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Par Jean Berry,
(envoyé spécial à Toulouse)
Musique. Origines revendiquées
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Mouss et Hakim Amokrane, lors
du concert de présentation
dOrigines Contrôlées.
(JEAN BERRY)
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Les frères Amokrane, anciens du groupe Zebda, reviennent avec Origines contrôlées, un disque hommage aux poètes et travailleurs algériens du Paris du siècle dernier.
Toulouse, capitale dune immigration qui na pas la langue dans sa poche... Il y a eu Zebda, dont le tube Tomber la chemise avait finalement sonné le glas, mais qui pourrait bien faire son come-back, probablement en 2009, comme nous confiait lun des proches du groupe. Puis les disques 100% Collègues, empreint de métissage, et Motivé-e-s, qui voyait Mouss et Hakim et leur bande reprendre des |
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chants révolutionnaires et partisans (Bella Ciao, La Cucaracha)... Dans le droit fil de cet engagement qui les guide, les frangins ont cette fois-ci pioché dans les vinyles de leurs parents, consacrant un album entier aux chants des travailleurs algériens du Paris des années 40 à 70. La carte de résidence de Slimane Azem, Adieu la France de Mohamed Mazouni, et même un morceau de Dahmane El Harrachi, lauteur de Ya Rayah (remis au goût du jour par Rachid Taha). Des chants dexil et de déracinement, qui semblent toujours dactualité, à lheure du durcissement des politiques migratoires, du débat des tests ADN et des expulsions en chaîne, dans une France dun bleu devenu subitement plus sombre. Cet album, cest dabord la revendication de lhéritage culturel dune première génération dimmigrés, dont on a trop souvent évoqué la démission, dont on a trop dit quelle navait rien transmis. Nos parents nétaient peut-être pas instruits, mais ils étaient cultivés, lançait Mouss Amokrane le mois dernier, en ouverture du Festival toulousain de même nom, Origines contrôlées. Un événement résolument tourné vers les cultures urbaines et populaires (danse, hip-hop, slam).
De la culture à la politique
Deux jours plus tard, dans un café du quartier Arnaud-Bernard, le chanteur revenait sur cette démarche. Lidentité, cest une histoire dindividu. On a le droit de la rejeter, mais on a autant le droit de sappuyer dessus. À partir du moment où lon fait ce choix-là, il faut lui rendre ses lettres de noblesse et son vrai rôle, explique-t-il. Ces chansons dexil et de nostalgie, qui évoquaient le bled et la souffrance du déracinement, les travailleurs algériens du Paris populaire se retrouvaient pour les chanter dans les cafés de la capitale. Ce nest pas une idée communautariste, loin de là : nous nous sentons à 2000% toulousains, poursuit Mouss Amokrane. Lentre-soi na pas que des côtés négatifs, se rassembler permet de se stabiliser pour affronter un monde qui texclut, qui te rejette et qui veut absolument te dominer, ajoute-t-il. La discrimination et le racisme sont aujourdhui des réalités indiscutables. Contester, saffirmer en chantant, et montrer toute la diversité créative des quartiers de limmigration, cest lobjet du Tactikollectif, lassociation fondée autour des ex-Zebda, qui emploie aujourdhui quatre personnes. Depuis une vingtaine dannées déjà, à coups dengagements et de festivals, la bande travaille son expression citoyenne à partir de projet culturels, poursuit Salah Amokrane, le grand frère... Lui, il ne chante pas. Mais il préside le collectif, et siège même au Conseil municipal toulousain depuis laventure électorale des Motivé-e-s, qui avait recueilli près de 13% des suffrages lors des élections de 2001. Preuve que de la culture à la politique, il ny a parfois quun pas, que ces agitateurs didées nont pas hésité à faire. Le disque Origines Contrôlées, lui, a le mérite de remettre au goût du jour des chansons historiques, réarrangées à coups daccordéon, de mandole et de ney, dans une logique de transmission dun patrimoine longtemps oublié, voire rejeté. Ce sont des chansons de France, conclut Mouss, même si elles nont sans doute jamais été perçues comme telles. Après ce disque, elles le seront peut-être un peu plus. |
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