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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“Les Marocains ont une peur bleue de l’inconnu”

Assia Akesbi,
Psychologue et militante de gauche
(TNIOUNI / NICHANE)

Antécédents

1948. Naissance à Fès.
1968. Rencontre son mari.
1976. DEA en psychologie à l’université Paris VII.
1976. Thèse de doctorat d’Etat en psychologie.
2003. Ouvre l’Ecole supérieure de psychologie à Casablanca
2007. Se présente aux élections législatives sous les couleurs du PSU.

Smyet bak ?
Ahmed Akesbi.

Smyet Mok ?
Khadouj Slassi.

Nimirou d’la carte ?
B 235 563.

On vous connaissait ittihadie, mais vous vous êtes présentée sous les couleurs du PSU lors des dernières législatives. Vous avez été débauchée par votre frère Najib, membre dirigeant du PSU ?
Aux élections de 2002, je me suis présentée sous les couleurs de l’USFP. Mais j’ai quitté ce parti à cause de la makhzénisation de ses leaders. J’en avais assez de leur assujettissement au Pouvoir. Quand vous entendez un Abderrahman Youssoufi, qui se prétend progressiste, déclarer que le pacte secret qu’il a conclu avec Hassan II est scellé par le Coran, il y a de quoi se poser des questions.

L’histoire date quand même, vous n’aviez qu’à quitter le parti dans la foulée…
Sur le coup, je me suis dit que personne n’est infaillible. Mais à un moment donné, je ne pouvais plus supporter les attitudes des dirigeants. J’ai même pensé me retirer de la politique. Mais le militantisme, c’est plus fort que moi. Je milite comme je respire. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai fondé une école de psychologie, car elle permet d’inculquer un savoir.

Jusqu’à preuve du contraire, c’est d’abord un business, non ?
Vous savez, créer une école, ce n’est pas le meilleur moyen de gagner de l’argent. Si j’avais voulu être riche, j’aurais placé mon argent à la banque ou investi dans la pierre, chose que je n’ai pas faite. Toujours est-il que je souhaiterais que cela devienne une affaire rentable, mais cela ne se fera pas avant longtemps. Et puis, si vous voulez tout savoir, j’ai perdu cette culpabilité qu’ont les soixante-huitards vis-à-vis de l’argent.

Ah oui, c’est vrai que vous aviez rejoint la France en 68. Vous étiez du genre sage ou vous jetiez plutôt des pavés sur les flics ?
À vrai dire, je n’ai pas assisté au soulèvement populaire de mai 68, car je suis arrivée en France quelques mois plus tard. Mais l’ambiance soixante-huitarde continuait de régner à la faculté. J’ai adhéré à ce mouvement et j’ai participé aux débats qui l’ont accompagné.

Vous pensez que le Maroc aura, un jour, son mai 68 ?
Je n’ai pas de boule de cristal. Mais j’ai confiance en l’avenir, car je suis persuadée que l’être humain va de l’avant. Certes, au cours de l’Histoire, il y a eu quelques parenthèses de régression, comme le fascisme et l’intégrisme. Mais globalement, l’humanité avance.

Dans l’une des matières que vous enseignez, vous apprenez à vos élèves à interpréter la psychologie de l’être humain dans des tapis. Pourquoi pas dans les viscères de poisson ?
(Rires) L’enseignement ne se limite pas à tout ce qui est cartésien. Il faut aussi se pencher sur tout ce qui est irrationnel.

Lors des législatives, vous avez perdu contre Saâd Eddine El Othmani. C’est la victoire du psychiatre conservateur contre la psychologue moderniste ?
On peut dire cela en effet. Mais je me suis présentée avant tout pour aider ce jeune parti qu’est le PSU. Dans ce sens, je n’estime pas être sortie perdante de cette histoire.

Et qu’avez-vous pensé de ces élections ?
Pour moi, les législatives ont été une pièce de théâtre orchestrée par le Pouvoir. D’ailleurs, celui-ci a bien réussi son coup : on s’attendait à une déferlante du PJD, mais c’est l’Istiqlal qui l’a emporté.

Dans votre métier de psychologue, quelles sont les névroses que vous rencontrez le plus souvent ?
Les Marocains ont une peur bleue de l’inconnu. Ils ont un attachement possessif pour tout ce qui leur est connu. Or, pour avancer, il faut accepter de se déposséder de ses amis, son argent, son partenaire…

D’un point de vue freudien, à quel stade se situe la société marocaine ?
Je ne voudrais pas faire de la psychanalyse de comptoir, mais les Marocains sont dans une phase infantile. Tout ce qu’ils veulent, c’est qu’on leur donne un mamelon à téter. Nous vivons dans une société d’assistés.

Vous aviez déclaré que les femmes ne votent pas pour les femmes, comment l’expliquez-vous ?
Les femmes marocaines sont constamment à la recherche d’un père protecteur. Elles attendent plus des hommes qu’elles n’attendent d’elles-mêmes.

 
 
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