|
Par Driss Bennani
Sahara. Des indépendantistes si discrets
Après une longue éclipse, les icônes de lindépendantisme de lintérieur préparent leur retour sur le devant de la scène. En face, lEtat peaufine également sa stratégie.
LEtat a-t-il finalement gagné sa bataille contre les indépendantistes de lintérieur ? Depuis les événements de mai 2005, les militants sahraouis se font plus discrets et leurs sorties médiatiques, hier fréquentes, se raréfient. Sur le terrain, les figures emblématiques du mouvement sahraoui poursuivent (sans faire de bruit) leurs tournées à linternational, tandis que les bases se tiennent à carreau. Ils savent |
|
quil ny a plus de tolérance de la part des autorités locales, quils ne bénéficient désormais daucune immunité. Tout dérapage ou trouble de lordre public est sanctionné par des amendes ou des peines demprisonnement, résume un acteur associatif à Laâyoune. Dans sa livraison du 3 novembre, le quotidien algérien El Watan publiait une interview dAminatou Haïdar, activiste sahraouie récemment condamnée à sept mois de prison pour incitation à la violence. Elle y revient sur la situation catastrophique des droits de lhomme au Sahara occidental, appelle à lélargissement des attributions de la Minurso pour que la mission onusienne puisse intervenir pour la protection des sahraouis et ne cache pas son pessimisme quant à lissue des négociations entre le Maroc et le Polisario. Aminatou Haïdar clôt dailleurs lentretien sur cette phrase : À quoi sert maintenant le troisième round (de négociations) si un membre du Conseil de sécurité, qui est la France, déclare publiquement quil est pour lautonomie ? Cest une atteinte grave au droit international. Sans surprises, cette énième sortie de la pasionaria sahraouie na pas fait de vagues. Depuis bientôt deux ans, les indépendantistes sahraouis rabâchent le même discours, sans quils naient de prolongements sur le terrain. Ils nintéressent plus grand monde. Par peur ou par désenchantement, les jeunes habitants de Laâyoune ou de Smara ne les suivent plus. Le fait est là : les leaders indépendantistes sont presque totalement coupés de la population, résume un lobbyiste sahraoui. En réalité, ils ne se sont pas encore remis dun choc nommé Projet marocain dautonomie pour le Sahara.
Au début fut lautonomie
À en croire plusieurs observateurs, la présentation du projet par Mohammed VI à Laâyoune a pris de court les principales figures indépendantistes. À ce moment, ils ont tenté de se rapprocher des centres officieux de prise de décision pour sinformer, jauger la crédibilité de loffre marocaine et, pour certains, espérer jouer un rôle dans ce qui se tramait sous les tentes du Sahara ou dans les salons de la capitale, confie un membre influent du Corcas. Sur le plan international, loffensive diplomatique menée par les émissaires du monarque a valu au Maroc le soutien, à peine voilé, de puissances internationales comme les Etats-Unis, lEspagne ou la France. Cela a mis le Polisario dans une situation délicate. Le Front était visiblement en perte de vitesse et cela se ressentait dans quelques communiqués maladroits ou des déclarations agressives de certains de ses dirigeants, rappelle un politologue casablancais. Parallèlement, une nouvelle politique sécuritaire a été installée au Sahara. Selon ce cadre à la wilaya de Laâyoune, elle tient en deux mots : Tolérance zéro. Pendant de longues années, les figures indépendantistes locales se croyaient intouchables. Forts dune certaine immunité, ils encadraient les manifestations dans la région. Depuis quelques mois, plus personne néchappe à la loi. Les responsables de délits sont présentés au tribunal et jugés selon les textes en vigueur, explique notre responsable sécuritaire. Résultat : plus dune dizaine dindépendantistes notoires se sont retrouvés en prison après les émeutes de mai 2005. À leur sortie, et malgré lintervention dun puissant conseiller à lambassade américaine à Rabat, le ministère de lIntérieur leur refuse toujours la constitution de deux associations ouvertement indépendantistes. Cette logique de fermeté a donné (provisoirement) ses fruits, mais tiendra-t-elle encore longtemps ?
Pourtant, ils reviennent !
Le mouvement indépendantiste au Sahara sactive en fonction de lagenda de la direction du Polisario. Ils ont deux rendez-vous importants avant la fin de lannée : les négociations avec le Maroc et le congrès du Front, annoncé pour le 14 décembre, détaille un ex-dirigeant du Front, aujourdhui installé en Espagne. Du coup, la direction du Front tentera de mobiliser ce quils appellent le front intérieur pour redonner du souffle à la machine indépendantiste. Ce front intérieur a même déjà commencé ses tours de chauffe. Il y a eu deux occasions ratées. Dabord celle de la commémoration de la mort de Hamdi Lambarki, manifestant sahraoui tué par des éléments des GUS en octobre 2005. La seconde est la tentative de créer, officiellement, des associations indépendantistes menées par des noms comme Ali Salem Tamek, explique un observateur sur place. Loffensive internationale a également repris de plus belle. À Londres, Rome ou Madrid, les cercles de soutien au peuple sahraoui sont réactivés et quelques communiqués sont publiés ici et là. Mais le dernier coup déclat reste la procédure judiciaire instruite par le juge espagnol Balthazar Garzon concernant un génocide commis par lEtat marocain au Sahara. La liste des accusés, rendue publique par la justice espagnole, cite nommément plus dune trentaine de responsables marocains, dont les généraux Benslimane, Kadiri et Laânigri, et des civils comme Driss Basri et Yassine Mansouri. Immédiatement après la diffusion de cette liste, le Polisario a publié un communiqué où il exprimait sa satisfaction. Après une longue disette, le Front marquait un point, très précieux à la veille de louverture du troisième round de négociations et au lendemain du discours pro-marocain de Nicolas Sarkozy. Ce sont les services secrets du Polisario et de lAlgérie qui ont, en grande partie, monté ce dossier, croit savoir un lobbyiste bien introduit auprès des services despionnage marocains, qui ajoute : Cest notamment lAlgérie qui a insisté pour citer le nom de Yassine Mansouri, qui nétait pourtant que stagiaire à lépoque. Lefficacité et la discrétion du patron de la DGED les énervent et ils espéraient le déstabiliser avant la rencontre de Genève. Raté : des sources judiciaires confient que le juge Garzon ne retiendra finalement pas le nom de Mansouri. Reste le prochain congrès du Polisario, prévu pour le 14 décembre à Tifariti. Le Front devra y élire sa nouvelle direction et définir les priorités du moment. En labsence dune véritable opposition, lactuelle direction sera reconduite sans problèmes, affirme un membre de Khat Achahid, le mouvement sahraoui aujourdhui très affaibli, qui poursuit : Pour mobiliser les foules, le Polisario na quun moyen : embraser le Sahara et provoquer une nouvelle Intifada. Pourtant, ce scénario semble aujourdhui très peu probable. |
 |
Négociations. El Himma sera de la partie
Ahmed Boukhari, le représentant du Polisario aux Nations Unies, a récemment déclaré que le Front souhaitait la tenue du troisième round de négociations à Manhasset, aux Etats-Unis, plutôt quà Genève. Aucun responsable marocain ni onusien na commenté cette déclaration et aucune date na encore été annoncée pour la tenue de ce nouveau round. Il est possible que le Polisario prétexte la tenue de son congrès pour repousser la date des négociations. Le Maroc avait bien prétexté, de son côté, la tenue des élections législatives, note ce membre du Corcas. Du côté marocain, justement, une question se pose avec insistance : Fouad Ali El Himma fera-t-il partie du team de négociateurs ? En haut lieu, la question a apparemment été déjà tranchée. El Himma y participera en tant que président de la Commission des Affaires étrangères au Parlement, apportant ainsi la petite touche de légitimité populaire qui manquait à léquipe de négociateurs. En plus, il peut se prévaloir de lointaines origines sahraouies, ironise un cadre au ministère des Affaires étrangères. |
|
|