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Par Cerise Maréchaud
Portrait.
Ismaël Saidi. Histoires de flic
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Cest grisant de voir mes
personnages dans le moniteur.
Mais ma vraie passion,
cest lécriture.
(DR)
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Un téléfilm à succès, des courts-métrages reconnus, et bientôt un long pour le cinéma
En quelques années, la cote du scénariste et réalisateur Belgo-marocain, Ismaël Saidi, a tellement grimpé quil a dû interrompre sa carrière
de policier.
Petits yeux fatigués mais souriants, barbe de trois jours sur une mine débonnaire
ce samedi matin, dans un bureau casablancais, Ismaël Saidi caste les derniers petits rôles pour son premier long-métrage, Ahmed Gassiaux, ladaptation épique des mémoires dun vieux Marocain. Savent-ils monter à cheval ? Dans quels films ont-ils déjà joué ? Je débarque un peu, sexcuse le jeune réalisateur, soucieux de |
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ne pas froisser les susceptibilités. Cest vrai quil nest pas dici. Sil sest récemment fait un nom à travers Rhimou, petite perle de téléfilm qui a livré à 2M dix millions de téléspectateurs au ramadan 2006, Ismaël Saidi a passé toute sa vie en Belgique, où il est né en 1976, six ans après que ses parents eurent quitté Tanger. Par chance, il ne sest pas tapé les mines, raconte Ismaël sur son père qui, après des premiers boulots dans la restauration, monte sa société de taxis. Ismaël, lui, échappe à la ghettoïsation. Il ny a pas de réelles banlieues à Bruxelles, souffle le môme élevé à Schaerbeek (prononcez Skarbek), une commune-quartier de la capitale belge, moitié Barbès en moins glauque, moitié huppée.
Lagent du beur
Parfois, il faut lui faire répéter ses paroles, tellement son bagout file à toute vitesse. Jécris aussi vite que je parle, prévient le scénariste dont la cote a grimpé en flèche en quelques années. Cest tout aussi rapidement quil essaie desquiver la question sur son vrai métier : policier. Mais maintenant quon le sait, on limagine plutôt bien en jeune flic beur, tchatcheur et sympa, pro mais proche des gens.
Cest peut-être aussi pour ça quil ne sest pas fait recaler comme un plouc à lexamen de lécole de police. Il a 19 ans. Bac en poche et une année de journalisme à lUniversité libre de Bruxelles (ULB) plus tard, Ismaël tente dentrer dans la police comme si cétait à la Poste, sans réaliser que, cette année, ils ouvraient les portes aux gens issus de limmigration, se souvient-il.
La formation dure moins dun an. Pas assez pour apprendre le contact avec les gens, les codes sociaux. Par exemple, tu ne rentres pas chez une famille marocaine avec une brigade canine, illustre lancien patrouilleur, qui prend goût au côté social du métier, même si, en tant que rare fils dimmigrés de léquipe, tu deviens très vite un outil. Trois ans plus tard, le jeune patrouilleur décide de reprendre ses études, arrêtées un peu tôt à son avis : graduat de relations publiques à lULB, puis licence en Sciences du travail à lUniversité catholique de Louvain. Je suis passé des francs-maçons aux cathos, samuse Ismaël. Tout en restant chez les poulets, en service nocturne, pour suivre ses cours le jour et soccuper de son premier enfant (il a rencontré son épouse au sein de la police). Un rythme denfer, dont lhomme semble bien saccommoder : Cest pendant la licence que jai écrit mon premier scénario, pour Mourad Boucif. Après Au-delà de Gibraltar, le réalisateur maroco-belge lui demande décrire son prochain long-métrage sur les goumiers marocains. Lexpérience tourne court (pour divergence dopinions), mais le flic est bel et bien lancé sur la piste du cinéma. Dautant que des histoires, il en a à revendre. Et autant les mettre en images lui-même, aménageant horaires et congés avec laide de collègues compréhensifs. La plupart des flics ont une passion, que ce soit le karaté ou la peinture. Il faut bien cela pour tenir le coup !.
De lécriture à la réalisation
Ismaël Saidi se lance dans une série de sept courts-métrages de sept minutes autour des préjugés, promenant sa caméra dans les quartiers de Bruxelles comme sil y patrouillait. Le premier, intitulé Les Uns contre les autres, contant le difficile dialogue professeur-élève, est projeté dans des écoles. Dans Marie Madeleine, un homme tombe amoureux sans le savoir dune prostituée, Beaucoup de bruit, avec le comédien Sam Touzani, parle de contraception dans une famille marocaine pour qui la capote est linstrument du diable, alors que le court Absurde pointe le racisme entre minorités ethniques. Des petits films à petit budget (25 000 euros chacun), quIsmaël Saidi, chanceux ou débrouillard, se fait financer par la Région Bruxelles Capitale, la Commune de Schaerbeek ou la communauté française de Belgique, mais aussi par des sponsors comme le thé Bourza ou la marque de préservatifs Durex. La plupart passent sur la RTBF, TV5 et dans des festivals. Javais le feeling et jai su mentourer de bons techniciens, explique-t-il nonchalamment sa reconversion. Celle-ci est confirmée par Loin des yeux, un court-métrage anti-cliché sur lémigration qui soffre un large écho au Maroc, via le premier rôle campé par Rachid El Ouali. Jai tapé acteur marocain sur Google et cest lui qui est sorti, blague Ismaël Saidi qui, en réalité, ne connaissait pas lacteur avant de lui écrire son court-métrage, Le Défunt. 2M découvre et achète les droits dAbsurde et de Loin des yeux. Au sein de lunité Fiction de la deuxième chaîne, on flaire le talent scénaristique dont laudiovisuel marocain manque cruellement. Najib Refaïf commande à notre homme lécriture dun téléfilm comique, le futur Rhimou, lhistoire dune jeune fille qui hérite de la fortune dun riche père belge inconnu. Pour Ismaël Saidi, lhistoire est tout écrite. Et cest également lui qui réalise le téléfilm. On nest jamais mieux servi que par soi-même, justifie-t-il, après lexpérience inaboutie avec Mourad Boucif et la déception que fut la co-écriture du scénario dIci et là, de Mohamed Ismaïl. Dans la version finale du script, remanié par le réalisateur sans en aviser le co-scénariste, ce dernier ne reconnaît plus son travail : Une fille émancipée était devenue une prostituée, le jeune homme un braqueur qui a fait de la taule. Quand le film est sorti, jai été pris à partie, assure-t-il, avant dajouter : Le réalisateur Ismaël Saidi, cest le scénariste qui veut garder la main sur son texte. Mais je trouve grisant de voir dans le moniteur des personnages que jai créés.
Conteur compulsif
Sur son métier de policier, lhomme est bien peu loquace, sinon, la presse finit par en parler plus que de mes films !, argumente-t-il. Au point de loublier lui-même. Parfois, quand je rentre en voiture après le boulot, et que je vois la police dans mon rétro, il marrive de me dire : Merde, les flics !, confiait-il, avec humour, au site Wafin.be, dédié à la communauté marocaine en Belgique et pour lequel il signe des chroniques. Plutôt que scénariste, Ismaël Saidi se qualifie de conteur dhistoires. Et des histoires, il en a plein les tiroirs, imaginées un peu partout, dans lavion, au café, à un feu rouge, entre deux prises, ou en langeant son petit dernier. Je commence toujours par un personnage, et après je brode autour, en prenant soin de bétonner les seconds rôles, explique-t-il. Cest plus tard, en réalisant, que jai appris à écrire vraiment pour le cinéma. Mais je fais passer mes scénarios par des script-doctors. Ils me sacquent, je retravaille. Après les courts civiques, Ismaël Saidi ose le romanesque. Comme La Reine des sables, lhistoire dun amour impossible entre un berger marocain et la promise au caïd du village, qui conduit le prétendant à être enlevé et torturé, avant dêtre recueilli par un juif marseillais. Initialement prévue en 2004, cette future saga télévisuelle en quatre parties a été mise en stand by au profit de Rhimou. Pendant le tournage du téléfilm, Saidi a dailleurs trouvé le temps décrire Ahmed Gassiaux (voir encadré), dont il décalera le tournage jusquà cet hiver, à cause dun emploi du temps chargé. Et pour cause : 2M lui avait commandé une série de 30 épisodes de 45 minutes de Rhimou (actuellement diffusés chaque lundi à 22 heures). Un travail qui durera un an, à raison dun épisode par semaine, et pour lequel le policier, qui jusque-là jonglait avec le temps, a finalement dû raccrocher son insigne pour sinstaller à Casablanca. Cest crevant. Si cétait à refaire, je ne suis pas sûr de dire oui. Je suis quand même un homme marié et jai des gosses, rappelle-t-il, relatant des différends avec certains acteurs, Mouna Fettou en tête. À lorigine, le rôle était taillé pour Hanane Fadili, dans une version plus comique. Mais la production en a voulu autrement. Je ne men suis pas mêlé, souligne Ismaël Saidi, qui a dû retravailler quelque peu le personnage de Mouna Fettou, avec qui les tournages se sont déroulés dans un mutisme tendu. Je me suis fait éreinter par la presse arabophone, avec un abonnement spécial à Assabah, rit jaune Ismaël Saidi. On ma traité de flic pourri, qui jouait à la Playstation au lieu de regarder dans le moniteur. Au moins, ça maura obligé à perfectionner mon arabe.
Enfant de la télé
Quimporte. Pour décompresser, Ismaël noircit cent dix pages en neuf jours sur un thème qui le touche, le sida. Ainsi naît le scénario dIvoire, énième projet de long-métrage. Un road-movie entre le Maroc et le Gabon, dans lequel une Marocaine cherche à réaliser le rêve de son fils mourant, en lemmenant à la recherche dun cimetière déléphants, accompagnés par un vieux chasseur retraité à Marrakech (rôle écrit pour Richard Bohringer). Le film est dores et déjà coproduit par le Gabon pour la télé, se félicite Ismaël Saidi. Des fonds onusiens sont aussi attendus. Malgré le choc culturel et léloignement durant cette année dimmersion casablancaise, lhomme ne semble pas avoir perdu linspiration. Javais donné des noms aux murs de mon appart, samuse-t-il, comme les gargouilles dans Notre Dame de Paris. Victor Hugo compte justement parmi ses mentors littéraires, derrière Alexandre Dumas, dont le policier scénariste est adepte à crever. Avec Molière, cest lui qui ma appris à mettre les seconds rôles au premier plan, explique Saidi, qui avoue ne pas lire de littérature contemporaine
hormis Harry Potter, pour ses fils. Ses références cinématographiques ? Rain Man ou Forest Gump. Mon père avait peur quon tourne mal dans le quartier. Je ne jouais pas au foot, et je naimais pas les sorties. Mais chaque semaine, il me déposait avec son taxi devant le cinéma, avec 20 francs belges en poche, se souvient Ismaël, qui reconnaît être surtout un enfant de la télé, nourri au Club Dorothée et à Prison Break. Et davouer très sérieusement que luvre qui la le plus inspiré, cest Juliette je taime, un manga fleur bleue, dont lhéroïne nunuche est entourée de personnages très colorés. Finalement, il nest pas si méchant, le flic. |
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Long-métrage. Mémoires doutre-tombe
Pages dhistoire marocaine vécues à travers le déracinement et le périple dun enfant rescapé de la guerre de Taza. Cest sous ce titre abrupt quIsmaël Saidi a déniché la trame dAhmed Gassiaux, son premier long-métrage de cinéma. Le scénario raconte la quête identitaire dun jeune villageois, recueilli par un lieutenant français après le massacre de sa tribu, mais qui finira par rejoindre la lutte pour lindépendance. Un film épique en costumes, avec Assâad Bouab et Richard Bohringer dans les premiers rôles, qui devrait coûter quelque 20 millions de dirhams et dont le tournage commencera début janvier. Ahmed Guessous, auteur des mémoires dont est inspiré le scénario du film, nest autre que le beau-père de sa productrice, Habiba Belkacem (Bigshot). Un jour, sur le tournage de Rhimou, le fils de Habiba ma demandé pourquoi je ne faisais pas un film sur son grand-père, se souvient Ismaël Saidi. Cétait la première histoire que je lisais sur la période du protectorat où il ny a pas de haine, ajoute le réalisateur, qui aura tout de même dû romancer (après avoir rencontré Ahmed Guessous) cette autobiographie, à mi-chemin entre répertoire chronologique et thèse scientifique. |
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