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Par Nadia Lamlili
Politique. Rififi à la Haraka
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Sur la selette : Mohand Laenser et
Mahjoubi Aherdane, respectivement
secrétaire général et président
du Mouvement populaire.
(AIC PRESS)
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Le Mouvement populaire subit les dégâts collatéraux de son installation forcée dans lopposition : des voix sélèvent pour appeler à la démocratisation du parti et exiger léviction de son président, Mahjoubi Aherdane.
Tout a commencé le jeudi 11 octobre. Ce jour-là, Abbas El Fassi soumet sa première proposition gouvernementale aux partis de la majorité. Le Mouvement populaire ne se satisfait pas des 5 portefeuilles qui lui sont proposés et le fait savoir. À lissue dune réunion durgence de leur bureau politique (qui dure 12 heures non |
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stop), les Harakis rejettent la proposition gouvernementale par vote secret. Gonflés à bloc par leur troisième position aux législatives, ils tentent dimposer leurs revendications au nouveau Premier ministre, imitant en cela leurs collègues de lUSFP. Mauvais calcul : les socialistes seront retenus dans le nouveau gouvernement, pas les troupes de Laenser. Abdelaziz Meziane Belfqih, véritable architecte du gouvernement El Fassi, finit par sanctionner le péché de gourmandise du MP en le reléguant illico presto dans lopposition. La nouvelle fait leffet dune bombe au sein du parti. Mais que sest-il donc passé ? Pourquoi le MP a-t-il été écarté de la nouvelle équipe gouvernementale ? Laenser et ses amis ont-ils commis lirréparable en refusant la proposition du conseiller du roi ? Plusieurs membres du bureau politique rapportent la thèse dun coup de colère royale de dernière minute. Les dirigeants du parti, encore assommés par le coup de massue, font le dos rond : Nous avons déjà été dans lopposition. Rien na vraiment changé pour nous, affirme Mohamed El Jouhari, membre du bureau politique.
Opposants malgré eux
Trois semaines sont passées depuis ce revirement spectaculaire, qui restera dans les annales du MP (et de la scène politique marocaine). Aujourdhui, le parti sest installé dans les fauteuils de lopposition. Les députés du parti, dirigés par Essaïd Ameskane, sont revenus à de meilleurs sentiments à légard du gouvernement, en sinscrivant dans une logique dopposition constructive. Traduction : pas question dattaquer bille en tête léquipe au pouvoir. Il ne faut pas oublier que la moitié des ministres actuels étaient nos collègues dans la majorité sortante. Les attaquer sans réfléchir relève pour nous du suicide, affirme El Jouhari. Pour autant, les amis de Laenser disent vouloir jouer leur rôle dans le Parlement, en concentrant leur action sur le terrain social. Pendant notre campagne électorale, nous avons déjà tiré la sonnette dalarme en rappelant que le Maroc marchait à deux vitesses. Nos deux priorités seront donc le développement rural et la bonne gouvernance, explique Essaïd Ameskane. Dans son éjection du melting pot gouvernemental, le MP na pas perdu que des fauteuils ministériels. Il a aussi vu son alliance avec le Parti de lenvironnement et du développement (PED) dAhmed El Alami et le Parti du renouveau et de léquité (PRE) de Chakir Achehbar, qui allait le propulser à la tête de linstitution législative, voler en éclats. Seuls Mahmoud Archane et son MDS sont restés fidèles au poste. Cest dailleurs grâce aux élus de cette formation que le MP a pu compenser la vague de départs de certains de ses propres députés vers le groupe Tradition et modernité de Fouad Ali El Himma. Parmi nos 45 députés, une vingtaine sont allés frapper à la porte de Si Fouad. Certains ont attendu toute une journée pour pouvoir lui parler. Il a fini par les recevoir et nen a finalement sélectionné que trois. Tous les autres sont repartis bredouilles, rapporte une source harakie. Affaibli, le MP tient cependant à garder ses distances avec le PJD, figure incontestable de lopposition parlementaire. Les Harakis écartent ainsi dun revers de la main léventualité dun front commun, même si les deux partis partagent une histoire commune. Certes, la mouvance populaire et le PJD ont été créés par Abdelkrim El Khatib. Mais notre base idéologique nest pas la même, explique El Jouhari. Le MP se dirait ainsi plus libéral et plus ouvert sur les questions touchant le développement touristique et économique du pays. Les Harakis ne craignaient-ils pas plutôt dêtre associés aux sorties tonitruantes du parti islamiste, plus remonté que jamais ? Pas du tout. Ce sont des gens modérés comme nous, mais il se trouve que nous sommes beaucoup plus proches de lUC que deux, fait remarquer un membre du bureau politique du MP. De toute façon, rien ne nous empêche de coopérer avec le PJD. Mais nous allons le faire au cas par cas, ajoute pour sa part Essaïd Ameskane.
Aherdane (enfin) à la retraite ?
Ce qui ajoute à la fragilité actuelle du MP, cest la fronde qui grossit contre son président, Mahjoubi Aherdane, âgé de 94 ans. Un courant baptisé Comité pour la bonne gouvernance et piloté par Mohamed Mansouri, ancien président du groupe MP à la Chambre des conseillers, demande ouvertement le départ de lAmghar, accusé dêtre la cause de la débâcle du parti et de son basculement dans lopposition. Il se comporte avec nous comme un maître féodal avec ses serfs, tempête Mohamed Mansouri. Que reproche-t-on à Aherdane au juste ? À en croire notre source, le vieux zaïm désigne et destitue en toute liberté les membres du bureau politique et du comité central. Et pendant les négociations gouvernementales, il voulait imposer son fils Youssef à tout prix. Mansouri va plus loin en glissant perfidement quelques indiscrétions peu flatteuses sur son président. Ainsi, selon lui, lancien homme fort dOulmès aurait envoyé une liste de ministrables au Palais, à linsu même de Laenser ! Cette liste comportait plusieurs noms dont son propre fils et un certain
Aziz Akhennouch. Eh oui ! Ceci sans parler de ses nombreux tableaux (ndlr : parce que le célèbre Mahjoubi est aussi peintre à ses heures) quil a imposés, moyennant une grosse somme dargent, aux ministres harakis du gouvernement précédent, rapporte toujours notre trublion. Quen pense lAmghar ? Quil aille jouer ailleurs ! Il (Mansouri) veut ma peau parce quil a échoué dans le renouvellement du tiers de la Chambre des conseillers en 2006, nous répond Aherdane, hors de lui. Joint au téléphone, il na pas voulu sétaler sur le sujet. Son leitmotiv est resté le même : Je ne suis redevable à personne. Le Mouvement populaire est secoué par une bataille intestine. Mais que fait Laenser, secrétaire général ? Que voulez-vous quil fasse ? Les gens nont pas le courage de dévoiler leurs idées dans nos réunions internes. Ce sont des lâches !, se défend une source proche de Laenser, reconnaissant que le parti pâtit indirectement de limage dAherdane. Nous avons senti que le Palais a changé dattitude à notre égard depuis que Laenser a dépêché Aherdane pour assister à sa place à laudience royale, accordée aux partis politiques après les élections. Pourtant, Si Mohand (Laenser) la fait juste par respect de la hiérarchie, glisse notre source. Alors, Aherdane va-t-il enfin daigner prendre sa retraite ? Cette question sera au centre de la réunion du comité central du parti, prévue le 1er décembre. Dans la foulée, le Mouvement populaire pourrait convoquer un congrès extraordinaire. Des surprises en vue |
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Pronostic. Après la fusion, la scission ?
Les Harakis sont décidément insaisissables. Pourquoi en veulent-ils à un Mahjoubi Aherdane quils ont eux-mêmes porté à la présidence, au cours du congrès national du parti, en avril 2006 ? Pendant ce congrès, le trio Aherdane-Laenser-El Fadili a été plébiscité dans leuphorie générale. Personne ne sy est opposé, à part un groupuscule de cadres dont le mouvement de protestation a été aussi vain quéphémère. Aujourdhui, avec le retour de manivelle contre papy Mahjoubi, les contestataires ont repris du poil de la bête. Un parti à trois têtes ne peut pas fonctionner. Il finira par imploser. Il faut réformer toutes les structures et instaurer la démocratie, affirme Abdelouahed Darouiche, coordinateur du mouvement de contestation. En fait, la fusion historique entre les amis dAherdane, de Laenser et dEl Fadili, tous issus de la famille harakie originelle, a été dictée par une raison toute simple : additionner numériquement le nombre délus issus des trois formations et aller groupés aux élections, avec léventualité
de constituer une majorité gouvernementale. Le MP ainsi fusionné a raté le train du gouvernement et, très objectivement, il est exposé à un retour en arrière : la scission ! |
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