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N° 297
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ben Larbi

Textile. Le péril chinois


Chiffres clés.

525 000
C’est le nombres de personnes travaillant dans le textile, premier employeur industriel du Maroc.
30 milliards* Montant des exportations textiles en 2006, en progression de 14% par rapport à 2005.
13,6 milliards* Montant des exportations textiles marocaines vers l’UE en 2006.

* de dirhams



Le textile chinois s’apprête
à revenir sur le marché
européen, où il concurrencera
les produits marocains.
(AFP)

Avec la fin imminente des quotas européens sur les exportations chinoises, le scénario catastrophe pour l’industrie textile marocaine est de nouveau à l’horizon. Le repositionnement vers le “fast-fashion” et la co-traitance sera-t-il suffisant ?


Et si la déferlante chinoise sur le marché textile européen était de retour ? La question est sur toutes les lèvres dans le milieu de l’industrie textile marocaine. Et pour cause : la fin annoncée du système européen des quotas sur les exportations chinoises est pour bientôt, exactement pour le 1er janvier 2008. Après plusieurs mois de
répit, la menace chinoise refait donc surface. Au sein de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH), on se veut rassurant, bien que les craintes des opérateurs soient grandissantes. “Pour bon nombre d’entreprises, surtout celles qui n’avaient pour argument que le prix, les quotas n’ont fait que retarder une fin inéluctable de leur activité”, déclare un textilien de la place. Et les dégâts risquent, à nouveau, d’être lourds, avec des répercussions sociales aussi massives que brutales : le secteur textile est en effet le premier employeur industriel au Maroc, avec pas moins de 525 000 emplois, dont près de la moitié dans le secteur de l’habillement.
Le cauchemar
de 2005
Du coup, le cauchemar de l’année 2005 semble à nouveau se profiler. La Chine s’était alors emparée de plus de 27% des exportations mondiales en valeur. Sur le marché européen, l’Empire du milieu avait même boosté ses exportations textiles de 47% par rapport à 2004, grignotant sur les parts de marché des pays de la rive sud de la Méditerranée, comme la Tunisie, l’Egypte, la Turquie et le Maroc. La part des exportations marocaines s’en était trouvée réduite de 5 à 4%, avec les conséquences que l’on sait. En l’espace de quelques mois, plusieurs dizaines d’usines avaient mis la clé sous le paillasson, laissant sur le carreau des dizaines de milliers d’employés. Et n’était-ce le régime des quotas, les dégâts auraient été bien plus dramatiques. Maintenant que la Chine est de retour sur le Vieux continent, l’embellie enregistrée en 2006-2007 par le textile marocain risque de prendre fin. D’autant que la Chine a multiplié ses efforts en matière d’investissement dans les filières de la filature et du tissage, ajoutant l’intégration verticale à son arsenal compétitif. Pour l’heure, nos industriels semblent toujours engourdis par la douce euphorie des bons résultats de 2006 et 2007 : avec un chiffre global de 30 milliards de DH et une croissance de 14%, 2006 a été un très bon cru pour le textile marocain, ou tout du moins pour sa composante habillement. Surtout, durant l’année en cours, un revirement fondamental a été opéré dans l’industrie textile nationale. Auparavant premier fournisseur du Maroc, l’Espagne est devenue son premier client. Le Maroc a réalisé en 2006 un chiffre d’affaires de 10,4 milliards de DH avec le pays ibérique, soit une progression de 42% par rapport à 2005. Des progrès réels ont parallèlement été enregistrés par beaucoup d’entreprises marocaines en termes de réactivité, et la montée en puissance des clients espagnols dans le chiffre d’affaires de l’habillement marocain s’est avérée bénéfique. Mais des questions restent posées quant au sort réservé aux entreprises “traditionnelles”, et sur le virage raté de la créativité et de l’intégration. Un défaut d’évolution qui explique notamment le statut d’otage du textile marocain vis-à-vis du marché européen et la timidité du Maroc sur le marché américain après l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange. C’est d’autant plus dommageable que ce dernier marché aurait pu amortir le choc, puisqu’il restera imperméable au reflux des produits “made in China” pour une année supplémentaire.

Seule issue :
la co-traitance
Plus étonnante encore est la timidité de la réaction devant l’imminent retour des Chinois sur le marché européen. Les industriels marocains se cantonnent en effet dans un dangereux attentisme. Le souhait émis, il y a un peu plus d’un an, par Salaheddine Mezouar, alors ministre de l’Industrie, appelant à l’ouverture d’un dialogue direct avec la Chine, est resté lettre morte. Au sein de la profession comme du côté des responsables gouvernementaux, les espoirs sont suspendus à la réaction de l’Union européenne. En prévention d’une explosion des exportations chinoises vers l’UE, la Commission européenne et les autorités chinoises ont décidé d’instaurer un système conjoint de surveillance, appelé à fonctionner durant toute l’année 2008. Sa finalité n’est autre que d’éviter un retour brutal des importations chinoises. “Mais de telles mesures relèvent plus de l’engagement moral. Et il n’est pas sûr que le Maroc en tire un quelconque bénéfice”, prévient un industriel de la place. Reste à espérer que les affirmations européennes se confirment. D’après celles-ci, la ruée vers les articles chinois serait moins marquée qu’on ne le pense. Les donneurs d’ordre auraient compris tout l’intérêt qu’ils ont à diversifier leur sourcing dans le but de sécuriser l’approvisionnement et de ne pas dépendre d’un seul pays. “C’est une évidence que cette levée des quotas renforcera le sourcing chinois. Les Chinois auront l’avantage sur les prix, mais pas sur les produits de mode ou à valeur ajoutée, créneaux dans lesquels se positionne aujourd’hui l’industrie marocaine”, souligne une source au sein de l’Amith. Impossible, en effet, de concurrencer des coûts de production chinois dix fois moins élevés et l’appétit vorace des exportateurs de ce coin du monde. Et pour garder son avantage concurrentiel, le Maroc aura, maintenant plus que jamais, à miser sur ses principaux atouts : la proximité géographique, la réactivité face à la demande des acheteurs et le service au client. D’autant que dorénavant, et toujours selon ce dirigeant de l’Amith, le développement du “fast-fashion” impose le recours à des petites séries et à un raccourcissement des délais pour réagir aux rapides changements des tendances. Et dans ce domaine, le Maroc se retrouve en très bonne position, avec moins de trois jours de route de l’Europe, contre les trois semaines que met un conteneur venant d’Asie. Mais la seule stratégie pour assurer la survie durable de l’industrie textile marocaine serait de passer de la sous-traitance à la co-traitance, c’est-à-dire à la conception et la fabrication de produits finis, en tablant sur des délais très courts et de petites séries. Chose que les Chinois n’arrivent pas à assurer avec leurs gros volumes. Pour le moment…



Marché européen. L’autre concurrence

Dans ses efforts pour maintenir les débouchés européens, l’industrie textile marocaine devra également faire face à la concurrence, de plus en plus acharnée, des autres pays du pourtour méditerranéen. Dans cette bataille à couteaux tirés, la Turquie tient toujours le haut du pavé. En 2006, le pays du Bosphore a exporté pour plus de 5 milliards d’euros vers les marchés de l’Union européenne. La Tunisie, éternel rival du Maroc, occupe la deuxième position, avec des exportations d’une valeur de 1,3 milliard d’euros… dépassant de peu la performance des entreprises marocaines, qui ont exporté pour près de 1,2 milliard d’euros de produits textiles. Dans cette configuration, l’Egypte reste un “petit joueur”, n’ayant pas pu placer plus de 275 millions d’euros d’exportations de produits textiles. Curieusement, des quatre pays précités, le Maroc reste le pays le moins cher pour les quatre principales catégories de produits exportés (chandails, T-shirts, sous-pulls et polos). Pourtant, la Turquie en a expédié pour près de 590 000 unités, à raison de 3,77 euros par pièce, alors que le Maroc n’en a acheminé que 253 000, pour une valeur unitaire de 2,97 euros.

 
 
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