ZB imagine un dealer de poulpe, tapi dans une ruelle sombre de Tokyo.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Tout a commencé avec la Une d'un mensuel économique marocain. Un journal classe, probablement réservé aux décideurs, comme ils aiment dire. Zakaria Boualem, qui décide de très peu de choses dans sa vie, n'est pas dans le coeur de cible, et passe d'ordinaire son chemin sans regret ni aigreur. Mais là, non, le titre est trop accrocheur : Abbas El Fassi affronte les dossiers chauds de la rentrée. Suit une liste des dossiers chauds en question, au nombre de trois. N'y figure ni l'analphabétisme, ni le drame de la santé publique, ni la perte de crédibilité de la gendarmerie ou de la justice. Rien non plus sur la crise au Raja, c'est pas grave. On imagine qu'il a dû choisir des trucs au moins importants, ce ne sont pas les problèmes qui manquent, hamdoullah, on pourrait même en exporter deux ou trois, on le sentirait même pas. Donc, revenons à la liste officielle des dossiers chauds. Il y a, en troisième position, tenez-vous bien : le trafic du poulpe !
À la lecture de cette information, Zakaria Boualem s'est senti un peu bête. Il a bien lu dans le passé deux ou trois titres sur cette histoire de poulpe, en général dans les pages saumon du Matin du Sahara (celles où lon commente l'évolution de l'indice Nikkei, autre issue cruciale du moment). Mais il n'avait jamais compris l'importance de cette histoire de poulpe dans notre pays, surtout si on se met à en faire du trafic. Il connaissait le trafic de cannabis, de devises, de pièces détachées, d'agréments, de motos (vous savez, ces bolides échappés des mangas |
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| qui roulent avec des papiers de 103). Des trafics en tout genre, connus et dûment répertoriés. Là aussi, d'ailleurs, on en a tellement, hamdoullah, qu'on pourrait en exporter deux ou trois, on le sentirait même pas. Mais bon, un trafic de poulpe, voilà qui n'est pas ordinaire. Zakaria Boualem imagine un dealer de poulpe, tapi dans une ruelle sombre de Tokyo (ça existe?), proposant à des clients en sueur : J'ai un super arrivage de Dakhla, 100% marocain garanti. Je te fais 400 dirhams le tentacule, non je n'accepte pas les yens. Et si la police du poulpe débarque chez toi, tu ne me connais pas !. Il imagine le même dealer disparaître un instant pour revenir, muni d'un plastique noir légèrement suintant, très discret, empocher son butin pour aller le claquer dans une boîte de chaâbi avec ses collègues, trafiquants de poulpe rasta de leur état. Zakaria Boualem imagine Tokyo parce qu'il s'est un peu renseigné. Le poulpe marocain est exporté directement en Asie. Chez nous, personne ne le mange, on peut à la limite s'en faire pousser un sur la tête, mais c'est tout. Et le Maroc est champion du monde de poulpe. Si si, c'est dans Google
Le poulpe a fait mieux que les Lions de l'Atlas. Il est donc temps de rendre hommage à cette espèce sous-estimée, qui fait vivre des dizaines de milliers de pêcheurs, et qui est vendue à 400 dirhams le kilo sur les marchés de Séoul. On pourrait commencer par rebaptiser notre équipe nationale les poulpes de l'Atlantique, en profiter pour en recruter un comme gardien de but, parce qu'on a un sérieux problème à ce niveau depuis chi vingt ans facile. Bon, et il faut se dépêcher parce que l'espèce est en danger. Il y a un vrai risque de voir le poulpe disparaître complètement si on continue à s'acharner sur ce brave céphalopode. Les pêcheurs marocains ne respectent pas les quotas. On les comprend un peu, ils ont l'impression que c'est le pêcheur marocain lui-même qui est menacé de disparition, pas le poulpe. Donc il y a un trafic, un marché noir, des kilos non déclarés, des poulpes dissimulés dans des faux plafonds en route pour Séoul, et tout cela, franchement, est passionnant. C'est un vrai polar. Par exemple, dans www.infosamak.org (quelle adresse magnifique !), il y a écrit : Certains analystes estiment que les Japonais font pression sur les petits congeleurs, criblés de dettes, pour les pousser à vendre aux prix que les acheteurs fixent eux-mêmes, et qui sont inférieurs aux prix recommandés, fixés par la Commission de concertation et de suivi des marchés et des cours du poulpe. Bon, c'est promis, Zakaria Boualem va vous tenir au courant très régulièrement sur cette affaire de poulpe, qu'il regrette d'avoir sous-estimée jusqu'ici. |