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Par Cerise Maréchaud
Habitat. Sans toit ni droit
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Les familles expulsées vivent
toujours dans un campement
de fortune, dans la rue
Al Mourrakouchi.
(TNIOUNI / NICHANE)
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Dix jours après leur expulsion, les 27 familles du quartier Lopez, à Casa-Anfa, vivotent sans aide ni perspective de relogement. Pendant ce temps, les autorités locales gardent un curieux mutisme sur laffaire.
Rue Al Mourrakouchi, à deux pas du supermarché LabelVie, dans le quartier Anfa, à Casablanca, une dizaine de tentes se dressent sur un sol non pavé. Frêle et sec, les yeux bleu passé, Mohamed Jari désigne la première à partir de la droite. Cest ici quelle habitait, lance-t-il, parlant de Fatna, une octogénaire décédée la veille. Sa fille la |
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emmenée à lhôpital, mais cétait trop tard. Ils lui ont dit que son cur avait gonflé à cause du froid. Depuis huit jours, la vieille femme vivait dans la rue, parmi les 27 familles expulsées du bidonville voisin le lundi 19 novembre. Deux cent treize personnes auxquelles les forces de lordre ont réservé un déploiement impressionnant : Il étaient un millier, avancent plusieurs témoignages. Jai cru quils venaient arrêter des terroristes cachés dans le bidonville, ajoute Hakima Hallaoui, employée de la pharmacie Lopez, sise dans la même rue. Dans la petite communauté encore choquée, on évoque les chiens, les coups de matraque et lencerclement. Une femme enceinte a été emmenée au poste, menottes au poignet, pour avoir crié Vive le roi, raconte cette vieille femme, exhibant une grosse ecchymose au genou droit. Des baraques que Mohamed Jari, gardien de voitures, sous-louait à ces familles, il ne reste pratiquement rien. Juste des amas de tôle et de plastique, des portes défoncées et des toits affaissés, mêlés aux ordures et aux cadavres de chats, dégâts collatéraux de lopération dexpulsion. En larmes, Halima El Kord fait visiter ce qui était la baraque où elle vivait depuis soixante ans. Comment ont-ils pu faire ça, avec le froid, la pluie, et lAïd El Kébir qui arrive ?, se lamente-t-elle.
Imbroglio juridique
Depuis quarante ans, les 1325 m2 du 17-19, rue Al Mourrakouchi (ex-Villa Maria Luna), sont au cur dun imbroglio juridique opaque. Extirpant de sa jellaba une liasse de documents, Mohamed Jari explique que son père, Mohamed Chafaï, ancien boucher, agriculteur et propriétaire de chevaux, avait acheté ce terrain à Abraham Azra dans les années 60, pour 24 500 DH. En 1967, alors que le propriétaire voulait annuler la vente -dont seules deux tranches avaient été réglées- le tribunal a donné raison à Mohamed Chafaï, lenjoignant à effectuer la dernière tranche du paiement, soit 13 240 DH. Lhomme sen acquittera en 1982. Abraham Azra était parti en Israël, on avait perdu son contact, justifie Mohamed Jari. Et nous payons des impôts depuis 1962 !, poursuit-il en montrant des photocopies de reçus. Mais dès lannée 1985, deux des fils Azra se manifestent, réclamant un loyer au prétendu propriétaire du terrain. Celui dont la part correspond au 17-19 finit par la vendre pour 195 000 DH à un certain Abdelkrim Sbaï, détenteur du titre foncier n° 2558c. Le 19 août dernier, il se présente rue Al Mourrakouchi avec un huissier, pour exiger lexpulsion des habitants. Je my suis opposé. Jai passé 24 h au commissariat, demandant à voir lordre dexpulsion. Mais on a refusé de me présenter au procureur, raconte Mohamed Jari.
Depuis leur expulsion, aucun représentant de lautorité ne sest déplacé auprès des 27 familles. Seule maigre assistance : des tentes mises à disposition par la commune, suite à un coup de fil de lélue locale, la ministre Yasmina Baddou, nous assure-t-on. Comme une patate chaude, tout le monde se refile le dossier : Je ne sais rien, lâche le secrétaire du gouverneur, M. Bayou. Je nai rien à voir avec ça, assure M. Oumlil, secrétaire général de la commune dAnfa. Quant au caïd, il aurait demandé que lon dégage la rue en installant les tentes sur la parcelle évacuée, ironise le fils de Mohamed Jari. Personne pour expliquer la violence de lintervention ou annoncer une quelconque perspective de relogement, théoriquement préalable à lexpulsion. La commune et la préfecture doivent faire une proposition concertée au ministère. Je nai encore rien reçu, précisait par téléphone le ministre de lHabitat, Taoufiq Hejira, le jour de sa réunion avec le wali
à lissue de laquelle 8 milliards de dirhams ont été engagés pour résorber les 480 bidonvilles du Grand Casablanca. |
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