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Propos recueillis par
Karim Boukhari
Interview.
Mohamed Sassi. Jassume mon échec électoral
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Un dirigeant devenu
simple militant.
(TNIOUNI/NICHANE)
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Mohamed Sassi vient de démissionner de la direction de son parti (PSU), après son échec aux élections. Dans cet entretien, il fait son mea culpa et dresse un constat dur, mais franc, des réalités politiques marocaines.
Vous avez choisi de démissionner de la direction du Parti socialiste unifié (PSU). Pourquoi ?
Ma démission est lexpression dun échec que jassume. Tout échec électoral nentraîne pas forcément une démission, mais léchec cuisant que jai essuyé impose cette décision, vu le nombre dérisoire de voix |
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que jai obtenu, malgré mes liens avec la circonscription et limportance accordée par la direction du parti à cette même circonscription. Il faut admettre que nous avons mal apprécié la réalité électorale. Le parti sattendait à ma victoire, et a consenti un sacrifice politique dans ce sens. Mais je nai pas été en mesure de relever ce défi. Voilà pourquoi je démissionne.
Vous considérez-vous, en tant que numéro 2 officiel du PSU, en situation déchec ?
Evidemment. Jai fait mon autocritique. Des données essentielles quant aux procédés et à la réalité électorale mont échappé. Lessentiel, aujourdhui, est de retourner sur le terrain pour tisser des rapports au quotidien avec les citoyens, car un dirigeant politique est censé être à lécoute de la population.
Votre geste ne risque-t-il pas de remettre en cause lunion de la gauche, toujours en projet ?
Absolument pas. Lunion de la gauche ne sera pas compromise, du moment que je reste dans le Conseil national du parti et que je ferai tout pour la consécration du choix de lunion, toujours avec la même ardeur. Je consentirai les efforts nécessaires pour aplanir les éventuelles difficultés liées à cette union.
Votre démission est-elle un message destiné au PSU ? Aux autres composantes de la gauche (PADS notamment) ? Aux électeurs (qui ne vous ont pas plébiscité) ? Ou, plus simplement, à qui de droit ?
Je navais pas la préméditation de destiner ma démission à quiconque. Cest juste la suite logique dune réflexion, basée sur lidée de lautocritique à laquelle tout militant doit se livrer continuellement. Lorsque jai dit que ma démission sinscrit dans la perspective de consacrer une nouvelle culture politique, cela signifie que la démission fait partie intégrante de cette culture qui préside aux mécanismes adoptés par le PSU. Ni plus, ni moins.
Quel est le rôle que vous comptez vous attribuer dans le futur proche ?
Continuer à mettre en uvre le plan daction du parti, avec de nouveaux outils et avec le souci de se rapprocher davantage de la réalité politique et électorale.
Quelle est, avec le recul, votre évaluation des élections 2007, de leur verdict, du comportement de la classe politique et des électeurs ?
Ce que jai noté de plus marquant dans les élections 2007 peut être résumé ainsi. Dabord, la dépolitisation continue du processus électoral. Il est vrai que nous avons constaté lapparition de programmes chiffrés chez les partis politiques. Cest important, mais lacte de vote en lui-même se détache de plus en plus de la politique, des programmes et des discours. Il devient de plus en plus lié à dautres facteurs, tels que le rapport personnel de lélecteur avec le candidat, conjugué à lamalgame entre la fonction du parlementaire et du conseiller communal.
Il y a ensuite la marginalisation de la logique des urnes dans linstallation des institutions. Nous avons, par exemple, un gouvernement où les ministres sont classés en quatre catégories. Nous sommes face à quatre statuts différents : les ministres partisans, les ministres sans appartenance réelle à un parti, les ministres de souveraineté et les ministres sans appartenance politique. Cette catégorisation intervient au détriment des résultats des élections et de la fonction que les partis politiques doivent jouer dans la vie institutionnelle du pays.
À votre avis, la démocratie marocaine a-t-elle avancé ou reculé, dans la foulée des législatives 2007 ?
Sur la base de ce que jai dit précédemment, nous assistons à un recul de linstitution partisane et de la politique, alors même que la transition démocratique impose lémergence de la logique des urnes et des programmes politiques. Nul ne peut nier que lAlternance a échoué et que lapproche technocrate est en train de simposer davantage. Les propos les plus compromettants pour la démocratie, et qui sont passés inaperçus, sont peut-être ceux du Premier ministre, lorsquil a déclaré que les ministres non partisans représentent la société civile et la majorité des Marocains qui nont pas dappartenance politique. Labstention électorale massive a été utilisée pour justifier la marginalisation de linstitution électorale. Ce qui a, en fin de compte, vidé de toute sa substance lacte de nomination dun Premier ministre appartenant au parti gagnant.
Quelle est, pour finir, votre lecture de lirruption dun personnage comme Fouad Ali El Himma au sein du Parlement : y a-t-il un risque de déstabiliser, de reconfigurer lhémicycle, voire la classe politique marocaine ?
Les actions de Ali El Himma dans la conjoncture politique actuelle affirment lexistence de deux choses. En premier lieu, linterventionnisme de lEtat dans la vie partisane. Les moyens changent mais lobjectif reste le même : consacrer le paternalisme politique de lEtat. Ceci est aussi un message adressé à la classe politique marocaine : vous devez renouveler et rajeunir les structures de vos partis, dynamiser et moraliser laction partisane, mettre en valeur les compétences, gagner du terrain et devenir compétitif par rapport au PJD. Mais tout cela, bien sûr, dans le cadre de lordre établi. Sinon, des proches du Palais, baptisés technocrates, ont la capacité de travailler sur le terrain et de gagner la confiance des électeurs, grâce à leurs compétences et leur sens de la communication, et non par le discours politicien creux. |
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Commentaire. La gauche, moins une
Ce nest pas une surprise, mais une déception. Il y a encore un an, Mohamed Sassi pouvait (devait ?) devenir le numéro 1 légitime de lun des partis les plus intéressants de la gauche marocaine : le PSU. Sa stature, son vécu et son profil dinfatigable producteur didées ly autorisaient. On pouvait même limaginer, lui, lancien dissident de lUSFP, futur élu, pourquoi pas futur ministre. Rien de tout cela nest arrivé. Sassi a délibérément accepté de rester à lombre de Mohamed Moujahid, numéro 1 officiel du PSU. Il a échoué aux élections, incapable de simposer chez lui, à Rabat. Le Parlement, et le gouvernement, continueront donc dexister sans lui. Et il vient dans la foulée de quitter la direction du parti, dont il nest plus un dirigeant, mais un militant à peine plus en vue que les autres. La débandade ! Mohamed Sassi a tenté un pari et il la perdu sur toute la ligne, puisquil nappartient plus à aucun centre de décision. Cest regrettable, pour lui et pour tous ceux qui croient en lui. Nous osons croire que cest également regrettable pour le Maroc qui décide, parce que ce Maroc-là a besoin dun homme de cette envergure, lun des seuls capables dappeler un chat un chat, de mettre le doigt là où ça fait mal, et de proposer constamment des alternatives. Au-delà de léchec de cet homme, cest sa démission qui pose le plus problème. Échouer et choisir de se retirer est un acte honorable, il constitue même une sorte de première dans les annales marocaines. Mais a-t-on le droit de partir comme ça ? Le dirigeant na-t-il pas des obligations vis-à-vis de ses troupes, de ceux qui lont réellement élu ? Peut-il renoncer sans ébranler sérieusement un parti toujours en recomposition, des bases en manque de repères, toute une gauche paumée au lendemain du 7 septembre ? |
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