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Par Fahd Iraqi
Immobilier. Le début de la crise ?
Chiffres clés.
24,5 milliards de dirhams de crédits immobiliers distribués.
73% des crédits sont dune durée supérieure à 10 ans.
56% des crédits sont assortis dun taux compris entre 6 et 8%.
42% des crédits sont accordés à un taux variable.
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Dans les grandes villes, les prix
de limmobilier atteignent des
sommets. Plus pour longtemps ?
(AIC PRESS)
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Des prix qui touchent le plafond, des taux condamnés à augmenter, la spéculation qui sintensifie : le logement devient de plus en plus inaccessible. Léclatement de la bulle immobilière est-il pour bientôt ?
La commercialisation de mon dernier projet, totalisant une centaine dappartements, a pris un peu plus dun an. Et entre la vente du premier et du dernier appartement, jai augmenté progressivement le prix du mètre carré de 20%. Cette confession dun promoteur immobilier illustre lenvolée des prix observée ces dernières années dans le secteur. Jamais les prix des logements de standing navaient |
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atteint ces niveaux stratosphériques : le mètre carré à plus de 20 000 dirhams ou lappartement pour plus de 2 millions de dirhams sont devenus un minimum pour prétendre à un logement dans les centres-villes ou les quartiers résidentiels de Casablanca, Rabat et Marrakech. Même le profil des acquéreurs tend à changer, à mesure que le prix crève le plafond. Au début, les clients étaient des couples qui cherchaient une résidence principale. Mais avec la hausse des prix, les investisseurs ont pris le relais, pour spéculer sur la poursuite de la tendance haussière des prix, explique notre promoteur. Ce renchérissement a créé ainsi un glissement de la demande : Les gens relativement aisés abandonnent le rêve dacquérir une villa pour se rabattre sur des appartements de haut standing. Les classes moyennes glissent vers les petites superficies (dailleurs rares sur le marché), ou encore vers les logements économiques, constate ce promoteur. Cette inadéquation entre loffre et la demande engendre une véritable paupérisation des ménages, du moins par rapport à leur budget de logement. Ce transfert de la demande dun segment à lautre permet en outre dentretenir la hausse des prix : faute de trouver un domicile à leur taille, les ménages se positionnent sur un segment un cran au-dessous de leur budget, et sont même prêts à payer une prime par rapport au prix normal. Néanmoins, cet effet quasi mécanique a ses limites. Arrivés à un certain seuil, les prix deviennent dissuasifs : les ménages décident alors de temporiser avant dacheter, espérant une correction du marché. Dailleurs, ces deux derniers mois, ce cycle semble être amorcé. Après la saison estivale, marquée par larrivée des MRE, le marché sest relativement calmé, explique un agent immobilier casablancais. Les acheteurs se font de plus en plus rares. Du coup, les promoteurs stabilisent désormais leurs prix, alors quauparavant, ils avaient tendance à les augmenter toutes les deux semaines. Certains promoteurs auraient même commencé à revoir leurs prix à la baisse. Aujourdhui, certains vendeurs font des gentillesses de 10% par rapport au prix annoncé, alors quil y a encore quelques mois, ils exigeaient une avance des acheteurs avant même la signature du compromis de vente. Ils étaient en position de force, puisque les acheteurs potentiels défilaient à longueur de journée, poursuit notre agent immobilier.
Linévitable hausse des taux
Et à en croire certains observateurs, ce tassement de la demande (synonyme de baisse des prix) nen est quà ses débuts. Il devrait saccentuer avec la hausse fort probable des taux dintérêt. Et pour cause : cest laccès au financement qui a favorisé lexplosion de la demande sur les logements. Le relifting total qua connu le marché financier au cours des années 90 a enclenché une baisse des taux dintérêt qui a bien profité au secteur de limmobilier. Les crédits à 5% étaient tout simplement inimaginables au début des années 90, où seul le CIH, en tant quorganisme financier spécialisé, accordait des crédits habitation à des taux atteignant les 18% !, rappelle un banquier de la place. Devenus bon marché et assortis de conditions de plus en plus souples, les crédits immobiliers pulvérisent désormais les records des statistiques monétaires publiées par Bank Al-Maghrib. Ils atteignent 80 milliards de dirhams à fin août 2007, alors quils dépassaient à peine les 30 milliards en 2002.
Mais cette baisse des taux dintérêt ne devrait pas durer. Après les deux baisses des taux planchers de Bank Al-Maghreb au cours de cette année, les analystes sont aujourdhui unanimes sur un fait : la courbe devra sinverser. Les taux des bons du trésor, sur lesquels sont indexés les crédits immobiliers, devraient connaître une hausse relativement significative, vu la situation des finances publiques. Depuis plusieurs mois, le Trésor résiste à une augmentation des taux. Il finira toutefois par céder aux offres de plus en plus chères, proposées par les banques et les autres intermédiaires sur les valeurs du Trésor, nous confie un responsable du ministère des Finances. Cette hausse des taux ne manquera pas de dissuader davantage de futurs acquéreurs. Surtout quelle engendre systématiquement une diminution de la capacité dendettement. Une traite pour lacquisition dun logement ne peut en principe dépasser les 40% du revenu du ménage. Donc plus le taux est élevé, moins la capacité de lever des fonds est importante, explique notre banquier. À titre dillustration, un ménage dont le revenu est de 20 000 dirhams peut lever jusquà un million de dirhams, sur la base dun crédit à 5%, remboursable sur 20 ans. Une hausse du taux à 6% ramène cette capacité dendettement à 900 000 dirhams seulement.
La hausse des taux dintérêt rendrait également les banques plus sélectives dans le choix de leur clientèle. Même les offres proposées aujourdhui risquent de devenir plus restrictives. Il en est ainsi des formules de crédit finançant jusquà 120% du prix du logement. Le supplément accordé, officiellement pour couvrir les frais de notaires et denregistrement, est généralement utilisé par les emprunteurs pour sacquitter des dessous de table (le fameux noir), érigé en règle dans les transactions immobilières. Les banques pouvaient se permettre de jouer le jeu, tant que la valeur des logements mis en hypothèque augmentait. Un repli ou une simple stagnation des prix les poussera à revisiter ce type doffres, explique notre banquier. La suppression de cet avantage éliminerait alors toute une catégorie de la population, incapable dautofinancer le noir, qui représente généralement plus de 15% de la valeur du logement. Un autre facteur qui ralentirait la demande et conduirait à un réajustement de loffre via une révision à la baisse des prix du mètre carré.
Le handicap du foncier
Dailleurs, une éventuelle correction du marché ne sera pas une première. Au début des années 90, la conjugaison de plusieurs facteurs avaient produit un véritable krach immobilier. Après une envolée durant la fin des années 80, les prix avaient commencé à dégringoler après le déclenchement de la première guerre du Golfe. Même durant les années 70, le prix de limmobilier avait connu des baisses spectaculaires. Le phénomène étant cyclique, la crise des années 90 ne sera certainement pas la dernière. Les promoteurs ne se font pas dillusion : Il est impossible de deviner le timing ou lampleur de la baisse, mais elle paraît inévitable. Cette flambée des prix ne peut de toute façon pas continuer éternellement, explique lun deux. Pour autant, la baisse attendue ne risque pas dêtre aussi spectaculaire, puisque les promoteurs eux-mêmes sont confrontés à une hausse des prix du foncier. Il y a cinq ans, le terrain dans un quartier assez chic de Casablanca valait 5000 dirhams le mètre carré. Aujourdhui, si je le trouve à 25 000 dirhams, je dégaine tout de suite mon chéquier, explique notre promoteur. À cela sajoute le renchérissement de tous les facteurs de production, dans le sillage de lenvolée du mètre carré : matériaux de construction, coût de viabilisation du terrain, main duvre, frais denregistrement
Mais cest la cherté du foncier qui pèse le plus dans les comptes des promoteurs. Lachat et la viabilisation du terrain représente plus des deux tiers de notre coût de production, explique ce promoteur. Là encore, cest limpitoyable loi de loffre et la demande qui règne. Et labondance de la demande en provenance des grands projets touristiques et immobiliers lancés par les investisseurs étrangers a tiré les prix vers le haut. Le secteur de limmobilier totalise à lui seul 15% des investissements directs étrangers, relèvent les économistes du Centre marocain de la conjoncture. Avec 3,6 milliards de dirhams dinvestissement étranger en 2006, limmobilier a réalisé en effet un record historique, avec un taux de croissance de près de 50%. Tous les propriétaires terriens, à la périphérie des villes, rêvent alors de toucher le jackpot. Certains ne veulent même plus parler aux promoteurs marocains. Ils préfèrent attendre déventuelles propositions émanant de ces grandes firmes qui arrivent des pays du Golfe, raconte notre promoteur. Evidemment, cette pers-pective attire aussi une foule de spéculateurs et dintermédiaires, qui injectent des sommes faramineuses dans lacquisition de terrains pour les laisser en jachère, pour en tirer une plus-value maximale. Dautant que la situation du foncier est propice aux pratiques de spéculation, vu les retards qui caractérisent la production des documents durbanisme. À titre indicatif, Casablanca attend son schéma directeur depuis plusieurs années. Lélargissement de la réserve foncière bon marché reste alors la condition sine qua non pour soulager la pression sur les prix du logement. À défaut de quoi, même une correction mécanique impulsée par la hausse des taux peut savérer simplement passagère, le temps que les banques réajustent leurs produits. Lenvolée effrénée du mètre carré ne risque donc que de marquer une pause, avant de repartir de plus belle... |
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Logement social. Les promoteurs jettent léponge
Le logement social nest pas épargné par la flambée générale de limmobilier. En seconde main, des logements achetés initialement à 200 000 dirhams sarrachent aujourdhui pour le double. Quant aux nouveaux appartements, inutile den chercher pour lheure. Il faut vraiment avoir de la chance pour dénicher les reliquats des anciens programmes qui ont tous été commercialisés. Au mieux, il faut réserver pour les programmes en chantier, explique ce promoteur. Plus grave, il ny a plus de nouvelles conventions signés avec lEtat pour la réalisation de nouveaux appartements à 200 000 dirhams. Et à en croire notre promoteur, la raison est simplement une question de rentabilité : Le temps où le logement social laissait des marges supérieures à 30% est bel et bien révolu. Le prix du foncier actuel rend ce type de positionnement de moins en moins intéressant. En effet, même les opérateurs classiques de ce segment commencent à le déserter. Lexemple le plus éloquent est celui dAddoha. Le groupe, qui a fait du logement social sa spécialité, consacre toutes ses récentes acquisitions de terrain à des projets plutôt haut de gamme, dont la rentabilité est nettement plus prometteuse. Et ce nest pas fini : la suppression progressive des avantages fiscaux accordés au segment des logements sociaux, prévue dans le cadre de la Loi de Finances 2008, vient plomber davantage lattractivité de cette catégorie. Et même la création dun nouveau produit à 140 000 dirhams laisse, pour linstant, les promoteurs dubitatifs. |
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