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Par Nina Hubinet
Société. Sois belle, mais pas trop
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Les jeunes femmes affichent
désormais leur élégance
sans complexe.
(TNIOUNI / NICHANE)
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Voilées ou pas, les Marocaines veulent plus que jamais être tendance. Quitte à jongler avec des codes sociaux de plus en plus conservateurs.
Vêtue dun ensemble léopard (tunique et voile), une jeune femme avance fièrement sur les trottoirs du Boulevard Mohammed V, à Casablanca. Sur son passage, quelques regards masculins sattardent un instant, sans quelle ny prête attention. Il y a quelques années, limprimé léopard était très mal vu, une femme bien ne pouvait pas en porter, assure Ilham Benzakour, journaliste du magazine féminin |
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Citadine. Signe dune certaine évolution des moeurs, le léopard a perdu toute valeur de provocation. Même Khadija, une quarantenaire mère de famille, arbore un foulard décoré du même motif. Jachète mes foulards chez Chanel, Yves Saint-Laurent ou Dior. À près de 1200 euros pièce, ça finit par revenir cher !, sourit-elle, en fouillant dans son sac. Un Louis Vuitton bien sûr. Les paradoxes nembarrassent pas Khadija. Je porte le voile depuis quelques années. Et je me sens mieux aujourdhui que quand je portais des minijupes à 20 ans, raconte-t-elle, assurant quune femme doit se faire belle, dabord pour elle-même et ensuite pour son mari. Comme Khadija, de nombreuses Marocaines affichent volontiers leur retour à un certain conservatisme, sans pour autant abandonner une coquetterie toute féminine. La civilisation actuelle est celle de lapparence. On doit montrer quon est élégante, quon porte des vêtements de marque. Et les filles voilées participent aussi à cette tendance, explique Assia Akesbi, psychologue. Les marques à tout prix, voici donc le credo de la Marocaine fashion, voilée ou pas. Surtout que depuis quelques années, lengouement pour les griffes sest (relativement) démocratisé. Même une femme de ménage va mettre de largent de côté pour soffrir les chaussures ou la robe dont elle rêve, quitte à les payer en cinq fois, assure Ilham Benzakour. Ou à sen acheter une contrefaçon.
La mode, une question politique
Pour la journaliste de mode, cette coquetterie est moins légère quelle en a lair. Cest parce quaujourdhui les femmes travaillent quelles peuvent soffrir ces vêtements. Cette question est en fait très politique, souligne-t-elle, estimant que lengagement royal pour lémancipation des femmes a joué un rôle moteur dans cette évolution. Mais cest aussi le développement de la presse féminine qui a fait léducation des femmes en matière de mode. Les franchises bon marché ont aussi permis aux Marocaines de rester in sans se ruiner. Jachète presque tout chez Zara, Promod et Stradivarius, confirme Hind, 24 ans, commerciale dans une entreprise de matériel informatique. Entre le coiffeur, lépilation, le maquillage et la garde-robe, elle débourse un minimum de 1000 dirhams par mois pour se faire belle. Quant aux remarques des hommes sur son passage, elle les trouve souvent agaçantes, plus rarement flatteuses. La rue reste un terrain miné : Je mhabille très librement parce que je me déplace en voiture, avoue-t-elle. Sa sur Fatima-Zohra, 18 ans, est étudiante en droit. Grande fan des jeans slim, elle enfile toujours une veste un tantinet trop longue, pour aller à pied à luniversité, histoire de ne pas se faire embêter tous les cinquante mètres. Et il ne sagit pas toujours de drague. Il y a quelques années, on pouvait encore porter un débardeur dans la rue sans aucun problème, raconte Sanaa, commerciale dans une agence de communication. Mais depuis quun homme lui a reproché, en pleine rue, davoir les bras découverts, elle a appris à les cacher sous une veste
alors que dans les années 70, sa mère portait des minijupes sans que cela némeuve personne. Aujourdhui, cest la nudité (toute relative) qui dérange : le jean moulant est luniforme de la Marocaine, rares sont les robes courtes dans les rues de Casablanca et Rabat. Lislamo-conservatisme est passé par là. Le réinvestissement des valeurs conservatrices est plus identitaire que religieux, nuance cependant Myriam Cheikh, anthropologue. Cest une façade, un réajustement du discours plus que des pratiques. Car la généralisation de la mixité reste lévolution de fond : hommes et femmes se côtoient de plus en plus, au travail comme dans la rue. Les hommes commencent à shabituer à la présence féminine dans lespace public, même sils continuent à lausculter du regard ou à réprimander verbalement les demoiselles trop dénudées. Rien dautre que le symptôme dun mâle déboussolé par lindépendance croissante, et irréversible, du sexe dit faible. |
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Zoom. Une plante pas comme les autres
Lorigine du safran est entourée de mythes au même titre que sa culture, qui ne ressemble à celle daucune autre plante. Le safran se multiplie uniquement par voie végétative, via un bulbe enfoui dans le sol et qui produit chaque année trois à quatre nouveaux bulbilles. Les fleurs, qui produisent les pistils, ne se forment que deux ans après. Cest pour cela que le safran est considéré comme une culture de complément, contrairement à lhuile dolive et aux amandes, qui rapportent beaucoup plus en raison de leur régularité et des canaux de commercialisation plus ou moins développés. Limplantation de la culture au Maroc serait du fait des arabes, et avant eux les Romains, qui auraient ramené la précieuse plante des terres orientales. En plus de ses vertus médicinales et culinaires, le safran est aussi auréolé dinnombrables légendes. Parmi elles, celle qui veut quAlexandre le Grand et son armée aient découvert, en se réveillant, que la prairie de la vallée du Cachemire, où ils avaient dressé leur camp, était recouverte de milliers de petites fleurs violettes écloses dans la nuit. Croyant à un sortilège, lempereur aurait abandonné sa marche vers lOrient pour rentrer aussitôt dans son pays. Lempereur serait ainsi passé à côté dun vrai trésor. |
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