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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri
(avec agences)

Pétrole. L’inexorable flambée

La hausse de la demande
a accentué les tensions sur
le marché de l’or noir.
(DR)

Entre 2002 et 2007, les cours du pétrole ont pratiquement quadruplé ! Et la hausse n’est pas près de s’arrêter. À qui la faute ? Producteurs, consommateurs et spéculateurs se renvoient la balle. Décryptage.


Il y a quelques semaines, le cours du baril de pétrole flirtait avec les 100 dollars : un scénario inimaginable il y a encore une dizaine d’années, quand le pétrole était encore abondant et bon marché. Surtout, rien ne semble en mesure d’arrêter cette hausse continue, dont les raisons restent difficiles à cerner. Sur le plan international,
pays consommateurs et pays producteurs se jettent la balle. “Offre insuffisante des pays exportateurs par rapport à une demande mondiale en augmentation”, accusent les premiers. “Spéculation effrénée”, répondent les seconds. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui défend les intérêts des pays consommateurs, accuse l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) d’attiser les tensions du marché, en ne produisant pas suffisamment de brut pour faire face à la demande hivernale. L’Agence rend le cartel responsable de la flambée des cours et lui demande de pomper 1,8 million de barils supplémentaires par jour. Pourtant, l’Opep, qui se dit “inquiète” de la situation, assure que le marché est bien approvisionné. Et à y voir de plus près, on est forcé de lui donner raison : aujourd’hui, le marché mondial ne manque pas de pétrole. L’offre dépasserait même la demande de plus de trois millions de barils par jour ! D’où vient donc cette constante hausse ?

Merci les spéculateurs !
Jusqu’à ces dernières années, les treize pays de l’Opep régulaient le marché en ouvrant plus ou moins les vannes de leurs puits. Ils avaient intérêt à maintenir le prix du brut suffisamment haut pour faire tourner leurs économies à bon régime. Mais pas trop. Une hausse vertigineuse et durable du prix de l’or noir inciterait les pays industrialisés clients à se tourner vers d’autres sources d’énergie et à réduire leur appétit. Ce petit jeu a prévalu jusqu’en 2005. Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite, le Venezuela, le Nigéria ou le Mexique ne sont plus les maîtres du marché. Le cartel renvoie la responsabilité de l’envolée du prix du baril sur les spéculateurs, qui se soucient bien peu des calculs macro-économiques.

Question : Qui sont ces spéculateurs ? Il s’agit de banques, de fonds d’investissement et de fonds de pension (les fameux hedge funds) prêts à prendre de gros risques pour empocher le jackpot. Ils sont massivement présents sur les marchés pétroliers, comme sur l’ensemble du secteur des matières premières. Ce discours, qui dédouane les producteurs, est d’ailleurs relayé par les analystes. “Si l’Opep augmentait sa production, les prix ne baisseraient pas forcément pour autant”, affirme à l’AFP Thierry Lefrançois, économiste chez Natixis. “Quel meilleur investissement aujourd’hui que le pétrole ? Les Bourses ont baissé, les taux d’intérêt aussi. Parallèlement, il y a beaucoup de liquidités”, poursuit-il. Alors que la Réserve fédérale américaine a revu ses taux à la baisse, que le dollar dégringole face à l’euro, ces fonds privés se rabattent sur l’or noir, qui n’a jamais autant mérité son appellation, comme valeur refuge. Pour Pierre Terzian, directeur de la revue spécialisée Pétrostratégies, “le marché est désormais totalement dominé par les financiers”.

La géopolitique comme détonateur
Cette spéculation qui amplifie la hausse des cours se nourrit de toutes les rumeurs. Le contexte géopolitique international agit comme un détonateur, dont les spéculateurs sont la caisse de résonance. Prémices de guerre au Moyen-Orient ? Prise d’otages par des rebelles au Nigeria ? Baisse du dollar ? Il suffit que filtrent de telles informations, pas toujours directement liées à l’industrie pétrolière elle-même, pour que les cours flambent. Aujourd’hui, la principale cause de l’envolée des prix réside dans les tensions qui secouent le Moyen-Orient, à commencer par la crise du nucléaire iranien et la guerre en Irak. Téhéran menace, par exemple, de fermer le robinet de l’or noir si des sanctions sont prises à son encontre. En Irak, les sabotages des installations maintiennent la production à 1,5 million de barils par jour, soit 40% de moins que le niveau d’avant l’invasion américaine. À cela, il faut ajouter la menace terroriste qui pèse en continu sur les pays du Golfe. La situation intérieure d’autres pays producteurs est également jugée “inconfortable” par les analystes. En Amérique latine, on assiste à un retour au “nationalisme pétrolier”. Au Venezuela de Chavez, les compagnies étrangères sont forcées de s’associer à la société nationale PDVSA pour exploiter le brut. En Bolivie, les réserves d’hydrocarbures sont sous le contrôle de l’Etat. Aux Etats-Unis, les ouragans menacent les sites d’extraction offshore du Golfe du Mexique. Quant à la Russie, elle est assise sur les premières réserves gazières au monde, que le Pouvoir utilise comme une arme de pression. D’autres facteurs géopolitiques, comme les essais nucléaires nord-coréens ou la guerre au Liban de l’été 2006, ont tout autant causé des perturbations sur les marchés pétroliers.

Que faire ?
La hausse des cours s’explique également par des facteurs endogènes, notamment la forte augmentation de la demande pétrolière mondiale, particulièrement en Chine. Cette demande soutenue n’a pas été suivie au niveau de la production, obligeant les producteurs à réduire leurs excédents. Parallèlement, des problèmes techniques se font jour, comme le manque de raffineries : aucune structure de raffinage n’a été construite en Europe et aux Etats-Unis durant les trente dernières années. Résultat : aujourd’hui, les pays producteurs sont bien obligés de pomper dans leurs réserves (à l’exception de l’Arabie Saoudite), alors que les grands consommateurs s’emploient à renflouer leurs stocks stratégiques… entretenant ainsi la hausse des cours. L’ère du pétrole pas cher et abondant est bel et bien révolue. Producteurs et consommateurs ont pris conscience que l’or noir est une ressource épuisable, qui finira par disparaître. La solution ? Elle passe par la réduction de la consommation, aussi bien chez les particuliers que dans l’industrie, l’utilisation des technologies moins gourmandes (véhicules hybrides, technologies dans le bâtiment) et le développement de nouvelles alternatives énergétiques. Alors que le nucléaire revient en force dans les projets de plusieurs pays (dont le Maroc), les pays industrialisés misent davantage sur les biocarburants (éthanol, biodiesel…). Et sur le plan politique, l’idée d’appeler pays producteurs et consommateurs à s’entendre sur un prix référence commence à germer. Ceci revient à passer de la culture de la confrontation à celle de la cogestion. Un vœu pieux ?



Histoire. Le pétrole en dates

1859.
Premières découvertes de pétrole en Pennsylvanie (Etats-Unis).
1870. John D. Rockfeller fonde la Standard Oil.
1885. Les Rotschild développent la production de pétrole en Russie.
1910. Boom de la production au Mexique.
1921. Démantèlement de la Standard Oil et création de sept entreprises.
Hausse de la production vénézuélienne.
1956. Découverte de pétrole au Sahara et au Gabon. Boom de la production en Algérie et au Nigeria.
1960. Création de l’Opep par l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Irak, le Koweït et le Venezuela.
1973. Guerre du Kippour. Les Etats arabes décident un embargo pétrolier en représailles
au soutien américain à Israël.
Premier choc pétrolier.
1979. La révolution iranienne provoque une perturbation des approvisionnements occidentaux
en provenance du Moyen-Orient. Deuxième choc pétrolier.
1985-1986. Baisse des prix du pétrole (le baril chute à 7 dollars). Premier contre-choc pétrolier.
1990-1991. Invasion du Koweït par l’Irak et dissolution de l’Union soviétique, l’un des plus
grands producteurs mondiaux.
2001. Les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis causent une forte récession économique.
Baisse de la demande mondiale et des prix du pétrole.
2003-2007. Invasion de l’Irak. Parallèlement, l’Opep freine la surproduction de pétrole.
En novembre 2007, le cours du baril frôle les 100 dollars.

 
 
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