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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Meriem Saadi

Phénomène. Ragga, et plus si affinités

Mustapha Boukrouna,
alis Steph Ragga Man.
(DR)

Avec son style particulier, Steph Ragga Man a réussi à faire son trou dans une scène musicale envahie par le hip hop.


“J’ai toujours aimé l’originalité, et le ragga est un style de musique qui n’a jamais vraiment été exploré au Maroc”, lance Steph Ragga Man, de son vrai nom Mustapha Boukrouna, pour expliquer son virage vers ce style musical peu courant sur la nouvelle scène. Car à 26 ans, ce natif du quartier casablancais de Hay Mohammadi a déjà derrière lui quelques années d’expérience. Sa carrière musicale, il l’a débutée à 16 ans, au sein de la formation Hu Connection. Deux ans plus tard, il vit
sa première consécration, avec un autre groupe, Black Technic, qui remporte le premier prix de l’édition 1999 du Boulevard des jeunes musiciens. Il rejoindra plus tard le collectif Mafia C, qui compte parmi ses membres des noms illustres du rap vert et rouge, comme Bigg, Jo Caprice ou encore DJ Key. Mais lorsque sonne l’heure du split de Mafia C, Mustapha préfère laisser la musique de côté, pour se consacrer à ses études de sport à l’Ecole normale supérieure. “À l’époque la scène musicale n’avait rien à avoir avec ce qu’elle est aujourd’hui. Il était tout simplement impossible de vivre de sa musique, se rappelle-t-il. Il n’y avait ni studios, ni radios, ni même de vrai public”. Après quatre années sur les bancs de l’ENS, il obtient son diplôme de professeur d’éducation physique du second cycle. Il est affecté dans un lycée à Taznakht, bourgade sise à 86 km d’Ouarzazate. Mais les rêves de musique sont toujours là. Manifestement, l’homme a du mal à vivre loin des micros et cogite déjà sur un possible retour à la scène. Le déclic aura lieu en 2006, lorsqu’il rend visite à son ami MC Jo, qui enregistre son premier album solo en studio : “Ce fut une révélation. En un instant, j’ai compris que les choses avaient changé et qu’aujourd’hui, revenir à la musique était possible”, raconte-t-il.

Adieu rap, bonjour ragga
Après une absence de 3 ans, le naturel chassé revient au galop. Mais entre-temps, il a un peu changé. Exit le rap, dont la scène commençait à se saturer. Mustapha opte pour le ragga, style qu’il maîtrise tout autant, mais dont le créneau est pratiquement désert. Le risque, réel pour un come-back, est payant. Le prof de sport se fait appeler Steph Ragga Man et troque la panoplie “Home Boy” pour une dégaine de mauvais garçon à la jamaïcaine, avec dreadlocks (occasionnels), grosses lunettes, bijoux et barbichette indisciplinée. Surtout, il enregistre trois chansons qu’il passe aux DJ des radios privées, fraîchement créées. Et ça marche ! Le public semble apprécier cette curieuse mouture de ragga en darija, qui a moins de mal à passer sur les dancefloors que le hip hop. Steph Ragga Man se fait rapidement signer par une maison de disques de la place, qui produit son premier single “officiel”, chaperonné par DJ Key himself. Ce sera “L’Bayda Nayda”, chanson dédiée à la ville blanche et chantée en duo avec Ahmed Soultan. Les nouvelles radios, notamment Hit Radio, véritable juge de paix des tendances musicales locales, passent le tube en boucle. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, Steph Ragga Man est choisi par Maroc Telecom pour la campagne de lancement de sa nouvelle marque MobiSud. Il se retrouve ainsi aux côtés de Bigg, H-Kayne et Khansa Batma dans le fameux clip-spot publicitaire “Sma3ni”. “C’est quand je suis passé à la télé que mes élèves ont compris que j’étais également chanteur”, raconte t-il avec un sourire. Une situation étrange pour l’homme, qui tient à séparer sa vie d’artiste de celle d’enseignant. “Je passe mon début de semaine dans le sud, le reste à Casablanca. Parfois, j’ai l’impression de mener une double vie. Dans mon école, il n’y a plus de vêtements ragga ni de bijoux, juste un gars en jogging dans une région où il ne se passe pas grand-chose”, philosophe le professeur Boukrouna. Mais dans sa carrière artistique, il s’en passe des choses : Steph Ragga Man travaille actuellement sur son premier album, prévu pour janvier 2008. Au programme : dix titres et des featurings avec des artistes très différents, “pour prouver que le Ragga peut se mêler à tous les styles”. Un morceau rock metal figurera même sur l’album, preuve que l’artiste ne veut pas s’enfermer dans un seul style, même si le surnom de “Sean Paul marocain” lui colle déjà à la peau. Et ce n’est pas son prochain single, “Mama Africa”, en duo avec le Sénégalais King Barra, qui l’en débarrassera.

 
 
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