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Propos recueillis par
Mehdi Sekkouri Alaoui
Interview.
Lahbib Hajji. La corruption, un mal marocain
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Lahbib Hajji
(TNIOUNI / NICHANE)
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Radié du barreau en février 2005 pour avoir dénoncé la corruption au sein de lappareil judiciaire, lavocat tétouanais vient de créer une association pour protéger et fédérer les victimes de la corruption. Entretien.
Pourquoi créer, aujourdhui, une association des victimes de la corruption ?
Parce que cest une nécessité. Au Maroc, et jen sais personnellement quelque chose, quand on ose dénoncer la corruption, on sattire les foudres de tout le monde. Vos amis peuvent vous féliciter pour votre |
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courage, mais vos supérieurs sont tentés de se venger. Vous risquez alors de tout perdre et de voir votre quotidien tourner au cauchemar.
Vous ciblez la seule sphère de la justice ?
Pas seulement. Nous sommes à la base trois avocats, radiés du barreau pour avoir dénoncé la corruption que nous constations, de visu, tous les jours. Mais notre association vise plus large : la corruption est bien une gangrène, un cancer généralisé. Le problème est mental, culturel, avant dêtre technique. Un jour, quelquun ma dit, alors que je lui expliquais les combines entre corrupteurs et corrompus : Mais pourquoi sen faire. Ici, la corruption est aussi un facteur de développement. Vous trouvez cela acceptable ?
Avec le recul, pensez-vous que votre Lettre à lhistoire, ait servi à quelque chose ?
Elle a servi à nous priver de lexercice de notre métier (rires). Sérieusement, nous avons été privés de nos passeports, avant dêtre radiés du barreau. Mais notre initiative a servi de révélateur, en créditant une information (sur la corruption de la justice) qui ne circulait quà létat de rumeurs, dapartés et de confidences dans les couloirs. Ce geste a montré que la justice, lun des plus grands tabous du royaume, pouvait aussi parler, que ses hommes nétaient pas tous des lâches. Mes deux confrères et moi, signataires de la Lettre à lhistoire, navons jamais regretté notre geste. Même si, comme dautres victimes de la corruption, nous lavons chèrement payé.
La justice est-elle plus exposée à la corruption que dautres secteurs vitaux de la vie marocaine ?
Elle est surtout un secteur hautement symbolique. Cest le dernier rempart, lultime recours. Si vous êtes victime dun harcèlement ou dun licenciement abusif pour avoir dénoncé linjustice, cest vers la justice justement que vous vous tournez. Et si elle est elle-même corrompue
Je connais bien les rouages de la justice marocaine, surtout dans le Nord, qui vit aussi de trafics divers et de blanchiment dargent. Les enjeux financiers sont énormes, lampleur de la corruption, la grande et la petite, aussi. Bien évidemment, tous les juges et les magistrats ne sont pas corrompus, mais il ny a aucun mécanisme pour protéger ceux qui peuvent, un jour, avoir un sursaut de conscience pour dire : Stop !
Arrêtons le massacre !.
Votre association ne fait-elle pas doublon avec Transparency Maroc, qui combat déj la corruption sur le terrain ?
Nos actions sont complémentaires. Transparency fait un excellent travail de terrain : elle observe, compile les données, interpelle le gouvernement et la société civile. Notre association complète cette tâche, puisquelle regroupe dabord des victimes. Il sagit pour nous de créer des mécanismes de protection des témoins et des dénonciateurs de la corruption. Vous savez, dans un pays qui déclare lutter contre la corruption, mais où le phénomène ne fait que samplifier à mesure que les enjeux politico-financiers grandissent, nous ne serons jamais assez nombreux pour dire stop. Une voix de plus est toujours la bienvenue.
Votre association ne risque- t-elle pas davoir un caractère régional, confiné au nord du pays ?
Pas du tout. Nous pensons dailleurs installer notre siège à Rabat pour faciliter la communication avec tous nos membres installés aux quatre coins du royaume. Mais également pour nous garantir une meilleure visibilité, via une plus grande proximité des centres de décision.
Quitte à vous éloigner du terrain ?
Nous ne serons jamais loin du terrain. Parce que, hélas, la corruption ne sest jamais confinée aux régions nord du pays. |
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