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N° 297
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Séverine Sannom

Cinéma. Chroniques persanes

Persépolis, un film où le
tragique côtoie le comique.
(DR)

Marjane Satrapi reconstitue le puzzle de son enfance et de sa jeunesse, sur fond de révolution iranienne, dans un film d’animation mêlant humour et gravité. Inoubliable.


“À bas le Shah ! À bas le Shah !”, crie Marji, petite iranienne de huit ans, gambadant dans le salon familial en pyjama. Ces effronteries font sourire ses parents, modernes et cultivés… jusqu'au jour où le Shah tombe vraiment et que la République islamique, dirigée par l'Ayatollah Khomeïni, est proclamée en Iran. C'est ce contexte politico-historique que Marjane Satrapi nous fait vivre, à travers un regard d'enfant quasi
autobiographique, au fil de souvenirs auparavant couchés en quatre albums de bande dessinée. D'abord en bulles, Persépolis a suscité l'engouement du public français et international : traduit en 18 langues, ce premier album de Marjane Satrapi s'est vendu à plus de 15 000 exemplaires. L'écho de ce succès traverse l'Atlantique, puisque des réalisateurs américains proposent à l'auteur d'adapter son œuvre sur grand écran. “On m'a proposé d'en faire une série à la Beverly Hills, ou un film avec Jennifer Lopez dans le rôle de ma mère et Brad Pitt dans celui de mon père… ou quelque chose comme ça !”, raconte-t-elle, ironique, à un journaliste du site Allociné. L'adaptation de Persépolis, Marjane Satrapi préfèrera la confectionner à quatre mains, avec l'une de ses connaissances, le bédéiste français Vincent Paronnaud. Un film d'animation en noir et blanc, comme une volonté de conserver l'âme originelle de la BD. Projeté au Festival de Cannes 2007, le résultat a droit à une “standing ovation” du public. Catherine Deneuve, Danielle Darrieux et Chiara Mostroianni, qui ont prêté leur voix aux personnages, reçoivent le Prix du jury. Une version anglophone est aussitôt distribuée aux Etats-Unis et au Canada et Persépolis devrait même représenter la France aux Oscars 2008. Plutôt surprenant, le succès du film est cependant amplement mérité.

Entre le rire et le drame
Plus qu'une chronique historique romancée, Persépolis est d'abord un parcours initiatique, celui de la perte d'innocence d'une petite iranienne emportée par le flot de l'Histoire, avec un grand H. À mesure que Marji grandit, elle sombre avec son propre pays. Aux arrestations et passages à tabac des opposants du régime, succède la guerre Iran-Irak. Marji-Marjane s'exile en Autriche. Là-bas, c'est son tour de vivre sa propre révolution : premières déceptions amoureuses, premiers déboires avec l'alcool et la drogue, premières fugues… De retour au pays, Marji n'y trouve plus sa place. Il faut se cacher pour danser et boire de l'alcool, car les Gardiens de la révolution veillent à réprimer les “décadences”. Elle ne trouve même pas le réconfort dans ses cours aux Beaux-Arts de Téhéran : les modèles, informes sous leur voile, ne réveillent que peu son inspiration. C'est finalement dans son second exil, cette fois-ci en France, que l'artiste trouvera sa voie. Les scènes historiques, violentes, contrastent avec les dessins humoristiques qui apportent une touche de dérision. Sous un angle très critique et avec un coup de crayon épuré, la réalisatrice reconstruit les transformations de sa société durant les années 70 et 80. Et parfois, dans une rare alchimie, du drame jaillit le sourire, voire la franche rigolade. C'est le cas dans cette scène où deux policiers réprimandent Marji, qui est en train de courir dans la rue, parce qu'elle produit… “des mouvements de postérieur impudiques”. Et l'adolescente de répondre : “Vous n'avez qu'à pas regarder mon c… !”. Ces instants de pure comédie contrebalancent le spleen palpable dont l'héroïne ne parvient pas à s'extraire. En Autriche, la dépression de l'adolescente est flagrante : son corps se flétrit à mesure que les saisons passent. Abandonnée dans les rues froides de Vienne, elle manque de mourir de faim après moult péripéties. Mais encore et toujours, Marji arrive à survivre, en gardant “The Eye of the Tiger”, un autre moment savoureux du film. Projeté lors du Festival Casa Ciné, Persépolis n'est curieusement programmé par aucune salle marocaine. Vite, un distributeur !

 
 
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