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Par Youssef Belarbi
Politique. Un zaïm sur la touche
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Mohamed Elyazghi.
(TNIOUNI / NICHANE)
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Celui qui a tant attendu à lombre, successivement, de Bouabid et de Youssoufi, vient dêtre démissionné par ses troupes. Comment un tel séisme politique a-t-il pu avoir lieu ? De quels changements risque-t-il dêtre porteur ?
Maintenant que Mohamed Elyazghi nest plus à la tête de lUnion socialiste des forces populaires (USFP), quelle pourrait être la suite des événements ? Cest la question qui divise désormais les cercles dirigeants du parti de la rose, après la démission, lundi, de celui qui en était le premier secrétaire depuis 2003.
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Entre partisans et détracteurs de la tenue dun congrès extraordinaire, aucun accord na encore été trouvé. En attendant, le bureau politique a opté, lors dune réunion tenue mardi après-midi, pour une gestion collégiale du parti. Et personne na été habilité à parler au nom du parti, précise Abderrafii Jouahri, membre du bureau politique. Du reste, hormis un communiqué dans lequel la décision du frère Elyazghi a été qualifiée de bonne pratique dans le champ politique, aucune décision majeure n'a été prise par le bureau politique. Les décisions seront prises lors de la réunion du Conseil national, sorte de parlement du parti. Il y sera évidemment question de la tenue dun congrès extraordinaire, déclare Abdelkader Baïna, également membre du BP. Aucune date na cependant été fixée pour le conseil national. En guise de préparatifs, une réunion devait se tenir vendredi. Elle sera suivie par de larges consultations, autant au niveau des régions que celui des sections, pour recueillir les différents avis et positions, précise Jouahri.
Les élections fatales
Mais quest-il donc arrivé pour quElyazghi, réputé homme dappareil, en vienne à rendre les clés du parti ? En fait, le compte à rebours a été déclenché peu avant les législatives du 7 septembre dernier. Sûr que son parti allait lemporter, Mohamed Elyazghi se voyait déjà Premier ministre, rassuré en cela par la promesse royale de nommer le futur chef du gouvernement parmi la majorité. Seul concurrent en vue: le PJD, que les pronostics plaçaient largement en tête.
Il nen fut rien, pour le grand malheur du zaïm. LUSFP arrive 5ème et, comble de lironie, cest le plutôt inattendu Istiqlal qui prend le leadership. La défaite est difficile à digérer. Mais la pilule passe, du moins le croit-on alors, puisque le parti de gauche hérite malgré tout de portefeuilles ministériels. Elyazghi, lui, devient ministre (dEtat) sans portefeuille, et sans gloire non plus. Ce qui ajoute à la colère et aux rancoeurs nées du choix des ministrables. Progressivement, Elyazghi est lâché, même par certains de ses amis proches. Lun deux rappelle comment, en 2002, Youssoufi a préféré partir de lui-même au lendemain des élections, pour éviter lhumiliation dêtre tenu à lécart des négociations gouvernementales. De nombreuses voix, appelant à la réforme de la formation politique et son passage à lopposition, se font entendre. Le premier secrétaire y reste insensible. Et ce qui devait arriver arriva. Réunis en urgence le week-end du 1er décembre, à Rabat, les membres du bureau politique ont obtenu, presque sans mal, quElyazghi abandonne la tête du parti. Cétait logique : il nétait pas loin de faire lunanimité contre lui, explique ce dirigeant socialiste. Dans les coulisses, on murmure que Fathallah Oulalalou ne serait pas étranger au putsch. Lancien ministre des Finances na pas hésité, ce jour-là, à appeler à un choc qui rétablirait la confiance (en lUSFP) et aiderait le parti à dépasser sa crise. Un choc auquel le zaïm na pas résisté : le lundi suivant, Mohamed Elyazghi rendait public un communiqué dans lequel il annonçait son départ et le gel de ses activités au sein du bureau politique, en attendant la tenue du Conseil national. Il dit en cela partager linquiétude ressentie par les Ittihadis quant à la nécessaire refonte de lUSFP, après dix ans au gouvernail. Et dappeler au renouveau de lidéologie du parti, de sa ligne politique et de ses dirigeants, ainsi quà la tenue du 8ème Congrès dans les plus brefs délais. Un congrès extraordinaire sentend. Le vice-premier secrétaire et ministre de la Justice, Abdelouahed Radi, imite son chef, préférant toutefois garder sa place au BP. La crise au sein de lUSFP sera-t-elle désamorcée pour autant ? Elyazghi naura été qu'un bouc émissaire dans cette histoire. La réforme du parti, elle, passe par dautres canaux, à commencer par la démission de tous les membres du BP, puisquils sont tous responsables de la crise actuelle, et la tenue dun congrès extraordinaire, déclare un député USFP qui a préféré garder lanonymat. Un avis exprimé par Abdelkader Baïna, mais rejeté en bloc par le bureau politique de l'USFP.
Gouvernement : j'y suis, jy reste
Au-delà de sa cuisine interne, lUSFP aura également à trancher dans sa position dans le gouvernement. Les deux options post-élections refont ainsi surface : passer à lopposition et procéder à une réforme du programme du parti, ou rester otage dune situation actuelle peu honorable, au risque de compromette davantage son image auprès de son électorat.
Abdelouahed Radi qui, rappelons-le, est toujours membre du BP, est catégorique. L'USFP restera attachée à ses engagements, tant au sein du gouvernement que dans le cadre de la Koutla démocratique, a-t-il déclaré à l'issue de la réunion de mardi. Radi prône, en somme, de maintenir un statu quo. La place dElyazghi au sein du gouvernement pose néanmoins problème, sa légitimité politique étant remise en question. Sil y reste, il devra arborer une casquette hybride, entre politique et technocrate, chose quil avait lui-même tant décriée. La logique voudrait quil démissionne de ce gouvernement, quitte à chambouler ce dernier et à provoquer un remaniement avant lheure, explique cette source au parti. Mais ce scénario semble peu probable : non seulement Elyazghi ne compte pas démissionner, mais il prépare déjà sa contre-attaque, avec, comme objectif, décarter ses détracteurs du bureau politique ! Il est en cela - a priori - appuyé par les ministres USFP du gouvernement El Fassi. Il peut tenter ce quil veut, les dés sont déjà jetés. Elyazghi est désormais hors jeu, lance ce membre du BP. Ce qui est sûr, cest que les atermoiements, bien compréhensibles, de lancien premier secrétaire mettent à mal le positionnement du groupe parlementaire de lUSFP. Comment se comportera ce groupe, qui fut parmi les premiers à prendre ses distances avec le zaïm ? Basculera-t-il réellement dans lopposition, comme quelques indices le laissent supposer (notamment la valse hésitation autour de la Loi de Finances), ou se rangera-t-il enfin dans le soutien à laction gouvernementale, à présent quElyazghi est hors course ? |
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Succession. Et le vainqueur est...
À lUSFP, laprès-Elyazghi a déjà commencé. Habib El Malki a été parmi les premiers à manifester ses ambitions, en faisant office de porte-parole plus ou moins officiel du bureau politique. On aura tout vu ! El Malki na jamais fait lunanimité au sein de la famille ittihadie. Comment peut-il aujourdhui conduire le parti ?, sinterroge ce vieux militant de l'USFP. Il nempêche que lancien directeur du CNJA a des cartes à jouer, lui qui a déjà occupé de nombreux postes de responsabilité, même en dehors du parti. Lautre candidat naturel, dont les chances semblent plus sérieuses, sappelle Fathallah Oualalou. Beaucoup voient en lui linstigateur du putsch qui a emporté Elyazghi. De tous les candidats potentiels, il est celui qui a occupé les plus hautes responsabilités officielles (deux fois ministre des Finances). Oualalou bénéficie aussi de nombreuses entrées de lautre côté, celui des centres de décision dans lentourage royal. Ce qui représente un atout loin d'être négligeable. Et puis, comme le fait remarquer cette source ittihadie, il a lavantage dêtre aujourdhui libre de tout engagement. Alors ? |
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