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Par Youssef Ben Larbi
Textile. Le péril chinois
Chiffres clés.
525 000 Cest le nombres de personnes travaillant dans le textile, premier employeur industriel du Maroc.
30 milliards* Montant des exportations textiles en 2006, en progression de 14% par rapport à 2005.
13,6 milliards* Montant des exportations textiles marocaines vers lUE en 2006.
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Le textile chinois sapprête
à revenir sur le marché
européen, où il concurrencera
les produits marocains.
(AFP)
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Avec la fin imminente des quotas européens sur les exportations chinoises, le scénario catastrophe pour lindustrie textile marocaine est de nouveau à lhorizon. Le repositionnement vers le fast-fashion et la co-traitance sera-t-il suffisant ?
Et si la déferlante chinoise sur le marché textile européen était de retour ? La question est sur toutes les lèvres dans le milieu de lindustrie textile marocaine. Et pour cause : la fin annoncée du système européen des quotas sur les exportations chinoises est pour bientôt, exactement pour le 1er janvier 2008. Après plusieurs mois de |
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répit, la menace chinoise refait donc surface. Au sein de lAssociation marocaine des industries du textile et de lhabillement (AMITH), on se veut rassurant, bien que les craintes des opérateurs soient grandissantes. Pour bon nombre dentreprises, surtout celles qui navaient pour argument que le prix, les quotas nont fait que retarder une fin inéluctable de leur activité, déclare un textilien de la place. Et les dégâts risquent, à nouveau, dêtre lourds, avec des répercussions sociales aussi massives que brutales : le secteur textile est en effet le premier employeur industriel au Maroc, avec pas moins de 525 000 emplois, dont près de la moitié dans le secteur de lhabillement.
Le cauchemar
de 2005
Du coup, le cauchemar de lannée 2005 semble à nouveau se profiler. La Chine sétait alors emparée de plus de 27% des exportations mondiales en valeur. Sur le marché européen, lEmpire du milieu avait même boosté ses exportations textiles de 47% par rapport à 2004, grignotant sur les parts de marché des pays de la rive sud de la Méditerranée, comme la Tunisie, lEgypte, la Turquie et le Maroc. La part des exportations marocaines sen était trouvée réduite de 5 à 4%, avec les conséquences que lon sait. En lespace de quelques mois, plusieurs dizaines dusines avaient mis la clé sous le paillasson, laissant sur le carreau des dizaines de milliers demployés. Et nétait-ce le régime des quotas, les dégâts auraient été bien plus dramatiques. Maintenant que la Chine est de retour sur le Vieux continent, lembellie enregistrée en 2006-2007 par le textile marocain risque de prendre fin. Dautant que la Chine a multiplié ses efforts en matière dinvestissement dans les filières de la filature et du tissage, ajoutant lintégration verticale à son arsenal compétitif. Pour lheure, nos industriels semblent toujours engourdis par la douce euphorie des bons résultats de 2006 et 2007 : avec un chiffre global de 30 milliards de DH et une croissance de 14%, 2006 a été un très bon cru pour le textile marocain, ou tout du moins pour sa composante habillement. Surtout, durant lannée en cours, un revirement fondamental a été opéré dans lindustrie textile nationale. Auparavant premier fournisseur du Maroc, lEspagne est devenue son premier client. Le Maroc a réalisé en 2006 un chiffre daffaires de 10,4 milliards de DH avec le pays ibérique, soit une progression de 42% par rapport à 2005. Des progrès réels ont parallèlement été enregistrés par beaucoup dentreprises marocaines en termes de réactivité, et la montée en puissance des clients espagnols dans le chiffre daffaires de lhabillement marocain sest avérée bénéfique. Mais des questions restent posées quant au sort réservé aux entreprises traditionnelles, et sur le virage raté de la créativité et de lintégration. Un défaut dévolution qui explique notamment le statut dotage du textile marocain vis-à-vis du marché européen et la timidité du Maroc sur le marché américain après lentrée en vigueur de laccord de libre-échange. Cest dautant plus dommageable que ce dernier marché aurait pu amortir le choc, puisquil restera imperméable au reflux des produits made in China pour une année supplémentaire.
Seule issue :
la co-traitance
Plus étonnante encore est la timidité de la réaction devant limminent retour des Chinois sur le marché européen. Les industriels marocains se cantonnent en effet dans un dangereux attentisme. Le souhait émis, il y a un peu plus dun an, par Salaheddine Mezouar, alors ministre de lIndustrie, appelant à louverture dun dialogue direct avec la Chine, est resté lettre morte. Au sein de la profession comme du côté des responsables gouvernementaux, les espoirs sont suspendus à la réaction de lUnion européenne. En prévention dune explosion des exportations chinoises vers lUE, la Commission européenne et les autorités chinoises ont décidé dinstaurer un système conjoint de surveillance, appelé à fonctionner durant toute lannée 2008. Sa finalité nest autre que déviter un retour brutal des importations chinoises. Mais de telles mesures relèvent plus de lengagement moral. Et il nest pas sûr que le Maroc en tire un quelconque bénéfice, prévient un industriel de la place. Reste à espérer que les affirmations européennes se confirment. Daprès celles-ci, la ruée vers les articles chinois serait moins marquée quon ne le pense. Les donneurs dordre auraient compris tout lintérêt quils ont à diversifier leur sourcing dans le but de sécuriser lapprovisionnement et de ne pas dépendre dun seul pays. Cest une évidence que cette levée des quotas renforcera le sourcing chinois. Les Chinois auront lavantage sur les prix, mais pas sur les produits de mode ou à valeur ajoutée, créneaux dans lesquels se positionne aujourdhui lindustrie marocaine, souligne une source au sein de lAmith. Impossible, en effet, de concurrencer des coûts de production chinois dix fois moins élevés et lappétit vorace des exportateurs de ce coin du monde. Et pour garder son avantage concurrentiel, le Maroc aura, maintenant plus que jamais, à miser sur ses principaux atouts : la proximité géographique, la réactivité face à la demande des acheteurs et le service au client. Dautant que dorénavant, et toujours selon ce dirigeant de lAmith, le développement du fast-fashion impose le recours à des petites séries et à un raccourcissement des délais pour réagir aux rapides changements des tendances. Et dans ce domaine, le Maroc se retrouve en très bonne position, avec moins de trois jours de route de lEurope, contre les trois semaines que met un conteneur venant dAsie. Mais la seule stratégie pour assurer la survie durable de lindustrie textile marocaine serait de passer de la sous-traitance à la co-traitance, cest-à-dire à la conception et la fabrication de produits finis, en tablant sur des délais très courts et de petites séries. Chose que les Chinois narrivent pas à assurer avec leurs gros volumes. Pour le moment
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Marché européen. Lautre concurrence
Dans ses efforts pour maintenir les débouchés européens, lindustrie textile marocaine devra également faire face à la concurrence, de plus en plus acharnée, des autres pays du pourtour méditerranéen. Dans cette bataille à couteaux tirés, la Turquie tient toujours le haut du pavé. En 2006, le pays du Bosphore a exporté pour plus de 5 milliards deuros vers les marchés de lUnion européenne. La Tunisie, éternel rival du Maroc, occupe la deuxième position, avec des exportations dune valeur de 1,3 milliard deuros
dépassant de peu la performance des entreprises marocaines, qui ont exporté pour près de 1,2 milliard deuros de produits textiles. Dans cette configuration, lEgypte reste un petit joueur, nayant pas pu placer plus de 275 millions deuros dexportations de produits textiles. Curieusement, des quatre pays précités, le Maroc reste le pays le moins cher pour les quatre principales catégories de produits exportés (chandails, T-shirts, sous-pulls et polos). Pourtant, la Turquie en a expédié pour près de 590 000 unités, à raison de 3,77 euros par pièce, alors que le Maroc nen a acheminé que 253 000, pour une valeur unitaire de 2,97 euros. |
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