Benslimane & Co. Mais où sont les mandats d'arrêt ?
Politique. Le patchwork islamiste
Débat. "Et si on légalisait l'avortement ?"
Tarik Sektioui : "Je suis de retour"
Reportage. Sur la route du safran
Internet. La "Facebookmania" au Maroc
Musée. L'immigration s'expose
France. L'automne des grèves
Industrie vinicole. La bourse et la vigne
Portrait. Rêves de Bollywood
Phénomène. Ragga, et plus si affinités
Scène. Les contes de Halima
Musique. Origines revendiquées
N° 299
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Maria A. Daïf

La semaine.

John Hurt
(AFP)

Festival de Marrakech. Nouvelles du front


Quelques jours avant le démarrage de la 7ème édition du Festival international du film de Marrakech, on en sait un peu plus sur cette messe du cinéma et des paillettes. D’abord un jury prestigieux comme à l’accoutumée : le réalisateur tchèque Milos Forman sera entouré, entre autres, du réalisateur marocain Hamid Bennani, de l’acteur britannique John Hurt et du réalisateur français Claude Miller. Le jury aura à visionner pas moins de 14 films de 14 nationalités différentes (Estonie, Algérie, Maroc, Chine, Serbie, Mexique…). À l’honneur cette
année, un cinéma du monde et un cinéma jeune, puisque les films en compétition sont pour la plupart des premières réalisations. Ensuite, et en plus d’une programmation “coup de cœur” regroupant huit films récents (dont En attendant Pasolini du Marocain Daoud Aoulad Syad), d’un large panorama du cinéma marocain, l’hommage au cinéma égyptien sera le clou de cette édition à travers une programmation passant en revue 100 ans de cinéma. Si vous êtes de passage à Marrakech, vous pourrez ainsi redécouvrir, entre autres merveilles du cinéma égyptien, Gare centrale de Youssef Chahine, Douâa Al Karawane de Henry Barakat, Khally Balak Min Zouzou de Hassan Al Imam ou encore Al Karnak de Ali Badrakhan. Ingmar Bergman, Michelangelo Antonioni et le producteur tunisien Ahmed Bahaa Attia, trois grandes figures disparues cette année, seront également à l’honneur à travers la projection de quelques- uns de leurs films. Alors, qui a dit que le FIFM était juste un festival de pipole et de paillettes ?


Sortie. Redford...on adore

Réalisateur et reconnu comme tel depuis Des gens comme les autres (1980), son premier film derrière la caméra, Roberd Redford fait partie, avec Clint Eastwood, du club fermé des belles gueules américaines qui ont réussi leur reconversion dans la réalisation. Fervent défenseur du cinéma indépendant, il tient tête, depuis le début de sa carrière, à Hollywood et ne s’en cache pas. Quant à ses prises de position, démocrates et ouvertement anti-Bush, Redford ne s’est jamais gêné pour les afficher. Avec Lions et Agneaux, il enfonce le clou et dénonce clairement la politique guerrière de son pays. Dans cet opus, Redford, qui joue lui-même le rôle d’un professeur légèrement moralisateur, dirige Meryl Streep qui, elle, campe une journaliste s’acharnant à démontrer les mensonges du jeune sénateur républicain et cynique, incarné par Tom Cruise. Avec en toile de fond une Amérique en guerre, Lions et Agneaux raconte l’histoire de six Américains concernés de près ou de loin par la guerre (américaine) contre le terrorisme. Si vous aimez les films utiles et engagés, celui-ci est pour vous.

Lions et Agneaux, au Mégarama. du 21 au 27 novembre.



Soirée. Dansez utile

La très active antenne marrakchie de l’Association de lutte contre le sida organise une soirée le 14 décembre prochain à Dar Soukkar, en marge du Festival international du film de Marrakech. “Les bénéfices seront reversés à l’ALCS” , nous a déclaré Nadia Rafif, directrice de la section locale de l’ALCS. Au programme, Rachid Ben Abdeslam, contre-ténor, poussera la chansonnette aux côtés de Françoise Atlan, artiste spécialisée dans les romances séfarades. Un pot-pourri musical qui rassemblera également le percussionniste Emmanuel Santarromana, ainsi que les rappeurs 100% cru local, DJ Van, Ktone et Brada. La danseuse Noor devrait aussi être de la fête.

Infoline au 024 43 98 43.



Verdict. Le Royaume libéré

Le Royaume, superproduction américaine dont la distribution au Maroc semblait un moment compromise, est enfin sorti en salle cette semaine. La sortie du film qui devait se faire en même temps qu’en France (le 31 octobre 2007), aurait été expressément ralentie par le Centre cinématographique marocain, qui a pris son temps avant de délivrer le fameux visa d’exploitation au distributeur. Raison du retard, non affichée mais évidente aux yeux du distributeur : The Kingdom, interdit dans plusieurs pays arabes, n’y va pas de main morte concernant les liaisons dangereuses entre nos amis Saoudiens et les Etats-Unis : “Le CCM, a voulu jouer un rôle qui n’est pas le sien, celui de ménager les relations maroco-saoudiennes. S’il a fini par nous délivrer le visa d’exploitation, c’est parce que nous avons mis la pression qu’il fallait”, nous dit-on du côté de Mégarama, distributeur du film. Rien que pour ça, le film mérite d’être vu.


Expo. Le dépucelage de Mouride

“J’ai toujours été peintre, mais c’est la première fois que j’ose exposer mes travaux”, explique, nerveux, Abdelaziz Mouride. À 58 ans, l’artiste accepte donc l’idée d’être “dépucelé” parce que, comme il nous l’explique, “cela devait bien arriver un jour ou l’autre”. La peinture de Mouride est un peu le prolongement de ses dessins (les BD “On affame bien les rats” et “Le Coiffeur”) : un univers toujours aussi sombre, parfois violent, dominé par la répression. Car l’homme est resté le même : un Marocain comme les autres, qui a été privé de dix ans de sa vie pour “délit d’opinion”. “Ma peinture, c’est un peu mes fantasmes, mes transferts, mes projections”, explique encore l’artiste. Une peinture finalement très dessinée, qui renvoie indiscutablement à l’enfermement. “Mais l’enfermement, ce n’est pas forcément la prison, c’est aussi l’individu, sa tête, son intérieur”, tranche Mouride, dont l’univers va bien plus loin que le simple “carcéral”. À découvrir.

“Mur et murmures”, actuellement à la Galerie d’art Nouiga, Rabat.



Musique. Aldebert en concert

Les publics de Casablanca, Meknès et Marrakech vont pouvoir apprécier rimes et rythmes : les Instituts français de ces villes accueillent du 27 au 30 novembre prochains l’artiste français Aldebert. Si son nom ne vous dit pas grand-chose, il est temps de découvrir ce chanteur “un peu ado, un peu adulte” qui puise ses inspirations dans les chansons d’un Brel, d’un Brassens ou encore d’un Gainsbourg. Tantôt rock tantôt reggae, les albums d’Aldebert sont des morceaux de vie qu’il partage avec le public : “Plateau Télé” en 2000, “Sur place ou à emporter” en 2003, “L’année du singe” en 2004 et enfin “Les Paradis indisponibles”, font dans la nostalgie comme dans la gaieté. Après les passages d’artistes tels qu’Emilie Simon ou encore Dionysos, c’est Aldebert qui vient dépoussiérer les scènes des Instituts français avec ses shows énergiques. À ne pas rater...

Mardi 27 novembre, 20h30, concert au Théâtre de l’IF de Marrakech.
Mercredi 28 novembre, 20h30, concert à la Salle Touria Sekkat.
Jeudi 29 novembre, 18h30, rencontre à la Cafet’ de l’IF de Meknès.
Vendredi 30 novembre, 19h, concert au Théâtre de l’IF de Meknès.



Atelier. Les petits frères Lumière

La passion n’attend pas : de décembre à juin, la Villa des Arts de Rabat accueille l’atelier “Cinéma pour jeunes”. Encadrée par Rachid Kacimi, réalisateur et enseignant à l’Institut spécialisé du cinéma et de l’audiovisuel (ISCA) et la camérawoman Barbara Teslar, cette masterclass précoce prend une quinzaine de 7-14 ans par la main pour leur faire découvrir histoire du 7ème Art, analyse cinéphilique, étapes de fabrication d’un film, métiers du cinéma et secteur marocain en particulier. Une fois nourris d’extraits de Baba Amine (Youssef Chahine, 1949), La Guerre des boutons (Yves Robert, 1961) ou encore De l’autre côté du fleuve (Mohamed Abbazi, 1982), les bambins s’attelleront à la réalisation d’un petit film vidéo de 3 mn. Jamais trop petit pour le grand écran !

Les mardis à 17h, Villa des Arts, Rabat. Tél. 037 66 85 79



Peinture. El Kahfaï, comme un grand

El Kahfaï fait partie de cette jeune génération d’artistes peintres marocains qui ne saurait tarder à marquer de son empreinte la peinture marocaine moderne. Natif de Marrakech et lauréat de l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Tétouan, il s’adonne très tôt au dessin et à la peinture et expose dès 1987. La force d’El Kahfaï : sans renier le travail de ses aînés, il arrive pas à pas à tracer son propre chemin. Hanté par la condition humaine, il est l’auteur d’une série de portraits à la fois sombres et émouvants, montrant des personnages aux contours trahissant un désarroi dans lequel les critiques ont vu l’émergence douloureuse de l’individu dans notre société. La très active galerie marrakechie Noir sur Blanc a pris le pari d’exposer El Kahfaï. A raison.

Jusqu’au 10 novembre à la galerie Noir sur Blanc à Marrakech.



Jeux vidéo. La Moroccan Touch

L’éditeur français de jeux vidéo, Ubisoft, vient de lancer un énième épisode de son best-seller Rayman, intitulé “Rayman et les Lapins encore plus crétins”. Particularité : le jeu vidéo a été signé par une équipe 100% marocaine, puisqu’il a été développé par le studio casablancais d’Ubisoft. Une quarantaine de designers, artistes et programmeurs bien de chez nous ont travaillé sur le projet une année entière. Et le résultat semble satisfaire : Ubisoft s’apprête à démarrer, dès janvier 2008, un partenariat avec des écoles d’art et d’informatique au Maroc, pour la mise en place d’une filière de formation à l’industrie des jeux vidéo. Et pour cause : Ubisoft va agrandir son studio de Casablanca, avec le recrutement de 150 nouveaux collaborateurs d'ici 2010.


Le livre.

Le târ, sorte de rebab à double caisse de résonance, reconnaissable à ses deux ouvertures qui se rejoignent pour former un huit, est l’instrument des mystiques perses. Lorsque le grand joueur de târ, Barbe blanche, disparaît, son aîné Hossein se lance dans une quête d’identité, où, porté par l’obsession de l’instrument, il goûtera la vengeance d’un autre héritier. En partant pour Ardabil, Hossein emmène avec lui son jeune frère Nur, un des multiples narrateurs embarqués dans ce périple. Dans ce récit polyphonique, l’auteur puise dans la succession des tableaux descriptifs une rythmique épatante. Le deuxième roman de Yasmina Ghata confirme les espérances suscitées après l’excellent La nuit des calligraphes.

Yasmine Ghata, Le târ de mon père, Fayard/rentrée littéraire.




Humeur.
Le vin mauvais

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Attajdid a fustigé cette semaine la Fête de la vigne célébrée à Meknès. On ne peut en tenir rigueur au journal officieux du PJD, puisque tel est son rôle : sobre comme un chameau, il jette l’opprobre sur le poivrot. Le chauve bas de la casquette a aussi roté sa prose par réflexe pavlovien, davantage que par réflexion. Pardonnable également car irresponsable. On en veut, par contre, aux autres journaux ayant participé à la levée de boucliers. Un quotidien du soir arabophone, pêché au hasard, s’est scandalisé car des Issaoua ont animé la dégustation des crus 2007. Selon ce journal, c’est un péché impardonnable, la confrérie meknassie faisant en temps normal l’éloge du prophète en chansons. On est certes ignare en religion, tout autant qu’en grands vins, mais la façon qu’ont les Issaoua de se déhancher ressemble plus à une résonance païenne du culte de Bacchus qu’à une réunion tupperware de muftis. Mais bon, passons, car en vérité, le vrai hic avec cette dégustation des crus 2007 est ailleurs. Elle marque une nouvelle percée de la culture du “bon vin”, ce foutu pédantisme à la française qui envahit peu à peu le Maroc. Les serveurs de restaurants minables, improvisés œnologues grâce à trois malheureux vins sur leur carte, sont devenus agaçants avec leurs manières parisiennes. Si ça continue ainsi, ils vont bientôt être imbuvables...



Festival
Du 6 au 15 décembre, danse, théâtre et musique seront à l’honneur de la première édition du Festival des deux rives, initié par l’Institut international du théâtre méditerranéen. Casablanca, Marrakech, Rabat, Tanger et Tétouan sont les villes élues pour accueillir des spectacles marocains et espagnols. Pour toute info, appeler le 022 26 73 37


Film City
Annoncée à deux reprises déjà, la cité des films devrait bientôt voir le jour, à quelques kilomètres de Marrakech. Nécessitant un investissement de 15 milliards de dirhams, “Morocco Film City” regroupera des studios cinématographiques, des unités hôtelières et des résidences particulières. Premier coup de pioche en 2008... si tout va bien.


Hommage
Une rétrospective Izza Génini est prévue le 28 et 29 novembre prochains. Les films produits et réalisés par cette amoureuse de musique marocaine et de cinéma passeront au Musée du judaïsme marocain, avec une projection finale de sa dernière œuvre, le film musical Noubas d’or et de lumière.

 
 
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