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N° 297
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri
(avec agences)

France. L’immigration ‘‘par métiers’’

La France va désormais
sélectionner ses immigrés
par des critères de qualification.
(AFP)

Le ministère français de l’Economie a élaboré une liste de métiers destinée à la sélection des nouveaux immigrés. Une première formalisation du concept d’immigration choisie prôné par Nicolas Sarkozy.


C’est Libération qui a sorti l’information. Le quotidien de gauche a publié, il y a deux semaines, la liste des 182 métiers les plus recherchés en France. Une liste élaborée dans les couloirs du ministère de l’Economie et des Finances, dans le cadre de la nouvelle loi sur l’immigration choisie. Ces métiers ont été classés en deux catégories
par Bercy. La première regroupe une trentaine de professions “susceptibles d’être proposées dans certaines régions aux ressortissants des pays tiers” (non membres de l’Union européenne), et qui concerne par conséquent les migrants marocains. Elle répertorie essentiellement des métiers qualifiés, comme celui d’informaticien ou de géomètre, requérant des diplômes supérieurs. Quant à la seconde catégorie, elle regroupe 152 emplois qui seraient ouverts aux ressortissants des nouveaux membres de l’UE. Contrairement à la première liste, celle-ci recense le plus souvent des emplois peu qualifiés, nécessitant des formations plus ou moins sommaires, comme celui de “laveur de vitres spécialisé”, de serveur en restauration ou de bûcheron. Les deux nomenclatures, préparées par Bercy, sont accompagnées d’une étude détaillant, avec précision, les besoins français dans chaque branche de métier, région par région.

Immigration “utile”
La conception de ces deux listes donne ainsi corps à la nouvelle politique d’immigration voulue par le président Nicolas Sarkozy. La création, pour la première fois en France, d’un ministère de l’Immigration, de l’Intégration et du co-développement, dirigé par Brice Hortefeux, avait donné le ton. Les objectifs visés aussi : 25 000 reconduites à la frontière de sans-papiers par an, 125 000 arrestations d’étrangers en situation irrégulière, la lutte contre les filières d’émigration clandestine, la délivrance de visas au compte-gouttes et, tout récemment, le durcissement des conditions de regroupement familial (dont le fameux article sur les analyses d’ADN), devenues particulièrement compliquées après le vote de la loi Hortefeux.

Avec Nicolas Sarkozy, la France veut maîtriser son immigration et se limiter à un chiffre-plafond d’étrangers accueillis sur son sol. Surtout, cette immigration “contrôlée” sera également sélectionnée. La Carte compétences et talents, lancée durant l’été 2006, s’inscrivait déjà dans ce cadre. Ces listes de métiers concoctées par Bercy ne sont donc pas une surprise. Depuis 2005, Nicolas Sarkozy ne cachait pas sa préférence pour la mise en place de “quotas par métiers ou par type de formation” à l’immigration. En septembre dernier, il y ajoutait en plus des quotas “par régions du monde”. Objectif : faire de l’immigration économique un levier de croissance et réduire autant que possible une immigration qu’il qualifie “d’improductive”. Lors de son récent déplacement au Maroc, le président français a d’ailleurs répété, comme il l’a fait depuis son élection, que son “horizon est de faire passer l’immigration professionnelle de 7% à 50% des personnes qui s’installent durablement en France”. Après la publication de ces listes, les syndicats des travailleurs et les associations de défense des étrangers ont, on s’en doute, vivement réagi. La centrale syndicale Force Ouvrière juge ainsi “choquant que l’on choisisse ou rejette les travailleurs migrants en fonction de leur utilité économique, et que l’on restreigne parallèlement la possibilité pour ces mêmes travailleurs de vivre en famille”. Comme solution alternative, d’autres associations proposent que ces postes soient proposés en priorité aux sans-papiers installés en France, qui travaillent au noir. Brice Hortefeux avait soumis ces deux listes de métiers le 23 octobre aux organisations syndicales et patronales. Leur adoption est prévue lors du prochain comité interministériel courant novembre. Quoi qu’il en soit, ces listes relanceront le polémique sur la fuite des cerveaux africains vers l’Europe.

 
 
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