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Par Nadia Lamlili
Transport. Opération Bus propres
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Le retrait des licences de cinq opérateurs privés a provoqué
un début de crise des
transports urbains à Casablanca.
(TNIOUNI / NICHANE)
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Matériel défaillant, non-respect du cahier des charges
La ville de Casablanca vient de résilier les licences de 5 sociétés privées de transport public. Mais le tour de vis a aussi (et surtout) des soubassements financiers.
Cela fait une demi-heure que, sous un soleil de plomb, Mohamed scrute lhorizon, dans lespoir dapercevoir le bus numéro 109, qui relie son quartier, El Oulfa, à la zone commerciale de Derb Korea. De guerre lasse, il finit par héler un petit taxi. Et tant pis pour son maigre budget ! Pour éviter une autre demi-heure dattente, il est prêt à payer bien |
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plus que les 3,50 DH que lui coûte un ticket de bus. El Oulfa, Salmia, Lissasfa, Cité El Jamaâ, Sidi Bernoussi
depuis juillet dernier, les habitants de certains quartiers casablancais ont de plus en plus de mal à se déplacer en bus. Et pour cause : en plein été, la Ville a annulé les licences de 5 sociétés privées de transport. Motifs : matériel défaillant et non-respect du cahier des charges. En tout, 36 bus, couvrant 6 lignes, ont été retirés. À en croire les responsables de la Ville, le manque a été immédiatement comblé par Mdina Bus, qui opérait déjà sur ces tronçons aux côtés des concessionnaires sanctionnés. Le délégataire maroco-français a mobilisé le même nombre de bus retirés, nous assure Aïcha Ait Mhand, responsable du dossier concessions au sein du Conseil de la ville de Casablanca. Mais du côté des sociétés sanctionnés, on avance que Mdina Bus na récupéré que les lignes rentables, abandonnant les autres au diktat des taxis blancs et autres transporteurs informels.
Le règne de lanarchie
En tout cas, cest la première fois que la Ville se montre aussi inflexible dans un secteur connu pour le laisser-aller qui y règne. Vitres cassées, toitures arrachées, châssis désarticulés
les véhicules des sociétés écartées (Bucas Bus, Yasmina Bus, Aman Bus, Casa Bus et Badraoui Bus) avaient atteint un tel degré de vétusté que certains centres techniques ont refusé de leur délivrer les attestations de la visite technique annuelle, confie un cadre du Conseil de la ville. En outre, aucune des cinq sociétés navait atteint le parc minimum sur lequel elle sétait engagée (40 bus), ni couvert le nombre de lignes inscrit dans le cahier des charges. Ainsi, Yasmina Bus, qui avait hérité de 10 lignes, nen exploitait réellement quune seule. Casa Bus fait encore mieux, en ouvrant de son propre chef et sans consulter la Ville, une nouvelle ligne bâtarde, la 70
qui change ditinéraire au gré des taux de remplissage !
Pour autant, du côté des sociétés de transport recalées, on nhésite pas à manifester son incompréhension, arguant que la résiliation de leurs licences nobéit à aucun critère. Dans les lettres de résiliation envoyées à ces sociétés, la Mairie nexplique pas ses motivations, se défend Saâd Raïssi, membre de la Fédération nationale du transport routier. Un vice de forme aussitôt suivi de poursuites en justice, entamées récemment par les 5 sociétés contre le Conseil de la ville. Celui-ci réplique en assurant ne pas avoir cessé, depuis deux ans, dadresser auxdites sociétés des lettres de mise en demeure. En réalité, derrière le motif de défaillance technique, se cache une affaire de gros sous. Daprès le Conseil de la ville, ces sociétés nont jamais payé leurs redevances (correspondant à 5% du chiffre daffaires) depuis leur entrée en activité au milieu des années 80 ! En tout et pour tout, elles ont accumulé pas moins de 21 millions de dirhams darriérés. Dans cette somme, la Ville a compté les créances de la fameuse Raha Bus, liquidée par voie judiciaire en février dernier, et qui doit toujours à la Ville quelque 3,19 millions de dirhams.
Mais question dégâts financiers, ce ne serait que la partie émergée de liceberg. Certaines sociétés, comme Bucas Bus, nauraient commencé à envoyer leurs bilans à la Communauté urbaine quau milieu des années 90, alors quelles ont obtenu leurs licences dès la fin des années 80. Entre les deux dates, elles ont fonctionné dans une totale opacité
permise, voire facilitée, par labsence de tout contrôle. Une mission qui échoit aux collectivités locales, pas irréprochables non plus sur ce point. Assujetties au ministère de lIntérieur, elles ont laissé pourrir la situation, parfois pour servir des intérêts particuliers, souvent parce quelles étaient dans lincapacité de combler le déficit en matière de transport en commun, à une époque où la Régie autonome de transport en commun (RATC) était au pire de sa forme. Les responsables de lépoque redoutaient des émeutes populaires si les bus venaient à manquer, témoigne un élu. Entre la colère publique et des sociétés de transports quasi illégales, le choix était tout fait.
MDina Bus : champion local ?
Aujourdhui, les choses semblent avoir changé. Larrivée de Mdina Bus, un concessionnaire aux reins solides, a visiblement donné les coudées franches aux autorités de la ville pour sévir contre les brebis galeuses. Mais cétait sans compter sur la capacité de nuisance du lobby des transporteurs, qui appelle aujourdhui à une refonte totale du secteur. La Ville est incapable de mener cette nouvelle stratégie. Nous avons besoin dun nouveau plan de déplacement urbain et dune agence de régulation nationale, qui établira une vision homogène entre toutes les villes, tonne Saâd Raïssi. Mais une question demeure : Pourquoi cette affaire na-t-elle éclaté que plusieurs mois après la résiliation des licences ? Les bus défaillants ont été retirés en juillet, mais limpact de leur retrait na été ressenti quil y a à peine quelques semaines. Pour la Ville, des concessionnaires font de la manipulation politique, surfant sur la vague des protestations contre la cherté de la vie qui traverse le pays. Réponse du berger à la bergère: Je me demande pourquoi la Ville fait tout pour passer sous silence ces retraits de licences, lâche Raïssi. Mais, à y voir de plus près, le vrai conflit couverait plutôt entre Mdina Bus et les neuf concessionnaires privés rescapés. Théoriquement, la ville dispose de 146 lignes qui couvrent tout Casablanca et ses environs. Dans les faits, seules 85 sont actives, dont une quinzaine relèvent du monopole de MDina Bus. Le reste, cette dernière le partage avec dautres concessionnaires. Autant dire que le délégataire a pris soin de se garder la plus grande part du gâteau. Voilà ce qui dérange les transporteurs privés, qui ne ratent aucune occasion pour critiquer la mainmise de leur concurrent et dénoncer les conditions confuses dans lesquelles il a signé le contrat de gestion déléguée et les privilèges qui lui ont été concédés. Pendant ce temps-là, Mohamed, comme tant dautres Casablancais, continuera à attendre sous le soleil. |
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Transport urbain. Et les autres villes ?
Les cafouillages du transport urbain casablancais ne sont malheureusement pas une exception. À Rabat, le contrat des sociétés concessionnaires a expiré depuis trois ans, mais la Ville ne veut pas sévir, tant quelle na pas encore trouvé de repreneur à la Régie autonome, qui traîne pas moins de 300 millions de dirhams de dettes. Idem à Meknès, où les autorités de la ville se disent prises en otage par le groupement City Bus, délégataire unique, qui na mis en circulation que 62% du nombre de bus sur lequel il sétait engagé, se désole un élu local. Pire, les désaccords au sein du groupement, constitué en 2005 par le Marocain Ahssan Bus et la société espagnole Tusgsal, ont dégénéré en dinterminables batailles judiciaires, plongeant les transports de la ville dans le chaos. Pire,dans cet amoncellement déchecs, deux villes arrivent à tirer leur épingle du jeu : Marrakech et Tanger. Point commun : les deux cités touristiques ont opté pour un délégataire unique à la structure solide (lEspagnol Alsa pour la première, et son compatriote Autasa pour Tanger), qui se charge de la couverture de lensemble du réseau. Le Conseil de la ville de Casablanca se dirigerait-il vers le même modèle ? |
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