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Hommage. Le Docteur s'en est allé
N° 297
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abla Ababou

Hommage. Le Docteur s’en est allé

Mohamed Sijelmassi
(AIC PRESS)

Mohamed Sijelmassi a tiré sa révérence à l’âge de 75 ans. Homme de culture et de savoir, il laisse derrière lui un riche legs, dédié à l’identité et à la culture marocaines.


Son grand sourire, ses yeux malicieux, sa courtoisie et son énergie débordante laisseront un grand vide dans le monde artistique et culturel marocain. Dr Mohamed Sijelmassi nous a quittés pour toujours. Il s'est éteint le jeudi 18 octobre dans une clinique casablancaise, quelques heures à peine après la signature de son dernier ouvrage, intitulé “Maroc Méditerranée de Tanger à Saïdia”. Sa vie d’homme de culture
et de savoir, il l'aura ainsi vécue jusqu'au dernier souffle, sans se laisser abattre par sa longue maladie. “Sijel” ou “le Docteur”, comme l'appelaient ses proches, n’était pas un partisan des postures et des grands discours. Il leur préférait l’action et la curiosité, avec lesquelles il conjurait l'angoisse de la course du temps. Résumer le parcours de Sijelmassi reviendrait presque à parler de plusieurs destins. De la pédiatrie à l'édition, en passant par la photographie, la recherche, l'organisation d'expositions et la conception de nombreux ouvrages consacrés à l'art et au patrimoine marocain, Mohamed Sijelmassi, né à Kénitra en 1932, aura passé son existence à jongler avec les passions. Il faut dire que son environnement familial était propice à l’éclosion des talents. Son grand-père, grand voyageur et photographe, lui avait offert son premier appareil photo. Sa mère, qui confectionnait des poupées avec des tenues traditionnelles de mariée, des calligraphies et des tableaux, lui avait transmis l'habileté des détails qui font les grandes créations. Grand amoureux des arts, il le fut aussi de la médecine. Après une spécialisation en pédiatrie à Paris, il rentre au bercail, au début des années 60, pour exercer dans des hôpitaux publics à Marrakech puis à Casablanca. À ses jeunes patients, il prescrivait des médicaments, mais également une bonne dose de sensibilité artistique. Il publia alors ses premiers ouvrages, “Enfant du Maghreb entre hier et aujourd'hui” et “ Le guide des parents”, auréolés du prix maghrébin de pédiatrie. Il continuera à exercer jusqu'en 1997, sans jamais tourner le dos à ses premières amours.

Amoureux d’arts et de savoirs
Dans son ouvrage “La peinture marocaine”, publié en 1972, il met pour la première fois ses photographies au service de l'art, démontrant que le champ pictural marocain n'avait rien à envier à celui d’autres pays. Deux ans plus tard, il publiait “Les arts traditionnels du Maroc”, véritable réhabilitation de l'art populaire alors méprisé, et premier jalon dans sa réflexion sur l’identité marocaine et ses symboles. Une quête poursuivie sous divers angles : histoire, architecture, musiques, danses, costumes, bijoux, arts plastiques, art de vivre, artisanat, manuscrits… De cet intérêt naîtra une multitude d'ouvrages dont on retiendra “L'art calligraphique arabe ou la célébration de l'invisible”, réalisé avec Abdelkébir Khatibi en 1976. Un livre dont la conception a nécessité un travail titanesque de recherche et de documentation, dans des manuscrits au Maroc, en Turquie et en Inde. L’ouvrage, réédité par Gallimard en 1994, obtiendra le prix de l'Académie française et sera traduit en plusieurs langues. À partir des années 90, le “Docteur” allait consacrer ses travaux au patrimoine marocain, co-signant, avec des chercheurs, des journalistes ou des artistes, de beaux livres sur les villes de Fès, Casablanca et Marrakech. Dans cette course passionnée, Mohamed Sijelmassi ne se sera jamais départi de cette volonté de promouvoir la culture et l’identité marocaines. Il réalisa en 2000 un CD-Rom intitulé “Voyage au Maroc. Civilisation et art de vivre”, suivi d’un second en 2002 : “3000 ans d'art et d'histoire au Maroc”. C’est aussi en 2000 qu’il édita l’un de ses ouvrages majeurs, “Le Maroc au XXème siècle”, une fresque de référence sur l’histoire du Maroc contemporain. Jusqu'à la fin de sa vie, Mohamed Sijelmassi aura incarné à merveille l’image de l’humaniste curieux, de l’érudit éclectique, pour lequel l’art et la science ne sont que les deux facettes d’une même réalité. Le comparer aux savants arabo-musulmans, qui l’ont tant inspiré, serait lui rendre le plus beau des hommages.

 
 
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