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Par Nadia Lamlili
Politique. Le patchwork islamiste
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Mohamed Khalidi, SG du Parti de la
renaissance et de la vertu.
(TNIOUNI/NICHANE)
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La non-victoire du PJD aux législatives oblige les trois hizbicules qui ont grandi dans son ombre à se poser une question existentielle : que faire ?
Al Badil Al Hadari, Hizb Al Oumma, le Parti de la renaissance et de la vertu (PRV). Le premier est sorti bredouille de laventure électorale, et le deuxième ny a même pas pris part, puisque non reconnu (quoique toléré). Seul le PRV a sauvé lhonneur en plaçant linénarrable Abdelbari Zemzmi parmi les pensionnaires de lhémicycle. Un élu pour trois, la moisson est faible, voire ridicule, quand on sait que la bande des trois ambitionnait de grignoter du terrain sur le grand frère, le PJD.
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Al Badil, Al Oumma et le PRV sont-ils pour autant menacés de disparition, au lendemain de ce cuisant échec ? Absolument pas !, saccordent à répondre les observateurs qui ont accompagné lévolution des trois partis, qui ont grandi à lombre du PJD. Lexistence même de petits partis reste une constante de la vie politique marocaine. Al Badil, Al Oumma et le PRV rendent par ailleurs possible le regroupement de courants et de personnalités islamistes qui ne partagent pas la vision du PJD, et qui nadhèrent pas non plus à la position radicale dAl Adl Wal Ihsane à légard du Pouvoir. Lalternative au PJD (et au parti de la Jamaâ de Yassine) reste, sur le papier du moins, crédible. Mais de quoi est-elle réellement faite, et comment se décline-t-elle sur le terrain ?
Islamisme ou populisme ?
Fort de la réussite du candidat Zemzmi, lancien imam de la Mosquée Al Hamra à Casablanca, le PRV a déjà annoncé la couleur en réitérant son intention
de recruter plus de oulémas et dimams pour les présenter aux municipales de 2009. Explication du secrétaire général du parti, Mohamed Khalidi : Pendant les législatives, déjà, nous avons demandé à ce que 10% des sièges du Parlement soient réservés à ce quon peut appeler des hommes de foi. Cest important si on veut moraliser la vie en société et faire adhérer les intégristes qui ne se reconnaissent pas dans le discours laïc de lEtat. Pour plus de précision, Khalidi se contente dajouter quil est impératif de sauver le pays en rétablissant le dialogue entre les différents pans idéologiques de la société. Difficile dêtre à la fois plus vague et moralisateur. La seule manière de se faire une idée plus claire de cette moralisation de la société réclamée par Khalidi aurait été une déclaration publique de son représentant au Parlement : Zemzmi. Or, depuis son élection, la coqueluche du gotha religieux distille ses sorties médiatiques au compte-gouttes. On ne lui offre pas souvent loccasion de sexprimer parce quil est tout seul et quil a choisi de nadhérer à aucun groupe parlementaire, argumente Khalidi. Est-ce vraiment la seule raison ? Dans les coulisses du Parlement, on rapporte que Khalidi et Zemzmi sont en froid et que lancien imam serait en passe de quitter le parti. Allégation démentie par les concernés. Contacté, Zemzmi revendique toujours son appartenance au PRV. Quant à Khalidi, il semploie à encenser son poulain, prenant sa défense de la manière la plus surpre-nante qui soit : Les gens ne lont pas très bien compris, Zemzmi. Très peu savent quil adore Oum Kaltoum et quil aime chanter. Très sincèrement, je crois que cest lui qui pourra mener la guerre contre les intégristes. En tout cas, il est clair que Khalidi espère toujours attirer (dautres icônes religieuses) et fédérer (les masses populaires) autour du phénomène Zemzmi. Ce serait logique si le PRV veut se donner de la visibilité et se démarquer davantage du PJD dont il est issu, confirme ce chercheur. Demain, donc, le terrain de chasse du parti de Khalidi devrait sétendre aux anciens membres de la Chabiba islamiya, aux oulémas, sans oublier, bien entendu, les mécontents du PJD. Vaste programme.
Des islamistes
de gauche ?
Les enjeux sont différents pour Al Badil Al Hadari et le Parti dAl Oumma. Les deux formations partagent un référentiel démocratique qui les rapproche davantage de la gauche radicale que des mouvances islamistes à caractère populiste. Leur discours remet même en question le clivage historique entre la religion et les idées de gauche. La démocratie na pas de religion. On est démocrate ou on ne lest pas !, tranche Mustapha Moâtassim, secrétaire général dAl Badil. Pour preuve, son parti est prêt à sallier, affirme-t-il, à tous les démocrates, quils soient athées, laïcs ou libéraux. Conviction que partage Mohamed Marouani, du Parti dAl Oumma : Les élections ont montré lurgence de lédification dun Etat de droit, basé sur de vraies réformes institutionnelles. En fait, cette attirance entre islamistes et hommes de gauche nest pas une nouveauté, comme lexplique le chercheur Abdellah Tourabi. Parmi les références de ces deux partis, figure lexpérience historique de la théologie de la libération en Amérique latine, où des membres du clergé se sont alliés aux mouvements de gauche pour faire face à la dictature militaire, analyse-t-il.
Au sein du PSU, on aime dailleurs rappeler quAl Oumma et Al Badil ont organisé leurs congrès constitutifs dans les locaux du parti de gauche. Et les amis de Mohamed Moujahid font partie de la commission de soutien de Marouani dans sa bataille pour décrocher le fameux récépissé du ministère de lIntérieur. Et comme le PSU, Al Oumma et Al Badil appellent à une réforme constitutionnelle, même sil y a divergence sur son étendue et son urgence. Mais tout nest pas aplani pour autant. Les deux partis nont pas pu percer, parce quils ne surfent pas sur le populisme pratiqué par le PJD ou Al Adl Wal Ihsane. Ils utilisent des termes démocratiques que le peuple ne comprend pas toujours, analyse Mohamed Sassi, un des fondateurs du PSU. Si lunion avec la gauche est impossible, est-elle envisageable avec le grand frère du PJD ? Il ny aura pas de front islamiste au Maroc, tranche sèchement Jamaâ El Moâtassim, membre du secrétariat général du PJD, excluant pour le moment tout rapprochement avec Al Badil, Al Oumma, ou même le PRV.
Il ne reste plus, comme nous la expliqué le numéro 1 dAl Badil, quà envisager un éventuel pôle démocratique incluant (outre Al Badil et Al Oumma) des partis de droite comme Forces citoyennes et Alliances des Libertés. Mais sans le MP et lUC, et sans, surtout, le groupe (et demain parti ?) de Fouad Ali El Himma. Lui (El Himma), il sest invité sur la scène politique et suscite beaucoup de réserves parmi nous. Personnellement, je ne le connais pas, mais je me demande comment il a pu encourager la transhumance vers son groupe, alors que cest lui qui lavait interdite dans la loi sur les partis politiques quand il était au gouvernement, dixit le secrétaire général dAl Badil ! |
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Petits partis. La solution El Himma, sinon rien
Rejoindre le groupe de Ali El Himma est pour nous une décision politique. La réflexion, solennelle, est de Ali Belhaj, président dAlliance des libertés (ADL). Mais avec ses deux députés, le parti avait-il vraiment dautre choix que de rejoindre El Himma ? Entre adhérer au groupe Assala Wa Mouâssaraet se résigner à rester invisible au Parlement (le droit de parole à lhémicycle est accordé en priorité aux groupes), lAlliance de Belhaj a choisi sans surprise la première option. Même si ADL pourrait, demain, disparaître si El Himma décidait de créer son propre parti ? Je naime pas extrapoler une question (transformation du groupe El Himma en parti politique) qui nest pas dactualité, répond, prudemment, Ali Belhaj, preuve que le sujet est sensible. De tous les petits partis sans groupe parlementaire, seuls les travaillistes de Abdelkrim Benatiq et les socialistes du PSU résistent encore au magnétisme du groupe dEl Himma. Ceux qui ont rejoint, dune manière ou dune autre, El Himma, risquent de ne plus exister en tant que partis, tonne, sentencieux, cette source au PSU. Et sil avait raison ? |
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