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Par Youssef Benlarbi
Industrie vinicole. La bourse et la vigne
Chiffres clés.
350 000 hectolitres : Production annuelle moyenne de vins au Maroc, l'équivalent de 37 millions de bouteilles.
10 000 emplois : Effectifs travaillant dans le secteur de la viniculture.
220 millions de DH : Montant des recettes douanières et fiscales sur les boissons alcoolisées. |
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Les producteurs de vins
marocains parient de plus en plus
sur le haut de gamme.
(DR)
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Alors que les indicateurs économiques de l'industrie vinicole sont au vert, la schizophrénie juridique entourant la commercialisation dalcools reste de mise. Organisée récemment à Meknès, la Fête des vignes a relancé le débat.
Quelle est la particularité de Meknès ? Hormis son histoire, dont Bab El Mansour reste lun des monuments, et son statut d'unique mairie tenue par le PJD, la région est surtout connue pour ses vignes. Si les vins marocains sont appréciés par les consommateurs, c'est en grande partie grâce à cette région qui, profitant d'une situation et d'un climat |
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propices, a su développer un véritable savoir-faire en la matière. Un savoir-faire qu'autorités, acteurs du secteur et opérateurs touristiques régionaux veulent désormais faire connaître. Avec la reprise, cette année, de la Fête des vignes, c'est désormais chose faite. La manifestation, organisée il y a deux semaines, et qui se veut désormais annuelle, a pour dessein de renseigner sur le développement que connaît le secteur et sur la qualité de certains crus marocains.
Depuis la fin des années 1980, la production de vins a plus que doublé, et la qualité a suivi : après avoir été longtemps étiqueté comme ordinaire, le vin marocain passe désormais, pour près de 50% de la production, pour un vin de qualité supérieure.
Meknès, capitale vinicole du Maroc
Dans cette embellie, la région Meknès-Tafilalet joue le rôle de locomotive. À elle seule, elle représente 70% de la production vinicole nationale. Daprès une étude réalisée par la Mission économique française au Maroc, celle-ci se situerait entre 300 000 et 400 000 hectolitres selon les années, soit une moyenne de 37 millions de bouteilles (dont 78% de vin rouge, 18% de vin gris et de rosé, et seulement 4% de blanc). Avec ses cinq entreprises de vinification, Meknès-Tafilalet produit près de 61 633 tonnes de raisin de cuve et 21 000 tonnes de raisin de table. Outre lEtat, à travers la Sodea (qui gère, directement ou indirectement, 65% des vignobles de cuve et assure 46,5% de la production de vins), cest le groupe Les celliers de Meknès - justement l'un des initiateurs de la Fête des vignes- qui tient le haut du pavé. Pour ce haut responsable du groupe de Brahim Zniber (qui a également racheté Ebertec et Thalvin), le secteur doit son saut qualitatif à cette société, qui offre depuis 2001 la seule Appellation dorigine contrôlée (AOC) marocaine et le 1er grand cru classé du pays, les Côteaux de lAtlas. Dautres sociétés, notamment étrangères, se sont également positionnées sur la qualité. Cest le cas de Castel. La production globale du groupe français sélève à près de 100 000 hectolitres. Celle-ci est largement constituée de vins en vrac, destinés à lexport, mais plusieurs vins sont désormais proposés sur le marché marocain (20% de la production, soit 2,7 millions de bouteilles). Certains se sont même placés dans le très haut de gamme. Cest le cas notamment de Vininvest, située dans la région dEl Hajeb (toujours à Meknès), qui table à terme sur 4000 hectolitres de vins de haute qualité.
Ambiguïté juridique
Du point de vue économique, tout va pour le mieux pour l'industrie vinicole. Comptant quelque 10 000 emplois stables, le secteur a enregistré un chiffre daffaires d'un milliard de dirhams. Tout en étant acteur du secteur, lEtat en tire également une manne financière considérable. En effet, les taxes sur les vins et spiritueux lui rapportent annuellement plus de 220 millions de dirhams. Mais politiquement, cest une autre paire de manches. Dès lannonce de la tenue de la fameuse Fête des vignes, les islamistes du PJD, bien implantés dans la ville ismaélienne (avec quatre députés, en plus du maire Aboubakr Belkora), ont commencé à tirer à boulets rouges sur ses initiateurs, qualifiant lévénement dapologie à Oum Al Khabaïte, littéralement la mère des vices. Les autorités touristiques ne se contentent pas d'encourager une industrie catégoriquement bannie par l'islam. Elles vont jusqu'à lui organiser des campagnes de publicité, pouvait-on lire dans une édition du quotidien d'obédience islamiste Attajdid. Cette critique relance un débat vieux de plusieurs décennies, autour d' une schizophrénie bien marocaine : celle d'interdire la vente dalcools aux musulmans dans les textes de loi, tout en la tolérangt largement dans la pratique. D'après l'arrêté minstériel du 17 juillet 1967, toujours en vigueur, les boissons alcoolisées ne peuvent être vendues quaux non-musulmans. Qui se bouscule alors devant les marchands dalcools et dans les caves des supermarchés au risque dêtre embarqué par un fourgon de police à la sortie ? Mieux encore, dans bon nombre de quotidiens et de périodiques marocains, dirigés par des Marocains et destinés à des Marocains, la publicité des alcools est omniprésente. Sacerdoce et négoce, le ménage de raison est difficile, mais légal , analyse Fouad Rhouma, universitaire et auteur du Statut de lalcool dans limaginaire social des musulmans, une étude où le Maroc est cité comme exemple des contradictions ambiantes dans toute la région. Autre lieu, même ambiguité. Dans les bars, régis par une loi datant de mai 1937, actualisée dans les années soixante et soixante-dix avec un décret du Premier ministre de 1977. Protégé à lintérieur dun bar, tout consommateur ne saurait prédire ce quil adviendrait de sa personne une fois au dehors. Dès le moment où il quitte le lieu, et ne serait-ce que le temps de héler un taxi, cette personne se trouve exposée au risque dinculpation pour ivresse manifeste sur la voie publique, ajoute Fouad Rhouma, non sans ironie. Si entre impératifs économiques et liberté individuelle dun côté, et faux débat de lautre, le choix est vite fait, ladaptation de larsenal juridique par rapport à la commercialisation des produits alcoolisés, elle, ne semble pas être à lordre du jour. En attendant, le PJD ne rate aucune occasion pour appeler à une interdiction formelle de la vente dalcools. En face deux, ils sont bien rares à oser défendre le contraire. |
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Alcools. La bière, les spiritueux et les autres
Autre breuvage alcoolisé à succès au Maroc, la bière. Ce marché obéit aujourd'hui à un monopole de fait des Brasseries du Maroc, rachetées en 2003 à lONA par le groupe Castel. La production avoisine les 900 000 hl/an, permettant de couvrir la quasi-totalité de la demande locale. En effet, les importations ne représentent pas plus de 1200 à 1300 hl chaque année, notamment en provenance dEspagne, dAllemagne ou de France. Relativement faible, le marché des spiritueux est dominé par les importations de whisky, en provenance du Royaume-Uni. La vodka (Suède, Italie et France), le gin (Royaume-Uni et Espagne) sont les boissons alcoolisées qui ont connu la plus forte progression de leurs importations au cours des cinq dernières années. Les spiritueux sont pour lessentiel importés par une dizaine de sociétés, bénéficiant de contrats dexclusivité et assurant la distribution auprès des bars, hôtels et restaurants, des épiceries et des circuits de la grande distribution. Celle-ci importe parfois directement certains vins lorsque les volumes le justifient. Les droits de douane (autour de 30%, exception faite des spiritueux) et les taxes sur les alcools demeurent élevés, avec une nomenclature longue comme un jour sans pain : taxe intérieure à la consommation, taxe parafiscale, vignette fiscale, TVA spécifique, TVA sur la valeur dédouanée du produit et même une taxe parafiscale du
Croissant rouge marocain. Résultat : le renchérissement des produits légalement importés, restreignant le marché à une minorité de consommateurs et ouvrant grandes les portes à une contrebande largement développée. |
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