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Par Majdoulein El Atouabi,
(envoyé spécial à Paris)
Musée. Limmigration sexpose
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Photos, tableaux, objets :
lexposition permanente rassemble
des éléments hétéroclites, donnan
au musée des allures de bazar.
(AWATEF CHENGAL)
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Inauguré à Paris, au terme dune longue et difficile gestation, le nouveau Musée de limmigration ambitionne de réconcilier la France avec ses immigrants. La tâche sannonce difficile.
Si vous passez par le Musée de limmigration, récemment installé dans le Palais de la Porte Dorée, à Paris, ny cherchez pas de pavillon marocain. Il ny en a pas ! Ny cherchez pas non plus de pavillon dédié à limmigration algérienne, italienne ou polonaise. Cest que, après mûre réflexion, les concepteurs des lieux ont choisi de classer les différentes vagues migratoires vers la France, durant les deux derniers |
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siècles, par ordre chronologique. Nous ne voulions pas raconter lhistoire des différentes communautés dimmigrés qui vivent en France, mais plutôt celle de limmigration comme phénomène sociétal unique et indivisible, transcendant les origines et les ethnies, déclare Jacques Toubon, ancien ministre français de la Culture et actuel président du Conseil dorientation de la Cité nationale de lhistoire de limmigration. Une seule et unique immigration, et non pas plusieurs. Tel est en effet le message qui se dégage de lexposition permanente de ce musée, dont la naissance a pris près dune vingtaine dannées de gestation. En effet, lidée dun musée sur limmigration remonte à 1989. Zaïr Kedadouche, conseiller municipal dorigine algérienne à Aubervilliers, nourrit le rêve, fantaisiste à lépoque, de créer un musée pour valoriser limmigration en la réhabilitant dans la mémoire nationale française. Lidée trouve un écho favorable auprès dun collectif dhistoriens et de militants associatifs, qui se chargent de la relayer dans lopinion publique, mais également auprès des plus hautes instances étatiques françaises. Mais à l'Elysée, où siège alors François Mitterrand, comme dans les ministères, le projet trébuche sur la frilosité d'une gauche française obsédée par la montée en puissance du Front national et de son idéologie xénophobe. Et même la création, en 1992, de lAssociation pour un musée de limmigration ny change rien. Le dossier est définitivement rangé dans les tiroirs de la République, où il va moisir six années durant, avant den ressortir, en 1998, à la faveur
de la victoire du onze français au Mondial 98.
Black, blanc, beur !
Black, blanc, beur !, scandait alors une France désormais décomplexée, après avoir longtemps butté sur lépineuse question de limmigration. Le gouvernement de lépoque surfe opportunément sur la vague, en engageant plusieurs chantiers pour donner un nouveau souffle à la politique dintégration. Mais celui du Musée de limmigration ne sera réellement lancé quen 2003, à linstigation dun certain Jacques Chirac. Fraîchement réélu, face au chef du Front national, Jean Marie Le Pen, le président français décide de prendre sérieusement les choses en main. Il confie à Jacques Toubon la présidence et la mise en place du projet dun Centre de ressource et de mémoire de limmigration. Lobjectif était clair. Il sagissait de faire connaître lapport des immigrés, souvent ignoré, à la construction et à lhistoire de la France, explique ce dernier. En 2004, le nouveau musée prend ses quartiers dans le Palais de la Porte Dorée. Ce même Palais, ironie du sort, avait abrité en 1931 lExposition coloniale de Paris. Simple maladresse ou pied de nez volontaire à lhistoire du colonialisme ? On nen saura rien. Ce qui est en revanche évident, cest que la matérialisation de ce projet, avec un contenu réel et matériel, sannonce demblée comme une tâche très difficile. Comment matérialiser ce phénomène vivant, visible, mouvant, parfois immatériel quest limmigration ? Cétait effectivement le défi auquel nous devions faire face pour doter ce musée dun contenu, se rappelle Jacques Toubon. Autrement dit, peut-on muséifier limmigration, phénomène sociétal en constante transformation, sans tomber dans le cliché ? La réponse à cette question se trouve désormais dans les allées de la Cité nationale de lhistoire de limmigration. Intitulée Repères, lexposition permanente rassemble des objets et des éléments hétéroclites qui, parfois, donnent au lieu des allures de bazar. Photos anciennes et récentes, témoignages audio et télévisuels, et, surtout, une multitude dobjets (piochés on ne sait où) qui retracent le quotidien passé et contemporain des immigrants. Dans ce bric-à-brac, se côtoient des postes radio, de vieux jouets, des gazinières, des casseroles, des valises et même les fameux sacs en plastique rayés Tati, si familiers pour nous autres maghrébins. Cette multitude qui, au départ, peut sembler incohérente, s'avère plutôt efficace. Soigneusement agencé, ce fouillis dobjets permet en effet au visiteur dentrevoir lunivers de ces hommes et de ces femmes venus dailleurs, à la recherche dun avenir meilleur.
Goût dinachevé
Mais le grand mérite de lexposition est davoir su contourner, avec finesse, lécueil du communautarisme. Hormis lexposition provisoire, consacrée cette année à limmigration arménienne, vous ne trouverez nulle part des classements par ordre ethnique, religieux ou autre, prévient Ratiba Kheniche, la responsable de la communication. Nous avons voulu ce musée comme une sorte de creuset, où toutes les immigrations se mélangent pour donner un seul et même alliage, comparable à la population de la France daujourdhui, philosophe, de son côté, Jacques Toubon. Se gardant de répertorier les immigrés selon leurs origines, le nouveau musée préconise ainsi une démarche chronologique ventilée en différentes thématiques. Parmi ces dernières, celle de la religion met en scène aussi bien la mosquée, que le temple bouddhique, la synagogue ou léglise orthodoxe, alors que celle du travail dessine le tableau idyllique dune cohabitation entre mineurs dorigine belge, marocaine ou polonaise dans les mines de charbon. Trop beau pour être vrai ? Voire.
Revers de la médaille, sans doute dans une volonté de minimiser les risques de malentendu, les promoteurs du musée ont fini par (trop) lisser certains reliefs de limmigration française. Labsence de positionnement sur des questions dactualité (immigration clandestine, image de lislam dans la société française, cohabitation entre anciennes et nouvelles vagues dimmigrants
) donne au au Musée de limmigration un goût dinachevé. |
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Zoom. Jacques lAfricain
Le hasard du calendrier a voulu que le Musée de limmigration soit inauguré en pleine controverse sur ladoption, par le Sénat français, dune loi autorisant le recours aux tests ADN pour contrôler la filiation dans les dossiers de regroupement familial. Cette polémique, qui intervenait tout juste après celle de la création par le président Nicolas Sarkozy dun ministère de lImmigration et de lIdentité nationale, a eu un impact direct sur louverture du Musée. Le 9 octobre 2007, date de son inauguration officielle, aucun représentant du gouvernement nétait en effet présent.
Ni Brice Hortefeux, pourtant ministre de lImmigration, et encore moins Nicolas Sarkozy, nont daigné se déplacer. Dignes représentants de la gauche française, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, et François Hollande, secrétaire général du Parti socialiste, sont les seuls à être venus affirmer leur soutien à une institution voulue par lex-président de droite Jacques Chirac. Celui-là même qui viendra quelques jours plus tard, le temps dune matinée, visiter très discrètement un musée quil a voulu et quil aurait tant aimé inaugurer sous son mandat. |
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