Reportage. El Rey à Sebta
Sahara. Des indépendantistes si discrets
Politique. Rififi à la Haraka
Lahbib Hajji. "La corruption, un mal marocain"
Sport. Le Maroc perd la boule
20 ans de Ben Ali. Les intellectuels contre le dictateur
France. L'immigration "par métiers"
Textile. Le péril chinois
Portrait. Mahi Binebi ne, en toute intimité
Cinéma. Chroniques persanes
Hommage. Le Docteur s'en est allé
N° 297
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Cerise Maréchaud

La semaine.

Une scène de 4 mois,
3 semaines, 2 jours.
(DR)

Semaines du film européen. 14 films, 5 villes et 10 jours...


Même sans Un cœur invaincu (le film sur l’assassinat du journaliste Daniel Pearl est déprogrammé), les 17ème Semaines du film européen ne se laissent pas abattre. En ouverture, Julian Jarrold évoque les amoures insoumises de l’auteur britannique Jane Austen dans Becoming Jane. Claude Chabrol entoure une blonde arriviste d’un milliardaire déséquilibré et d’un écrivain pervers dans La Fille coupée en deux. Mon frère est fils unique, de Daniele Luchetti, oppose deux frères dans l’Italie des années de plomb. Le Hongrois Szabolcs Hadju évoque avec
Les Paumes blanches la nouvelle vie d’un gymnaste au Canada, et dans Le Casque doré, du Portugais Jorge Cramez, se noue une idylle adolescente et rebelle. Des familles liées par le deuil se croisent entre Hambourg et Istanbul sous l’œil du génial Fatih Akin dans De l’Autre côté, et After the wedding, de la Danoise Suzanne Bier, confronte le fondateur d’un orphelinat indien à la fille d’un riche donateur. La Palme d’or 4 mois, 3 semaines, 2 jours du Roumain Cristian Mungiu tisse la chronique d’un avortement clandestin sous Ceausescu. Enfin, Joaquim Lafosse ausculte une guerre fratricide autour de la vente de la maison familiale dans Nue propriété, et Paul Verhoeven reconstitue La Haye occupée sur fond de résistance et d’espionnage dans Black Book. En prime, quatre courts, dont les deux Marocains Le Dernier cri, de Hamid Basket, prix du scénario à Tanger, et Illusion, de Tarik El Jouhari.

À Tanger du 8 au 17 novembre au Roxy, à Rabat du 10 au 19 au 7ème Art, à Casa du 12 au 21 au Lynx, à Safi du 14 au 23 à l’Atlantide, à Marrakech du 16 au 25 au Colisée.



Sortie. Yasmina perdue (entre les hommes)

Question : une femme peut-elle, dans le Maroc d’aujourd’hui, “snober” son mari, assumer sa sexualité avec “l’homme du moment”, élever son enfant comme si de rien n’était, etc ? Dans le nouveau film de Abdelkader Lagtaâ, la réponse est (un peu) oui. Mais tout n’est pas si simple… “Yasmina et les hommes” pourrait être le prolongement de “Face à face”, avant-dernier film de Lagtaâ. Mêmes acteurs principaux (Sanaâ Alaoui en face de Younes Megri), même point de départ (une femme perdue parmi les hommes, les codes sociaux), même quête initiatique, Lagtaâ creuse des sillons voisins, comparables, transposables : “Oui, nous confirme-t-il, sauf que Face-à-face se termine par un retour vers le sud, alors que Yasmina et les hommes s’achève sur un voyage dans le nord”. Sans être son meilleur, le nouveau film de Abdelkader Lagtaâ, construit en plans-séquences, se laisse agréablement regarder, à l’image de la superbe actrice principale. Un cinéma (culturellement) militant, non sans défauts, mais qui mérite le détour.

En salles depuis mercredi à Casablanca (Mégarama, Marrakech et Tanger)



Expo. Duo d’art

Hassan Darsi est un fervent défenseur de l’art dans l’espace public. Mohamed El Baz s’attelle à “bricoler l’incurable” (intitulé du projet) depuis 1993. Les deux sont des artistes contemporains pour lesquels l’audace dans l’art est une seconde nature. Et en plus, ils sont potes. Quoi donc demander de plus qu’une exposition commune, en bonne et due forme, dans une galerie marchande qui a pignon sur rue. Bandes adhésives dorées pour le premier recouvrant jusqu’à la façade de la galerie, néons pour le second, ça va vous en boucher un coin. Bravo à Venise Cadre qui ose enfin exhiber l’art contemporain marocain.

À la galerie Venise Cadre à Casablanca, du 15 novembre au 4 décembre.



Tournée. Ça swingue pour Dar Jazz

Deux profs de philo aux saxes et à la batterie, un architecte dont le toucher de piano n’est pas sans rappeler Keith Jarrett et un bassiste tout droit sorti des seventies. Secouez le tout, ajoutez pour le fun “Sam”, chanteuse somalienne, et vous obtenez Dar Jazz. Le groupe, à géométrie variable, est officiellement né en 2006, mais ses musiciens ont chacun un joli background derrière lui. Le pianiste, notamment, Tawfik Ould Ammar, est l’auteur de “Jamaâ El Fna”, authentique chef d’œuvre qui a longtemps servi de générique à des émissions radio (n’est-ce pas Ali Hassan ?), enfin disponible en CD depuis 1999. Avec Marc Chambon et Michel Fernandez, le trio initial a effectué près de 100 dates rien qu’au Quai du Jazz, un des meilleurs repaires pour les amateurs de John Coltrane à Casablanca. Dar Jazz, donc, part en tournée (Casa, Rabat, Kénitra pour commencer) et entre en studio, toujours à Rabat, pour l’enregistrement de son premier album. Marhba.

Le 17 novembre à l’Institut Français de Casablanca.



Cinéma. Cœur à Tanger , pieds à Séoul

Ahmed Maânouni n’est donc pas venu chercher son (grand) prix au dernier festival du film de Tanger, pour son nouveau-né, “Les Cœurs brûlés”. Il avait une bonne raison : le jour même de la remise des prix, il s’envolait pour Séoul, où il devait présenter son mythique “Transes”, aux côtés…de Martin Scorsese, toujours aussi amoureux du film sur Nass El Ghiwane. “Ce n’est que le lendemain, un dimanche, que j’ai appris que le grand prix de Tanger m’était revenu. Ce prix, je n’y croyais pas trop. Je suis venu (à Tanger) par respect au public : j’ai présenté mon film, je l’ai défendu en conférence de presse, et je suis reparti d’où je suis venu, à Paris”. Avant de s’envoler, donc, pour Séoul... Notons quand même que “Les Cœurs brûlés” (sortie attendue avant fin 2007), qui est la première vraie fiction de Maânouni, a été tourné en noir et blanc à Fès. Ce qui a valu à Maânouni ce commentaire d’un spectateur Lambda : “Merci d’avoir redonné ses couleurs à Fès !”. Bien dit.


Cirque. Tissez hauts !

Le cirque nouveau marocain s’offre une tournée française. Corps qui s’élancent de trampolines en toile de parachute, croisements d’ombres au-dessus des trampolines, tapis déroulés sur fond de projections vidéo : mêlant acrobaties, musique et arts visuels, le spectacle “Taoub” célèbre l’artisanat et le lien social. À la fois support du mouvement et protagoniste de l’action, tendu par tout un groupe pour projeter une seule personne en l’air, l’étoffe est la “métaphore d’une situation familiale courante”, explique le metteur en scène Aurélien Bory. En juin 2003, sous le chapiteau des Nuits de la Méditerranée, il a rassemblé douze artistes marocains dans le Groupe acrobatique de Tanger pour faire naître cette “scénographie mobile et fragile”, à l’image de la ville du Détroit.

Du 6 décembre 2007 au 6 janvier 2008, Grande Halle de La Villette, Paris.



Débat. Documentaristes, lâchez-vous !

À bas la langue de bois ! Jeudi 1er novembre, lors de la table ronde sur le documentaire en marge de l’excellent “Casa Ciné”, les auteurs invités ont vidé leur sac. Interdiction de filmer librement, absence du documentaire au Festival national du film, non accès au fonds d’aide et à la carte professionnelle, tentations de censure… Ali Essafi, Dalila Ennadre et Khalil Benkirane ont ardemment interpellé Mohamed Bakrim, en tant que représentant du CCM. L’institution est soupçonnée (à raison ? à tort ?) d’exploiter un alibi technologique pour exclure de facto le genre documentaire. “Jusqu’à nouvel ordre, au Maroc, la vidéo ce n’est pas du cinéma”, a expliqué par ailleurs Mohamed Bakrim, cinéphile légaliste, dont la ligne de défense se résumait au respect des “textes”. Dommage qu’aucun responsable de chaîne n’ait été présent pour compléter ce débat houleux mais salutaire.


Rock. Darga : safi oulla mazal ?

Le groupe Darga n’est définitivement plus ce qu’il était. En effet, trois de ses membres ont décidé de prendre le large : le bassiste Abdelamalek Rafi a été le premier à quitter le clan des Cactus, suivi par le saxophoniste Khalil Nemmaoui. Le guembri-man Obiz est parti quant à lui vivre en France, mais continuera à se produire avec ses potes lors de concerts en Europe. Si les trois ont quitté pour des raisons différentes, il n’en reste pas moins que les fans se font du souci pour l’un des groupes les plus doués de la jeune scène musicale. Aux dernières nouvelles, les déserteurs ont été remplacés, l’enregistrement du premier album est en phase finale et le band continue d’être très sollicité au-delà des frontières. Rien de grave alors ?


Docu. Nayda...ou presque

Lundi 5 novembre, le Megarama de Casablanca accueillait à salle –presque – comble la première de Casanayda, documentaire sur le mouvement Nayda signé Farida Belyazid et Dominique Caubet, et produit par Sigma. Au final, une impression sympathique mais mitigée. Une vingtaine d’intervenants expliquent intelligemment le phénomène (mentions spéciales pour Hicham Abkari, directeur du théâtre Mohammed VI, et Momo de L’Boulevard) mais beaucoup de redites, et un ton parfois trop intellectuel… Par nonchalance (ou par incompréhension), la réalisatrice s’est concentrée sur le rap et le “street style” qui va avec, oubliant les autres dimensions (pourtant foisonnantes) du mouvement. Dommage. Mais c’est une première méritoire, et le sujet est loin d’être épuisé...


Le livre.

Une virée à l’écart des poncifs sur les villes impériales et le Maroc éternel. Mireille Duteil est journaliste et spécialiste du monde arabe. Le Maroc, elle le connaît, pour avoir sillonné ses routes lors de ses nombreux reportages pour le Point. Dans ce livre, à mi-chemin entre les carnets de voyage et le récit journalistique, l’auteur laisse glisser sa plume sur les paysages contrastés qu’elle a visités, et les confidences qu’elle a pu glaner au hasard des rencontres. De Casablanca à Tanger en passant par Oujda, Meknès ou Salé, c’est un pays en mouvement que veut saisir Mireille Duteil. Parfois elliptique, mais souvent bien senti, ce survol rapide donnera certainement aux lecteurs le goût du Maroc.

Mireille Duteil, Chroniques marocaines et autres histoires du Royaume ; Lonely Planet/ Ecrivains voyageurs.




Humeur.
L’inconnue à la Chevrolet

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Les opérateurs de téléphonie mobile ont une définition élastique de l'intimité. à vous donner l'envie de balancer votre portable par la fenêtre. La semaine dernière, notre espace vital a été violé par “Mell Hanan A…… qui a gagné la chevrolet, valider par le notaire. Si vous aviez besoin de plus d'informations appelez le 024 43 24 82”. L'intruse a débarqué dans notre salon via ce texto atterrant censé nous remplir de joie. La demoiselle venait de remporter ce prix dans un jeu par sms qui coûte la peau des fesses. Vilain rapporteur, notre opérateur avait décidé de nous faire profiter de la bonne nouvelle. Petit joueur, il ne fournissait pas le champagne, ni les cotillons, et encore moins le téléphone de l'heureuse élue. A titre personnel, on n'en veut pas à Hanan. On est même très heureux pour elle. Une Chevrolet, c'est joli paraît-il-quoi que salissant en blanc. Mais bon, Hanan devrait se méfier de l'option sms de son téléphone, tout autant que des jeux débiles. Son opérateur tout comme le nôtre sont de vraies pipelettes sans pudeur. Ils racontent tout aux voisins. Hanan avait peut être envie de conduire incognito sa jolie Chevrolet au lieu de devenir une pub pour sms. Et nous de faire la moule devant la télé sans que surgisse une inconnue dans notre périmètre sacré. Ce ne sont pas des manières, on aurait pu être en petite tenue. Voir tout nu.



America, America
Les réalisateurs Ali Essafi et Hakim Belabbès sont en train de concocter un second atelier, après celui mené à Marrakech il y a deux ans par Scorsese et Kiarostami. L’atelier, destiné aux techniciens du cinéma, se fera en partenariat avec le Chicago College. À la clé, une bourse de 4 ans d’études aux Etats-Unis pour l’un des lauréats.


Abracadabra f’Sahara !
Laâyoune n’en croit pas ses yeux. Du 9 au 11 novembre, la capitale du Sahara accueille son premier Festival international de magie, présidé par le maître marocain Baby Dahan himself. Et si un accord de paix sort de son chapeau, on applaudit encore plus fort ! Tél. : 060 48 03 02 magiemarrakech.com


Hollyboude
Rangez les claviers, sortez les piquets ! Le 5 novembre, 12 000 scénaristes américains sont entrés en grève illimitée, une première en vingt ans. Côté grands studios, la pénurie d’épisodes guette. Jack Bauer n’a qu’à bien se tenir…

 
 
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