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Par Karim Boukhari
Cinéma. Une cause, deux films
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Simon Elbaz et Rim Chemaou,
dans Où vas-tu Moshé?,
de Hassan Benjelloun.
(DR)
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Le hasard (du calendrier) fait parfois bien les choses. Deux films marocains, dédiés à lhistoire de la communauté juive marocaine, ont été pratiquement tournés et distribués coup sur coup. Deux réussites.
Casablanca, Bejaâd. Deux places fortes de la communauté juive au Maroc. Nous sommes dans limmédiat après-indépendance, une période trouble où le repli identitaire (déjà) bat son plein. Le royaume, qui na pas fini de se débarrasser de quatre décennies de présence française, couve de nombreux foyers de haute tension. Tout est à (re)faire. Entre |
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les communautés juive et musulmane, rien ne sera plus jamais comme avant. La fracture sappelle Israël, créé depuis peu. Israël, qui attise la colère de la rue musulmane, et aimante les juifs du Maroc. Lexode juif, souvent ignoré par les manuels scolaires, na pas davantage inspiré les cinéastes marocains. Il sert pourtant, aujourdhui, de canevas à deux films sortis quasi simultanément. Etonnant. Il ny a aucune préméditation là-dedans, se défend Hassan Benjelloun, réalisateur de Où vas-tu Moshé ?. Les deux films sont très différents et lexode juif fait partie de lhistoire de ce pays. Il renvoie à un thème plus générique : lémigration Sud-Nord, dont la résonance est parfaitement actuelle. Sans doute aussi, lexode juif profite de la brèche ouverte depuis peu, qui permet au cinéma marocain daujourdhui de se rappeler au souvenir de thèmes longtemps tus : les années de plomb, la sexualité dans les rapports de couple, etc.
Un bar à Bejaâd
Dans Où vas-tu Moshé (Fine machi ya Moshé), Hassan Benjelloun a planté sa caméra à Bejaâd. Moshé, donc, résiste aux sirènes du voyage en terre promise. Mais le départ du vieil homme, toujours possible, risque de condamner le bar dont il est tenancier. Et personne ne veut que le bar ferme
Ce nest pas un hasard si le film sappelait, à lorigine, Le Bar. Où vas-tu Moshé ? va, justement, loin dans lespace, puisquil zoome sur les exilés jusquà leur arrivée dans les centres daccueil dEretz. Mais le point dattelage du film reste toujours le bar, objet de toutes les convoitises. Agréable, digeste, le dernier Hassan Benjelloun (La Fête des autres, La Chambre noire) se laisse regarder sans ennui, malgré la lourdeur de quelques effets dramatiques et la petite leçon de morale finale. Un film sympathique, avec même une touche émouvante : Abderrahim Bargach, lun des acteurs principaux, est décédé en milieu de semaine, quelques heures à peine après lavant-première casablancaise du film, où on lannonçait malade. Adieu lartiste.
Les (folles) années du twist à Casa
Mohamed Ismaïl na pas choisi le personnage du bar comme plaque tournante de son nouveau film, Adieu mères. Son histoire se décline dabord comme une ballade, une chronique sur le Casablanca des années du twist. Début des sixties, donc. Les voyages pour Israël se multiplient, cest une fièvre qui gagne la majorité des foyers juifs de Dar El Beida, relayée par des agents recruteurs dépêchés dIsraël. Partira, partira pas ? La plupart foncent tête baissée, dautres se tâtent. Le mérite du scénario est de ratisser large, dune manière transversale, mettant en avant une multitude de destins individuels, mais aussi une dynamique de groupe et de communauté. Le résultat est une histoire fouillée, habilement montée autour des milieux daffaires et des affaires de famille. Lhistoire damour inverse le schéma établi par une Laïla Marrakchi dans Marock, puisque lui est musulman et, elle, juive. Le casting est réussi, le rythme enlevé, le film joue constamment sur des climats doux-amer chaleureusement nostalgiques. Même les liens qui unissent lune des familles juives à une famille musulmane sont rendus avec discernement. Ecrit et filmé sans prétention, Adieu mères na finalement que deux petits défauts : la longueur et le trop-plein de bons sentiments à la fin
et son titre guère inspiré. Pour le reste, Mohamed Ismaïl reconduit une formule qui a plutôt bien fonctionné avec ses deux derniers films en date, Et après et Ici et là. Du bon cinéma familial, ronronnant de tendresse et de mélancolie. Mais qui a le mérite dévoquer, en le romançant, un épisode douloureux : le naufrage en 1961, au large de la Méditerranée, dun bateau en partance pour Israël. Bien joué.
(Où vas-tu Moshé ? est actuellement en salles à Casablanca, Rabat et Marrakech. Adieu mères sera en salles en janvier 2008.
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