Benslimane & Co. Mais où sont les mandats d'arrêt ?
Politique. Le patchwork islamiste
Débat. "Et si on légalisait l'avortement ?"
Tarik Sektioui : "Je suis de retour"
Reportage. Sur la route du safran
Internet. La "Facebookmania" au Maroc
Musée. L'immigration s'expose
France. L'automne des grèves
Industrie vinicole. La bourse et la vigne
Portrait. Rêves de Bollywood
Phénomène. Ragga, et plus si affinités
Scène. Les contes de Halima
Musique. Origines revendiquées
N° 299
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Jean Berry,
(envoyé spécial à Toulouse)

Musique. Origines revendiquées

Mouss et Hakim Amokrane, lors
du concert de présentation
d’Origines Contrôlées.
(JEAN BERRY)

Les frères Amokrane, anciens du groupe Zebda, reviennent avec Origines contrôlées, un disque hommage aux poètes et travailleurs algériens du Paris du siècle dernier.


Toulouse, capitale d’une immigration qui n’a pas la langue dans sa poche... Il y a eu Zebda, dont le tube Tomber la chemise avait finalement sonné le glas, mais qui pourrait bien faire son come-back, probablement en 2009, comme nous confiait l’un des proches du groupe. Puis les disques 100% Collègues, empreint de métissage, et Motivé-e-s, qui voyait Mouss et Hakim et leur bande reprendre des
chants révolutionnaires et partisans (Bella Ciao, La Cucaracha)... Dans le droit fil de cet engagement qui les guide, les frangins ont cette fois-ci pioché dans les vinyles de leurs parents, consacrant un album entier aux chants des travailleurs algériens du Paris des années 40 à 70. “La carte de résidence” de Slimane Azem, “Adieu la France” de Mohamed Mazouni, et même un morceau de Dahmane El Harrachi, l’auteur de “Ya Rayah” (remis au goût du jour par Rachid Taha). Des chants d’exil et de déracinement, qui semblent toujours d’actualité, à l’heure du durcissement des politiques migratoires, du débat des tests ADN et des expulsions en chaîne, dans une France d’un bleu devenu subitement plus sombre. Cet album, c’est d’abord la revendication de l’héritage culturel d’une première génération d’immigrés, dont on a trop souvent évoqué la démission, dont on a trop dit qu’elle n’avait rien transmis. “Nos parents n’étaient peut-être pas instruits, mais ils étaient cultivés”, lançait Mouss Amokrane le mois dernier, en ouverture du Festival toulousain de même nom, Origines contrôlées. Un événement résolument tourné vers les cultures urbaines et populaires (danse, hip-hop, slam).

De la culture à la politique
Deux jours plus tard, dans un café du quartier Arnaud-Bernard, le chanteur revenait sur cette démarche. “L’identité, c’est une histoire d’individu. On a le droit de la rejeter, mais on a autant le droit de s’appuyer dessus. À partir du moment où l’on fait ce choix-là, il faut lui rendre ses lettres de noblesse et son vrai rôle”, explique-t-il. Ces chansons d’exil et de nostalgie, qui évoquaient le bled et la souffrance du déracinement, les travailleurs algériens du Paris populaire se retrouvaient pour les chanter dans les cafés de la capitale. “Ce n’est pas une idée communautariste, loin de là : nous nous sentons à 2000% toulousains”, poursuit Mouss Amokrane. “L’entre-soi n’a pas que des côtés négatifs, se rassembler permet de se stabiliser pour affronter un monde qui t’exclut, qui te rejette et qui veut absolument te dominer, ajoute-t-il. La discrimination et le racisme sont aujourd’hui des réalités indiscutables”. Contester, s’affirmer en chantant, et montrer toute la diversité créative des quartiers de l’immigration, c’est l’objet du “Tactikollectif”, l’association fondée autour des ex-Zebda, qui emploie aujourd’hui quatre personnes. Depuis une vingtaine d’années déjà, à coups d’engagements et de festivals, la bande “travaille son expression citoyenne à partir de projet culturels”, poursuit Salah Amokrane, le grand frère... Lui, il ne chante pas. Mais il préside le collectif, et siège même au Conseil municipal toulousain depuis l’aventure électorale des Motivé-e-s, qui avait recueilli près de 13% des suffrages lors des élections de 2001. Preuve que de la culture à la politique, il n’y a parfois qu’un pas, que ces agitateurs d’idées n’ont pas hésité à faire. Le disque Origines Contrôlées, lui, a le mérite de remettre au goût du jour des chansons historiques, réarrangées à coups d’accordéon, de mandole et de ney, dans une logique de transmission d’un patrimoine longtemps oublié, voire rejeté. “Ce sont des chansons de France, conclut Mouss, même si elles n’ont sans doute jamais été perçues comme telles”. Après ce disque, elles le seront peut-être un peu plus.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés