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Par Youssef Ziraoui
Sport. Le Maroc perd la boule
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Toujours pratiquée au Maroc,
la pétanque lest cependant de
moins en moins en tant que
véritable sport.
(DR)
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Le Maroc a été trois fois champion du monde, mais qui sen souvient ? Aujourdhui, nos boulistes ont du mal à renouer avec leur gloire passée. Quelques irréductibles du cochonnet y croient encore
Quel est donc ce sport dans lequel le Maroc est triple champion du monde et cinq fois vice-champion ? Un petit indice, il s'agit d'une discipline qui peut se jouer sur n'importe quel terrain vague, avec un objet sphérique ? Eh non, ce n'est pas le football (ça se saurait !), mais la pétanque, discipline pratiquée au Maroc depuis plus d'un demi-siècle.
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En ce dimanche matin, les habitués du club Stade marocain, club de pétanque rbati fondé en 1919, ont fait le déplacement pour leur traditionnelle partie hebdomadaire. Voici le fougueux, et voici le sage. Moi, je suis le pragmatique, lance avec un air énigmatique ce joueur quinquagénaire. Traduction : cest la composition type dune triplette de pétanque. Un pointeur, dont le rôle est de sapprocher le plus du cochonnet (qualifié de but dans le jargon), un tireur, qui doit dégager le terrain à ses coéquipiers en écartant les boules de ladversaire, et enfin un milieu, dont le rôle est dassurer les deux fonctions, selon la situation dans laquelle se trouve son équipe.
Triple champions du monde
Cette année encore, le Maroc a participé à la messe annuelle de la pétanque, les championnats du monde, qui se sont déroulés en septembre à Pattaya, en Thaïlande. Léquipe vert et rouge na pas fait le déplacement pour rien : une honnête cinquième place dans la compétition par équipe et, surtout, une médaille de bronze ex-aequo au concours de tir décroché, glanée par le jeune Abdessamad Menkari. Nous n'avons pas grand-chose à nous reprocher, nous explique Ali Fennane, président de la Fédération royale marocaine de pétanque. Dans le tournoi par équipes, nous avons été éliminés par la France, qui a remporté le championnat. Idem pour le tir, où nous avons été sortis par le vainqueur de cette catégorie. Des résultats encourageants, à même de redorer le blason bien terni de léquipe nationale. Car on est loin, très loin, du palmarès passé de cette dernière dans les années 80. Aujourdhui, même si cette belle époque nest plus quun souvenir, la volonté de changement est là. Un bureau remanié, un staff technique remodelé, la Fédération a fait le ménage. Cest du moins ce quaffirment ses dirigeants. Une des anciennes vedettes de la discipline, Hafid Alaoui, triple champion du monde en 1984, 1987 et 1990, et quintuple vice-champion du monde, reprend du métier en tant que directeur technique national. Ses missions ? Dénicher des talents dans tout le pays et encadrer les générations montantes, précise-t-il. Avec ses quelque 10 000 licenciés dans la pétanque, évoluant dans cinq ligues à travers le pays, le vivier existe
à première vue. Mais on a de plus en plus de mal à trouver des jeunes qui pratiquent la pétanque comme un sport, nuance ce directeur de club casablancais. Quà cela ne tienne ! À 50 ans passés, on pratique sa meilleure boule, plaisante Alaoui. Prenez Hicham El Guerrouj, la trentaine à peine entamée, il sest retiré de la compétition. Pour un bouliste, cest le contraire : il se bonifie avec le temps, explique-t-il. Et tout comme lathlétisme, la boule marocaine a connu son heure de gloire. À la différence près que les boulistes pourraient difficilement vivre de leur sport. On a beau être champion, la pétanque nest pas un sport à nourrir son homme, explique Hafid Alaoui, bien placé pour en parler : le champion ne peut compter que sur son salaire de directeur d'agence dans une banque de la place pour vivre.
Des tests anti-dopage !
Un sport lucratif, certainement pas. Mais un vrai sport tout de même
même si le Comité international olympique lui refuse toujours le statut de sport olympique. En compétition, les parties s'enchaînent et peuvent durer plusieurs heures. En outre, la pétanque nécessite un entraînement quotidien, explique doctement Hafid Alaoui. Comme pour lui donner raison, la Fédération internationale de pétanque a décidé dinstaurer depuis quelques années des contrôles anti-dopage lors des compétitions internationales. Il devraient plutôt procéder à des tests dalcoolémie, plaisante ce bouliste, qui assume ses 2 grammes, attablé au bar de ce club de pétanque casablancais. Et ils sont nombreux, parmi les deux cents clubs du pays, à sadosser à un espace de restauration et de débit dalcool. En cela, lhistoire ne fait que se répéter : au début du 20ème siècle, les deux frères Pitiot, inventeurs de la pétanque (voir encadré), étaient propriétaires d'un bar. Ils installèrent une annexe de leur bistrot sur le premier terrain de boules qui ait vu le jour, à Marseille. Aujourdhui, on nest pas tellement loin de limage dÉpinal du pastis siroté sur la cannebière. Cest le seul moyen quont ces clubs pour survivre financièrement, explique ce dirigeant à la Fédération. Car côté sponsors, cest le calme plat. Les tournois de pétanque sont très faiblement médiatisés. Les annonceurs nont donc aucun intérêt à y associer leur image, justifie ce dirigeant de la Fédération. Et même si, comme le confie ce serveur, nombreux sont les visiteurs à toucher une boule toutes les années bissextiles, les clients du bar constituent la principale source de financement des clubs, de laveu même de nombreux dirigeants. Ces mêmes clubs qui reversent à la Fédération une partie des recettes générées lors des compétitions hebdomadaires. Une autre partie du budget de la Fédération lui est reversée par le département des Sports. Mais au total, la cagnotte ne dépasse guère les 400 000 dirhams, un budget statique depuis une dizaine dannées.
À titre de comparaison, la Fédération de pétanque tunisienne affiche un budget dix fois plus important. Nous voudrions bien enchaîner des résultats positifs. Mais, faute de moyens, nous sommes parfois contraints de ne pas honorer des rendez-vous internationaux, explique une source à la Fédération. Boule qui roule namasse pas
grand-chose. |
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Livre. Une histoire de boules
Un jour, alors quil nétait arrivé au Maroc que depuis quelques mois, mon grand-père, de passage à Fès, fut surpris de découvrir des boulistes en pleine partie, au pied des remparts de la vieille ville, nous a déclaré Martine Pilate. Cette native du Maroc, petite-fille de Joseph Pitiot, inventeur de la pétanque au début du siècle dernier, est lauteur de louvrage, La véritable histoire de la pétanque, la légende des frères Pitiot , sorti en France en juin 2005. Ce livre est le récit de la vie de Joseph, de l'invention de la pétanque à sa relative internationalisation. Pendant qu'Ernest, son frère, poursuit son activité de bistrotier et peaufine l'invention et le démarrage de ce sport, Joseph fait ses valises, direction le Maroc, et se lance dans lélevage porcin à Marrakech. Avant de quitter le sud de la France pour le Maroc, Joseph Pietiot a le temps d'organiser le premier concours de pétanque dans la ville ocre. Mais pour limportation du sport au Maroc, il est devancé par des ouvriers de La Ciotat, venus s'installer au pays. Cest à Casablanca que sest dabord pratiquée la pétanque, avant de se développer dans le reste du pays, affirme Martine Pilate, qui poursuit : Cela sest fait dautant plus naturellement que la pétanque est un sport qui ne nécessite pas dinfrastructures. |
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