Benslimane & Co. Mais où sont les mandats d'arrêt ?
Politique. Le patchwork islamiste
Débat. "Et si on légalisait l'avortement ?"
Tarik Sektioui : "Je suis de retour"
Reportage. Sur la route du safran
Internet. La "Facebookmania" au Maroc
Musée. L'immigration s'expose
France. L'automne des grèves
Industrie vinicole. La bourse et la vigne
Portrait. Rêves de Bollywood
Phénomène. Ragga, et plus si affinités
Scène. Les contes de Halima
Musique. Origines revendiquées
N° 299
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri,
correspondant en France

France. L’automne des grèves

Les usagers du métro parisien
ne sont pas encore au bout
de leurs peines.
(AFP)

Une crise sociale paralyse la France depuis 10 jours. Si les négociations sont entamées avec les syndicats des cheminots, les mouvements de grève des fonctionnaires et des étudiants continuent.


ça coince de partout en France ! Il y eut d’abord le mouvement de grève à la SNCF et la RATP, contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, puis le ras-le-bol des fonctionnaires, mardi, pour des revendications salariales, et ensuite la grogne persistante des étudiants contre la loi Pécresse… En France, la crise sociale bat son plein. Mais
une première faille a fissuré le mur gréviste : plusieurs syndicats SNCF ont accepté des négociations avec le gouvernement, laissant espérer une sortie de crise pour mercredi. Et jeudi, le président Nicolas Sarkozy devait contre-attaquer, à la télé, sur l’autre grand sujet qui inquiète les Français : le pouvoir d’achat. Les Français sont excédés par la grève dans les transports. D’après un sondage, 60% d’entre eux seraient opposés à cette grève qui dure depuis dix jours. Pourtant, après la mobilisation réussie du 18 octobre, les syndicats de la SNCF, RATP et EDF avaient prévenu : ils remettraient le couvert en novembre. Mais cette nouvelle grève s’effrite au fil des jours : de 46%, le nombre de cheminots grévistes est tombé mardi à 27%. Le gouvernement reste inflexible : il veut fermer le robinet des régimes spéciaux. Faute de quoi, “c’est le système de retraite entier qui menace de craquer”. François Fillon veut aligner ces régimes spéciaux sur le régime général, en portant la durée de cotisation de 37,5 ans à 40 ans d’ici à 2012.

Régimes spéciaux, mode d’emploi
En fait, ces régimes sont dits spéciaux car ils offrent des avantages à des métiers jugés pénibles. Il existe sept grands régimes spéciaux en France : marins, Banque de France, EDF-GDF, mines, cheminots, fonctionnaires civils et Comédie française. La plupart ont été créés avant la Seconde guerre mondiale pour compenser la dangerosité de ces métiers. Les fonctionnaires, mineurs ou artistes sont privilégiés, avec des retraites anticipées et une durée de cotisation plus courte. Sauf qu’aujourd’hui, le gouvernement tire la sonnette d’alarme : ces régimes spéciaux rassemblent 1,1 million de retraités pour seulement 470 000 actifs. Ils sont déjà financés à 59% par des subventions de l’Etat. Pire, leur besoin de financement passerait de 7 milliards d’euros en 2003 à 10,3 milliards en 2020, puis à 12,8 milliards en 2050. D’où la nécessité d’une refonte.

Jusqu’ici, les gouvernements successifs se refilaient la patate chaude. En 1991, Michel Rocard fut le premier à préconiser un allongement de la durée des cotisations et une réduction du montant des pensions. En 1993, les salariés du privé ont franchi le pas, alors que les fonctionnaires et les salariés bénéficiant des régimes spéciaux ont freiné des quatre fers. Alain Juppé, qui s’est attaqué à ce dossier épineux en 1995, en sait quelque chose. Sa réforme a été accuellie (et neutralisée) par des manifestations monstres et des grèves qui ont bloqué le pays. Fillon réussira-t-il là où Juppé a failli ?

Après les cheminots, les fonctionnaires
Les grévistes, surtout dans les transports, ont commencé à lâcher du lest cette semaine, car ils savent que leur mouvement devient impopulaire chez les Français. La mécanique de la négociation est enclenchée à la SNCF et EDF-GDF, avec la participation de la CGT. Le gouvernement a promis de discuter mercerdi avec les syndicats “s’il y a bien une dynamique de reprise de travail”, a expliqué Xavier Bertrand, le ministre du Travail. Nicolas Sarkozy veut bien négocier sur des points précis (réforme du fret à la SNCF, pratiques sociales, pénibilité…), mais il ne transige pas sur les “lignes rouges” de la réforme : l’alignement sur le régime général, la décote et l’indexation. Quant aux fonctionnaires, ils ont manifesté, mardi, contre une suppression d’emplois (22 900 en 2008) et réclamé une hausse des salaires. L’agitation touche aussi les universités, où les étudiants protestent contre la loi Pécresse, qui conduirait, selon eux, à une privatisation de l’enseignement. L’accalmie de la météo sociale ne semble pas près de se rétablir.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés