire à sa place, oppose un membre de la FNBTP. À notre niveau, nous agissons comme nous le pouvons, en sensibilisant nos adhérents”. Et ce n’est pas le zèle des inspecteurs du travail qui risque de changer les choses : “Faute d’effectif suffisant”, justifie-t-on, les contrôles se font rares et les contrevenants ne sont pas inquiétés. Pourtant, il y a urgence, comme le confirme ce syndicaliste : “Le BTP est l’un des secteurs qui connaissent le plus d’accidents du travail. Mais vous ne trouverez aucune statistique sur le sujet, car il s’agit de travail au noir”. Et si le salut des ouvriers du bâtiment venait… d’eux-mêmes ? “S’ils se regroupaient en syndicats, ils constitueraient un contre-pouvoir considérable et deviendraient un partenaire social incontournable”, analyse notre syndicaliste. Mais cela ne semble pas d’actualité : souvent analphabète, vivant dans une situation précaire, un ouvrier du bâtiment n’a pas vraiment les moyens de s’organiser. “Et quand les plus hardis entreprennent de se syndiquer, leur employeur les menace de licenciement et n’hésite pas à passer à l’acte si l’ouvrier ne se rétracte pas”, affirme un ancien maçon. Du coup, les ouvriers adoptent profil bas. Et même quand ils osent défier le patron, la rébellion tourne court : “Il nous arrive d’entreprendre des actions collectives, surtout quand les salaires tardent, explique cet ouvrier. Le soir, nous décidons de faire grève. Mais dès le lendemain, la moitié de la troupe finit par céder aux menaces du chef de chantier ou du promoteur”.



Profil. Bennay un jour, bennay toujours

Ils ont entre 20 et 45 ans (un âge supérieur leur interdirait l’accès à la profession) et sont originaires de toutes les régions rurales du pays. Ils, ce sont les ouvriers du bâtiment, les bennaya comme on les appelle. Tous travaillent à la tâche, autrement dit, à la journée. Principale qualité recherchée par leur employeur : une condition physique acceptable et une tête bien faite pour ceux amenés à occuper un poste à responsabilité. Le salaire moyen d’un ouvrier se situe autour de 65 dirhams par jour. Sur leur lieu de travail, ils exécutent les tâches les plus basiques et, souvent, les plus pénibles, ne nécessitant aucune qualification particulière. Ils sont supervisés par le Mâalem, lui-même chapeauté par le Cabran (déformation en darija du mot “Caporal”), dont la paie atteint les 150 dirhams par jour. Quant au chef de chantier, qui s’assure que la construction est conforme aux plans de l’architecte, ses émoluments se situent entre 200 et 300 dirhams. En règle générale, tous ont commencé au bas de l’échelle, apprenant le métier sur le tas. Si certains parviennent, au bout de plusieurs années, à gravir les échelons pour devenir chefs de chantier, la plupart restent manoeuvres toute leur vie.

 
 
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