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Par Michel Rousset, Professeur honoraire à la faculté de droit de Grenoble.
Ancien professeur des facultés de droit du Maroc et de lEcole nationale dadministration de Rabat.
Témoignage. Mon ami Driss Basri
Lancien vizir avait aussi des qualités, et des amis. Dont Michel Rousset, éminent spécialiste du droit administratif marocain et fidèle compagnon (et professeur) de Driss Basri. Dans cette lettre adressée à TelQuel, il évoque leur relation singulière avec Driss Basri.
Driss Basri est mort le 27 août. Tous ceux qui ne laimaient pas, et ils sont nombreux, sen sont donné à cur joie pour dire tout le mal quils pensaient de lui. Je laisse donc à ses ennemis le soin de lui tresser des couronnes dépines. Mais pour ma part, je veux évoquer un aspect de la |
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personne de Driss Basri que ses ennemis ignorent ou quils feignent de ne pas connaître.
Je fais partie de ses amis et cela depuis 1965. Il ny a sans doute pas beaucoup de Français et seulement quelques Marocains qui peuvent se prévaloir dune amitié qui sest manifestée pendant une aussi longue période, sans interruption jusquau milieu de son exil parisien.
Je lai connu comme étudiant à la Faculté de droit de Rabat en 1965, puis comme assistant à lEcole nationale dadministration, à partir de 1968. Il assurait, en collaboration avec Ahmed Belhaj, les travaux dirigés de mes cours de droit administratif, et grâce au travail commun et à sa disponibilité, il est tout naturellement devenu un ami. Lorsque je suis revenu en mission, après mon retour en France, il ma hébergé chez lui et je suis peu à peu devenu un membre de sa famille. Jai le souvenir davoir rendu visite à son père dans une clinique de Rabat où il venait dêtre opéré de la cataracte, et de la même manière à son épouse Fatiha à lhôpital Avicenne. De même, je suis allé en sa compagnie me recueillir sur la tombe de ses parents dans un cimetière de Settat, et jai éprouvé une grande satisfaction lorsque, de 1990 à 1995, jai été le professeur de son fils Taoufik à la Faculté de droit de Rabat-Agdal, dans la promotion de Son Altesse Royale le prince Moulay Rachid.
En 1972, Driss Basri avait soutenu un mémoire de DES sur un sujet que je lui avais proposé : lagent dautorité. Javais en effet travaillé sur les administrations marocaines, et spécialement sur le ministère de lIntérieur, qui sera à lorigine du sujet de sa thèse soutenue à Grenoble en 1987, sur lexpérience marocaine dadministration territoriale.
Naturellement, ses qualités exceptionnelles expliquent largement sa carrière, mais il ne faut pas oublier quil ne fut pas toujours le flamboyant ministre dEtat des années 90.
En novembre 1966, en compagnie dun collègue économiste, Denis Lambert, nous avons été invités à dîner chez lui dans le logement de fonction très modeste quil occupait à côté du commissariat central, près de la place Piétri. Lannée suivante, lors dune mission que jeffectuais à Rabat, jai déjeuné chez lui dans une petite villa de fonction à lAgdal, près du commissariat du 2ème arrondissement. En 1972, après la brillante soutenance de son mémoire de DES, avec un certain nombre de ses amis, dont beaucoup étaient aussi danciens étudiants de la Faculté de droit, nous nous sommes retrouvés chez lui, à lAgdal toujours, mais plus près de chez moi, à Zankat Soukainah. Engagé dans la vie active dès les lendemains de lindépendance, avec une famille à charge, Driss témoignait déjà dune capacité de travail peu commune, étant donné ses responsabilités professionnelles et familiales.
La fibre universitaire
Grâce à son intelligence, et sans doute aussi à son aptitude à saisir lévènement, sa carrière connaît une remarquable accélération à partir de 1972. Secrétaire dEtat à lIntérieur auprès de Mohamed Benhima, il sinstalle rue de Béni Mellal et cest là que je le retrouve pendant plusieurs années lors de mes missions denseignement. Au cours de toutes ces années et de celles qui vont suivre, nous avons échangé nos idées, évoqué les perspectives de développement de ladministration en général et de ladministration locale en particulier, les problèmes politiques et constitutionnels marocains, mais aussi français, quil suivait avec le plus grand intérêt. Les nombreuses soirées passées ensemble, avec dautres étudiants, se terminaient parfois fort tard, mais représentent pour moi une expérience exceptionnelle de lhospitalité et de lamitié de Driss Basri, mais aussi de lintérêt scientifique de nos conversations.
Je dois aussi ajouter que cest grâce à son appui que jai pu accéder à une documentation parfois difficile à obtenir. Grâce à lui aussi, jai pu assurer le financement de quatre éditions du manuel de Droit administratif marocain, dont la publication de la première édition en 1970 mavait obligé à faire en quelque sorte le commis voyageur auprès de diverses administrations. Cest également grâce à son intervention que le petit livre que javais rédigé en 1978 sur Le royaume du Maroc, publié chez un éditeur français, a pu entrer au Maroc, ce qui, à lépoque, nétait absolument pas évident si lon voulait écrire selon ses convictions.
Et cest également auprès de lui que jai plaidé la cause de certains étudiants embarqués par leur jeunesse et les sirènes de lépoque dans des aventures qui les avaient conduits en prison et qui, à leur sortie, ne pouvaient obtenir le passeport dont ils avaient besoin pour poursuivre leurs études à létranger. Driss Basri était sans doute ministre, mais il avait conservé ce que jappellerai la fibre universitaire et, ceci expliquant cela, nest sûrement pas étranger à lamitié dont il mhonorait et à lécoute que je pouvais avoir auprès de lui.
Sans doute, les responsabilités qui étaient les siennes et le pouvoir quil avait acquis lont peu à peu éloigné de ceux qui constituaient le cercle damitié dont je faisais partie. Mais pour ma part, je ne veux conserver de Driss Basri que le souvenir de celui qui fut un étudiant brillant, un grand serviteur de lEtat, un ami fidèle sinquiétant de ma santé lorsque jétais hospitalisé à Grenoble, prenant des nouvelles de ma famille quil connaissait, y compris dans notre maison familiale de Meylan où il était venu la première fois en 1974. Bref, dun homme en compagnie duquel il était agréable, réconfortant et enrichissant de se trouver tant quil en a eu la disponibilité nécessaire. |
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