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Par Youssef Benlarbi
Agriculture. Il est urgent
dattendre
Chiffres clés.
-60% de production céréalière par rapport à la campagne agricole précédente (2005-2006).
800 000 exploitations agricoles nont aucun statut foncier.
7,2% des exploitations répertoriées au Maroc (1,5 million) atteignant une superficie critique (plus de 3 ha). |
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Lirrégularité de la pluviométrie
nécessite une révision de
la politique agricole.
(AFP)
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Alors quon attendait du nouveau ministre de lAgriculture un coup déclat, Aziz Akhannouch sest contenté dannoncer une énième étude sectorielle et une vision 2020.
Pour le secteur agricole, le bout de tunnel, ce n'est pas pour demain. Même avec une pluviométrie enfin généreuse, le passif de la sécheresse de la saison dernière grève toujours le bon déroulement de la campagne actuelle. Le déficit céréalier ne cesse de se creuser (-60% par rapport à la saison 2005-2006), bien que le ministère de l'Agriculture tente tant bien que mal de le résorber, à coups de baisses |
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sur les droits de douane et dimportations onéreuses. La flambée des cours de la plupart des produits et intrants agricoles complique encore les choses. Lautre problème touche la trésorerie des agriculteurs. N'ayant pu honorer leurs engagements vis-à-vis du Crédit agricole du Maroc lors de la saison écoulée, nombre de petits exploitants ne peuvent prétendre aujourdhui à de nouveaux crédits. Même avec la décision de réviser la dette, une bonne partie des agriculteurs se trouve éliminée de facto de tout emprunt bancaire cette année, explique Ahmed Ouyach, président de la Confédération marocaine de lagriculture et du développement rural (Comader). Le secteur de lélevage nest pas en reste, puisquil souffre dune pénurie des aliments de bétail. Là encore, le ministère de tutelle sest contenté de mesures jugées classiques : mise à disposition de semences ordinaires à des prix subventionnés, distribution de millions de plants d'arbres fruitiers, approvisionnement du marché national en fourrages... Mais dans les rangs des agriculteurs, le scepticisme quant à l'efficacité de ces actions est réel, tant pour cette année que pour celles à venir.
Un plan Emergence bis
Après avoir évoqué un plan Emergence pour lagriculture, le département de Aziz Akhannouch recule dun pas, en annonçant le lancement préalable dune grande étude sectorielle, confiée à un cabinet étranger. Tentative de gagner du temps ou sincère volonté de tracer lavenir du secteur ? En tout cas, une enveloppe de 25 millions de DH a été débloquée par le Fonds Hassan II pour le développement économique et social pour le financement de cette étude. Son objectif : définir une politique qui agira tant sur les dysfonctionnements que sur leur solutions, en prenant en considération - et cest là la nouveauté - les spécificités et les potentialités de chaque région. Comme ce fut le cas pour dautres secteurs, létude en question servira à la conception dune vision 2020 pour lagriculture. Ses premiers résultats, et les grandes lignes de la stratégie sectorielle qui devrait sen inspirer, sont attendus d'ici cinq mois. Mais avons-nous vraiment besoin d'une énième étude, sachant que le secteur fait déjà l'objet de deux visions, une à l'horizon 2020 et une autre à la perspective 2030 ?, sinterroge ce grand agriculteur qui poursuit : Ce quil nous faut, ce sont des décisions à effet immédiat, notamment en matière de rationalisation de l'utilisation de l'eau. Il est anormal que les cultures d'agrumes, gourmandes en eau, soient concentrées à Souss-Massa, l'une des régions les plus menacées par la sécheresse. Léconomiste Najib Akesbi, de lInstitut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat, va plus loin : Le nouveau ministre a commencé par la chose à ne pas faire : lancer des études dans un département qui est devenu un véritable cimetière de stratégies, déclare-t-il, ironique. Du côté du ministère, pas de surprise : le discours sur une agriculture compétitive, moderne et intégrée au marché mondial est de nouveau servi. Nous attendions des actions concrètes, parce que les problèmes et les solutions sont connus depuis longtemps, argumente le professeur Akesbi. À commencer par une sécheresse qui devra désormais être considérée comme structurelle, et non conjoncturelle. En soulignant que durant une période de cinq ans, le Maroc enregistre deux campagnes moyennes, une bonne et deux récoltes médiocres, le dernier rapport du Haut commissariat au plan ne dit pas autre chose. Autre source de blocage à lémergence du secteur : la complexité et la multiplicité des régimes fonciers. Le ministre en a certes parlé, mais il na pas dit pas comment il comptait s'attaquer au problème, fait remarquer un grand exploitant. Et pour cause : 700 à 800 000 exploitations agricoles ne jouissent daucun statut foncier et nont pas, par ce simple fait, accès aux financements bancaires. Un véritable gâchis, quand on sait que, faute de projets viables à financer, lexcédent de trésorerie du Crédit agricole du Maroc a atteint les 12 milliards de DH en 2007 (et quelque 20 milliards sont prévus à fin 2008).
Réfléchir, plutôt quagir
Lexiguïté de la majorité des exploitations agricoles du royaume pose autant le problème de la bancarisation que celui du financement. Sur 1,5 million dexploitations répertoriées au Maroc, un peu plus du dixième serait viable et seules 108 000 atteignent une superficie critique. Les micro-exploitations (de 1 à 3 ha de surface cultivable) dépassent le nombre de 660 000 structures. À cela s'ajoute l'inadéquation entre la nature des terres et des types d'agriculture qui y sont pratiquées. À mon avis, létude à mener durgence est de poser la question : quelles cultures, pour quelles régions ?. La réponse serait déjà un début d'action, avec un impact direct et rapide sur le secteur, argumente Najib Akesbi. Ce dernier évoque également le déficit en matière de compétences dans le secteur agricole, pointant du doigt le taux d'analphabétisme dans les zones rurales. Ce nest pas avec 80% d'analphabètes dans les rangs des agriculteurs que nous arriverons à quelque chose. Il faudrait commencer par éduquer et encadrer professionnellement cette population, ajoute lenseignant chercheur. En attendant, le département dAkhannouch insiste sur le maintien d'une approche de réflexion, au détriment dune action dont la nécessité se fait de plus en plus pressante. Au risque de perpétuer un modèle aux conséquences bien connues : la stagnation, depuis près de 20 ans, dun secteur qui représente 15% du PIB et 10,5% des exportations, et qui emploie 46% du total des actifs marocains. |
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Réforme agricole. Le coup de pouce américain
Sil est un secteur qui capte lintérêt des aides américaines destinées au Maroc, cest bien celui de lagriculture. En témoigne la part du financement accordé par le Millenium Challenge Corporation (MCC) à ce secteur, qui a paradoxalement toujours été le parent pauvre de linvestissement public (moins de 12% du budget de lÉtat). Sur les quelque 700 millions de dollars (5,4 milliards de DH) qui seront injectés dans léconomie marocaine via le MCC, 300 millions iront au secteur agricole. Au coeur du programme, limplantation de cultures peu consommatrices en eau, notamment larboriculture fruitière. Lobjectif est de remplacer la culture de céréales, gourmande en ressources mais peu productive et peu compétitive, par celle damandiers, de palmiers dattiers, doliviers et de figuiers. Lamélioration de la compétitivité du secteur est également visée, à travers la modernisation de lorganisation professionnelle et des circuits de commercialisation, ainsi que la formation des agriculteurs. Autre signe dintérêt de lami américain, le coup de pouce donné par l'USAid au secteur, à travers un programme dassistance à la réforme de la politique agricole et sa diversification. Etalé sur 5 ans (2005-2009), ce programme sappuie sur le renforcement de la compétitivité de lagro-industrie et le développement des filières performantes. Dans la ligne de mire de lUSAid, cinq filières prioritaires : les olives, les câpres, les viandes ovines et les plantes aromatiques et médicinales. |
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