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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri,
(avec agences)

Proche-Orient. Les espoirs d’Annapolis

De gauche à droite : Mahmoud
Abbas, George Bush et Ehud
Olmert, au sommet d’Annapolis.
(AFP)

Sept ans après les accords de Taba, Israéliens et Palestiniens sont à nouveau réunis par George W. Bush pour tenter de relancer un processus de paix moribond. Faut-il y croire ?


Et si le sommet d’Annapolis relançait les négociations israélo-palestiniennes ? Pour la première fois, depuis les accords de Taba, en janvier 2001, le président américain George W. Bush presse Israéliens et Palestiniens pour relancer un processus de paix totalement bloqué. D’autres rencontres avaient eu lieu, mais sans avancées notables : sommet d’Al Aqaba en juin 2003, ceux de Charm El Cheikh
en 2005 puis 2007… Cette fois-ci, l’administration Bush mise gros. Elle a envoyé des cartons d’invitation aux quatre coins de la planète pour crédibiliser le nouveau “coup” du président américain. Outre Israël et l’Autorité palestinienne, 35 pays sont ainsi représentés à la rencontre. La donne semble avoir quelque peu changé. Washington se satisfait d’avoir pu réunir les négociateurs israéliens et palestiniens, accompagnés d’un aréopage de pays arabes. Même l’Arabie Saoudite et la Syrie, d’ordinaire sceptiques, ont fait le voyage. Damas a exigé en contrepartie que la question de la restitution du Golan, sous occupation israélienne, soit évoquée. Les dirigeants de la Ligue arabe, de l’Onu, de l’UE et du Quartette sont également là.

La paix avant 2009 ?
Pourtant, le sommet s’annonçait bien mal. Lundi, Israéliens et Palestiniens n’étaient toujours pas d’accord sur le document commun qui devait servir de référence pour la réunion. Mais quelques minutes avant le sommet, le président américain avait arraché aux deux parties un engagement écrit pour de nouvelles discussions sur les questions-clés : le statut de Jérusalem, le tracé des frontières, les colonies juives, le sort des réfugiés palestiniens et le partage des ressources en eau. Dans une déclaration conjointe, mardi, les deux parties ont convenu de lancer “immédiatement des négociations bilatérales en toute bonne foi, pour conclure un traité de paix résolvant toutes les questions pendantes”, a expliqué George W. Bush dans son allocution d’ouverture de la conférence. Les deux camps veulent engager des discussions “vigoureuses” et “continues”, sous la houlette des Américains, pour “parvenir à un accord avant la fin 2008”. Ainsi, Abbas et Olmert ont décidé de se réunir tous les quinze jours pour mesurer l’avancée des travaux. Annapolis doit donner le coup d’envoi à d’intenses négociations. Pour impulser la dynamique, un comité de pilotage, dirigé par la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, et le chef des négociateurs palestiniens, Ahmed Qoreï, se réunira une première fois le 12 décembre. Une conférence des donateurs est prévue le 17 décembre à Paris, puis une réunion internationale de suivi à Moscou, début 2008. D’après Abbas, Annapolis est une “opportunité qui ne se représentera pas”. Et Olmert a affirmé qu’Israël était prêt à “un compromis douloureux pour la paix”. Mais Bush a failli gâcher ces retrouvailles en affirmant qu’Israël devait être reconnu comme “la patrie des juifs”. Des mots que ne voulaient absolument pas entendre les Palestiniens, qui redoutent une impossibilité du retour de leurs réfugiés.

Bush joue son va-tout
Qu’est-ce qui explique cette volonté subite qu’a Washington de hâter la paix ? En filigrane, il faut y déceler un revirement de la stratégie de l’administration Bush. Après sept ans d’errements, le président américain se décide - enfin - à se mettre sérieusement au chevet du dossier israélo-palestinien. Il agit, non pas par angélisme, mais dans une visée stratégique précise : endiguer l’aura et l’influence croissantes de l’Iran dans la région. Depuis sa première élection, George W. Bush n’a jamais classé le conflit israélo-palestinien parmi ses priorités. Sous ses deux mandats, les Etats-Unis voulaient être un gendarme au Proche-Orient et imposer leur vision de la démocratie à chaque “Etat voyou”, individuellement, en usant de la force si nécessaire. Le drame palestinien, lui, était relégué au second plan. Après les échecs en Irak, au Liban, en Iran et en Syrie, l’administration Bush s’est rendue à l’évidence : sa vision unilatérale est un fiasco total. Face au chaos moyen-oriental, les Etats-Unis sont devenus détestés dans la région. Par contre, L’Iran, qui défendait les droits des Palestiniens, gagnait en prestige auprès des radicaux. George W. Bush et Condoleezza Rice ont fini par admettre, tardivement, que leur influence dans la région dépendait principalement de leur volonté et de leur capacité à faire avancer le dossier palestinien. Avec le sommet d’Annapolis, Bush joue son va-tout. Il lance son plus sérieux effort diplomatique depuis son accession à la présidence américaine. Il souhaite un accord sur un Etat palestinien avant la fin de son mandat, en 2009. Pour autant, il sait que cette réunion repose sur des bases très fragiles. Dans le meilleur des cas, elle ne peut que relancer le processus de paix, plongé depuis des années dans un profond coma. Et aucun accord réel n’est encore survenu sur les questions les plus sensibles.

L’Iran et le Hamas : exclus !
L’Iran et le mouvement palestinien Hamas ont boycotté la réunion d’Annapolis. Téhéran a tout fait pour dissuader son allié syrien et son voisin saoudien d’y participer. Mardi, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a invité les chefs de dix groupes palestiniens à Téhéran pour consolider le front du refus. D’après Ahmadinejad, la réunion américaine n’a pour seul but que de “soutenir les sionistes occupants.” Autre triste réalité : Mahmoud Abbas et Ehud Olmert sont critiqués et leur leadership contesté même dans leur propre camp. Les Palestiniens sont divisés géographiquement (entre la Bande de Gaza, où le Hamas est maître, et la Cisjordanie) et idéologiquement, entre le discours modéré de Abbas et celui, plus radical, d’Ismaël Haniyeh. Quant à Ehud Olmert, il est fragilisé dans sa majorité gouvernementale. Les colons lui sont très hostiles. De plus, sa crédibilité est écornée par des affaires de corruption, où son nom est souvent cité. La faiblesse du pouvoir réel de Abbas n’incite pas Israël à s’engager dans une réelle tentative de règlement des questions-clés. Olmert, lui, attend que George W. Bush le sécurise, pour qu’il puisse prendre des décisions d’envergure. Nul doute alors que le compromis d’Annapolis demeure des plus précaires. Dans une analyse pertinente et courageuse, parue lundi dans Libération, l’universitaire Ilan Greilsammer estime que l’un des préalables essentiels à une issue favorable du conflit repose sur l’abandon des mythes fondateurs israéliens et palestiniens. “Tant que chacune des deux parties n’aura pas enterré définitivement son mythe, tant qu’Israël ne reconnaîtra pas qu’il n’a aucun droit légal et moral sur la Cisjordanie, et tant que les Palestiniens ne renonceront pas à un droit au retour qui met en danger le caractère juif d’Israël, rien ne se passera ni à Annapolis, ni ailleurs”, écrit l’universitaire.



Extraits. La déclaration israélo-palestinienne

“Nous exprimons notre détermination à mettre fin à l’effusion de sang, aux souffrances et aux décennies de conflit entre nos peuples ; à ouvrir une nouvelle ère de paix, fondée sur la liberté, la sécurité, la justice, la dignité, le respect et la reconnaissance mutuelle ; à diffuser une culture de paix et de non-violence ; à nous attaquer au terrorisme et à la provocation, qu’ils émanent des Palestiniens ou des Israéliens. Dans l’objectif de parvenir à deux Etats, Israël et Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, nous convenons de lancer immédiatement des négociations bilatérales en toute bonne foi pour conclure un traité de paix résolvant toutes les questions pendantes, y compris les questions essentielles, sans exception, comme spécifié par les accords antérieurs. Nous convenons de nous engager dans des négociations vigoureuses continues et ferons tous les efforts possibles pour parvenir à un accord avant la fin 2008 (…). “Le Président Abbas et le Premier ministre Olmert continueront à se rencontrer toutes les deux semaines afin de suivre les négociations. Les parties s’engagent également à remplir immédiatement leurs devoirs respectifs édictés par la feuille de route (…) telle qu’elle a été mise en place le 30 avril 2003 par le Quartette”.

 
 
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