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Propos recueillis par
Mehdi Sekkouri Alaoui
Interview.
Henri Michel. Les Lions sont moins guerriers quen 1998
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Henri Michel est tout heureux de son
retour au bercail. Pour le moment
(TNIOUNI / NICHANE)
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À deux mois de la CAN 2008, le nouveau sélectionneur national nous explique les raisons de son retour, évalue les chances du Maroc dans la compétition africaine et revient sur sa première expérience à la tête des Lions de lAtlas.
Pensez-vous que le tirage au sort de la CAN soit à lavantage de la sélection marocaine ?
Je suis dabord soulagé de savoir que nous allons jouer les trois matchs du premier tour à Accra. Contrairement aux autres villes choisies pour la compétition, la capitale dispose dun stade de qualité, de terrains |
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dentraînements aux normes et dhôtels convenables. Cest une bonne chose pour nous. Quant au tirage au sort lui-même, on ne peut pas prétendre - comme on la entendu ici et là - que notre groupe est facile à aborder. Le Ghana, qui va évoluer devant son public, fait partie des favoris naturels de la CAN. La Guinée pratique un football solide et efficace, avec des individualités de grande qualité. Et puis il y a la Namibie, que nous venons certes de battre à Rabat, mais qui pourrait avoir lesprit revanchard
Quelles sont les chances du Maroc pour cette CAN ?
Disons que nous avons autant de chances que tous les autres participants. Vous savez, aujourdhui, il ny a pratiquement plus de petites équipes en Afrique. Ce serait une hérésie de dire que nous atteindrons au moins les demi-finales de cette CAN, ou que nous allons remporter le titre. Pour le moment, il faut garder les pieds sur terre et se concentrer sur notre préparation et surtout le premier match (contre la Namibie), qui est capital dans ce type de compétition.
Comment va la préparation du onze national ?
Malheureusement, nous navons pas une marge de manuvre suffisante, sachant que le calendrier de la FIFA laisse peu de places aux matchs amicaux. Nous allons donc nous contenter de deux rencontres de préparation : une première contre la France, le 16 novembre, et, si tout va bien, une seconde contre le Sénégal, la semaine suivante. Il ny a pas de secret, on va devoir compter sur la qualité et le professionnalisme des joueurs pour arriver à trouver très vite lhomogénéité qui nous manque.
Prendre en main cette équipe, à quelques mois seulement de la CAN, nest-il pas un pari risqué ?
Sincèrement, je ny ai jamais pensé. Quand on ma sollicité, je nai pas hésité une seconde, pour la simple raison que javais très envie de répondre par laffirmative. Et puis, lorsque vous exercez ce métier, il ne faut pas avoir peur des paris, des challenges. Bien au contraire.
Comment vous êtes-vous retrouvé à nouveau à la tête des Lions de lAtlas ?
Cest très simple. Après mon départ du Zamalek (Egypte), jétais libre. Les responsables marocains mont fait une proposition, que jai acceptée. Voilà.
Il se dit que Noureddinne Naybet est pressenti pour être votre adjoint
Cest une mauvaise interprétation de mes paroles. Lorsque je suis arrivé au Maroc, javais dit quil faudrait faire profiter léquipe nationale de lexpérience de Naybet, qui pourrait nous apporter énormément. Mais à aucun moment je nai parlé dun poste dadjoint. Et il faudrait voir ce quen pense lintéressé
Il paraît quil nest pas contre
(Rires). Dans ce cas, je vais le rencontrer dès que possible.
Et pour ce qui est du reste de votre staff ?
Il y a du nouveau. Il y a une volonté de rajeunir lencadrement de léquipe et de sappuyer sur des gens qualifiés. Jai fait appel à un préparateur physique français avec qui jai travaillé au Zamalek, ainsi quà un entraîneur de gardiens de buts, un Marocain qui exerçait en France.
Quels sont vos objectifs avec cette équipe ?
Je le répète : le plus important pour nous reste la qualification à la prochaine Coupe du monde.
On a limpression que vous naccordez pas beaucoup dimportance à la CAN
Ce que je veux dire, cest que nous ne sommes pas obligés de réaliser un bon parcours au Ghana. Certes, je connais parfaitement limportance de cette compétition et lenthousiasme quelle engendre. Mais il faut être raisonnable. Pour construire une bonne équipe, il faut du temps et beaucoup de travail. Et puis, la Coupe dAfrique a lieu tous les deux ans, alors que le Mondial, qui est LA compétition footballistique, se déroule tous les quatre ans.
Mais vous êtes conscient que si vous échouez lors de cette CAN, vous allez vous attirer les foudres de la rue ?
Cest tout à fait naturel, et cest partout pareil. Lorsque vous alignez des résultats peu satisfaisants, vous en prenez plein la pipe. Le plus important, cest de savoir ce quon veut exactement. Si on cherche à travailler à court terme, on nira pas très loin. Mais si on parie sur les moyen et long termes, on a beaucoup plus de chances de réussir. Souvenez-vous : en 1996, la sélection marocaine sest fait quasiment lyncher parce quelle navait pas dépassé les quarts de finale à la CAN au Burkina Faso. Cela ne nous a pas empêchés de briller au Mondial, deux ans plus tard.
Si vous deviez, aujourdhui, porter un jugement sur la qualité du onze vert et rouge
Je ne suis pas là depuis assez longtemps pour répondre en toute objectivité à cette question. Il faudrait dabord que je fasse plus ample connaissance avec les joueurs. Mais je suis sûr dune chose : il y a du potentiel qui, à mon avis, nest pas exploité à cent pour cent. Et jespère pouvoir rectifier cela en prévision de cette CAN et des autres rendez-vous qui nous attendent. Je pense quon peut vraiment y arriver, sachant quil y a un très bon état desprit au sein du groupe. Et cela, cest un facteur important.
Pourtant, au vu des derniers matchs amicaux, il y a de quoi être sceptique
Je ne suis pas du même avis. Il y a certes un manque évident defficacité offensive. Durant ces deux rencontres, nous avons eu de nombreuses occasions de but, mais nous navons concrétisé quà deux reprises. Il va falloir améliorer cela. Au risque de me répéter, je dirais quil y a dans cette équipe beaucoup de joueurs qui ne sont pas encore à 100% de leur potentiel. Le jour où ils le seront, le Maroc pourra réaliser de très belles choses.
Justement, comment expliquer que des attaquants brillent en club, mais se montrent si discrets en sélection ?
Il y a une grande différence entre jouer en club et en sélection. Vous navez pas les mêmes coéquipiers, ni la même pression. Vous faites sans doute référence à Youssef Hadji et Marouane Chamakh. Si on regarde nos deux derniers matchs, Hadji a été bon contre le Ghana, mais a un peu manqué defficacité, comme cela peut arriver à nimporte quel joueur. Pour ce qui est du match contre la Namibie, on ne peut rien lui reprocher : il était grippé et ne sétait pas entraîné depuis dix jours. Hadji est une valeur sûre de notre équipe et quand il est bien physiquement, il peut frapper très fort. Chamakh aussi est très prometteur. Mais pour le moment, il ne confirme pas trop sur le plan de lefficacité. Son problème, cest quil est un peu trop au service de ses coéquipiers. Il faut quil apprenne à être plus égoïste sil veut devenir un grand buteur.
Revenons en arrière, quels souvenirs gardez-vous de votre premier passage à la tête de léquipe nationale (1995 - 2000) ?
Que de bons souvenirs, hormis peut être notre retour des coupes dAfrique auxquelles nous avions participé. Mais ce dont je suis fier, cest dêtre arrivé au Maroc au moment où il nexistait quasiment plus déquipe nationale. Nous avons réussi à reconstruire, à travers un travail de tous les jours, lune des plus solides formations du continent africain. Je rappelle quand même quon na jamais perdu un seul match en qualification pour la CAN ni pour la Coupe du monde ; et ça, en Afrique, ce nest pas rien. Sans oublier notre bon comportement lors du Mondial français, qui restera inoubliable pour moi, même si on méritait de passer au deuxième tour.
Mais votre palmarès à la tête de cette équipe est resté vierge
On narrête pas de me demander pourquoi nous navons pas réussi à rééditer lexploit de 1976, lorsque le Maroc avait remporté son unique titre africain. Mais je vous rappelle quà lépoque, il ny avait que huit équipes en phase finale de la CAN. Cela nenlève rien au mérite des joueurs de lépoque, mais le niveau de cette compétition a largement progressé depuis. Et tous ceux qui connaissent le football savent quil ya de nombreux facteurs qui entrent en jeu dans ce genre de compétition : le tirage au sort, larbitrage, les blessures
Est-ce que la qualité des gardiens de buts que vous aviez sélectionnés à lépoque na pas joué également ?
Il est évident que depuis Baddou Zaki, le Maroc na pas eu de grands gardiens. Malheureusement, ce problème est propre au Maroc, du fait quil ny a pas de culture de gardiens de buts ni de formations adéquates. Si vous prenez par exemple un pays comme le Cameroun, ils ont toujours eu des gardiens de grande qualité. Cest presque une tradition chez eux.
Quelle différence y a-t-il entre léquipe actuelle est celle de 1998 ?
La première, je lai construite pratiquement de A à Z. Nous avons grandi ensemble, nous avons fait des compétitions ensemble et nous avons vécu beaucoup de choses ensemble. Une relation extraordinaire sétait créée entre les joueurs et moi. Jétais tour à tour leur père, leur frère ou leur ami. Aujourdhui, les choses sont différentes. Jarrive dans une équipe qui existe déjà, dont les joueurs ont un passé ensemble. Cest à moi de me fondre dans le moule et dessayer de leur apporter mon expérience de la compétition. Je le dis toujours, cest difficile de comparer des générations de footballeurs. Mais léquipe de lépoque était plus guerrière que celle daujourdhui. Cette dernière est parfois trop polie, trop gentille. Pour réussir dans le sport de haut niveau, il faut apprendre à être méchant de temps en temps.
Vous venez de fêter votre 60ème anniversaire. Il vous arrive de penser à la retraite ?
Absolument pas. Parce que lorsque lon commence à y penser, cest le début de la fin. Et tant quil y a de la passion, il ny a aucune raison de sarrêter. |
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Profil [Henri Michel]
Marocain de cur (et de nationalité)
Avant dembrasser une carrière dentraîneur, Henri Michel a dabord été un joueur exceptionnel. Milieu de terrain formé au club dAix-en-Provence, il a été fidèle à son club de toujours, le FC Nantes de la grande époque, dont il a été la pièce maîtresse durant seize saisons. Avec, à la clé, trois titres de champion de France, une coupe de France et une demi-finale en Coupe dEurope des clubs champions. Avec le onze tricolore, Henri Michel a aligné pas moins de 58 sélections. Par la suite, il sest lancé avec brio dans le coaching, au début des années 80, en permettant à léquipe de France Espoirs de remporter la médaille dOr aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984, avant de conduire les A (avec un certain Michel Platini) à la troisième place au Mondial 1986. Après une escale au Paris Saint-Germain, Michel a pris les commandes de la sélection du Cameroun (1994), puis celle du Maroc, quil dirigea durant cinq ans. Depuis son départ, lhomme a fait du chemin. Il a dabord coaché léquipe des Emirats arabes unis (2000-2001), le club grec de lAris Salonique (2001), la sélection tunisienne (2001-2002) quil réussit à qualifier au Mondial 2002, avant dopérer un joli retour au Maroc, pour faire du Raja le champion du Maroc 2003-2004. Il a ensuite managé la sélection ivoirienne, quil a emmenée jusquen finale de la CAN 2006. Après un bref passage au Zamalek du Caire, Henri Michel est donc, depuis août 2007, de retour dans sa seconde patrie. Au sens propre du terme, puisque lhomme possède la nationalité marocaine. |
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