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Propos recueillis par
Youssef Mahla
Ksar El Kébir.
Khadija Rouissi. Je revendique le non-lieu
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Khadija Rouissi
(TNIOUNI / NICHANE)
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Lassociation Bayt Al Hikma a été la première à se déplacer pour rendre visite aux familles des accusés de laffaire de Ksar El Kébir. Khadija Rouissi, sa fondatrice, nous explique le comment et le pourquoi de cet acte aussi rare que courageux.
Quel a été lobjet de votre déplacement à Ksar El Kébir ?
La délégation de Bayt Al Hikma a fait le voyage, le 30 novembre, contrairement à lavis de plusieurs personnes qui nous ont recommandé la prudence. Mais tout sest bien passé. Nous avons rendu visite aux différents relais de lautorité judiciaire, du président du tribunal au |
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directeur de la prison locale, en passant par le substitut du procureur du roi. Mais nous navons pas eu la possibilité de rencontrer les accusés actuellement en détention. Ce qui est regrettable.
Votre action de lobbying intervient alors que le procès est en cours (ndlr : laudience du 6 décembre a été reportée au 10). Vous espérez la clémence pour les six accusés ?
Nous espérons le non-lieu ! Ce que nous incriminons, cest la violation de lintimité dautrui. Les accusés sont en droit de poursuivre ceux qui les ont filmés et diffusé leurs images sans aucun consentement préalable. Si on laisse faire, bientôt on se retrouvera tous avec des fqihs et des policiers à la maison.
Vous défendez lhomosexualité ?
Nous défendons les libertés individuelles, dont celle de pouvoir disposer librement de son corps. Au Maroc comme ailleurs, des gens naissent différents. Notre problème est culturel puisquon na pas de tradition du respect des droits de lhomme dune manière transversale, celle qui touche à la vie sociale et pas seulement politique ou idéologique de lindividu.
Vous avez rendu visite aux familles des détenus ?
À deux dentre elles. Nous avons constaté de visu lampleur des dégâts physiques : des vitres cassées et des traces de jet de pierres partout. Les dégâts psychiques sont beaucoup plus impressionnants. Nous avons vu des familles encore sous le choc, qui nous ont répété la même formule : On a échappé à la mort (par lapidation). Cest terrible. La peur et linjustice règnent encore parmi ces gens, qui ne peuvent pas mettre le nez dehors à nimporte quelle heure. Quand elles ne sont pas combattues, certaines familles sont mises en quarantaine, fuies par tout le monde, comme des pestiférées. Leurs enfants ne vont plus à lécole, de peur dêtre montrés du doigt ou, pire encore, enlevés !
Quavez-vous apporté à toutes ces familles ?
Dabord un soutien psychologique et une écoute. Cest important quand les gens se sentent seuls, abandonnés de tous. Nous avons également réglé, avec le concours dautres personnalités de la société civile, le fait que les détenus navaient guère davocats pour les défendre.
Pourquoi aucun avocat na accepté, dans un premier temps, de défendre les accusés ?
Parce que -et on ne le dira jamais assez- les gens ont peur des représailles. Pas seulement les avocats de la ville, même les voisins, les amis, monsieur tout le monde... Cest la peur dêtre taxé dhomosexuel, de subir un jour ou lautre les foudres dune foule hystérique. Car personne na oublié ce qui sest passé la semaine dernière.
Quattendez-vous du procès en cours ?
Quil rende justice à tout le monde. Vraiment. La grande crainte est que même les juges soient, dune manière ou dune autre, sous influence (de la pression populaire).
Le problème est complexe, général, il dépasse les individus eux-mêmes. Le problème ne dépasse-t-il pas le seul cadre de la ville de Ksar El Kébir ?
Certainement. Il est temps dinterpeller les pouvoirs publics, et la société surtout, sur la nécessité de respecter les libertés individuelles. Tout le monde doit être mis à niveau, même les associations des droits de lhomme, dont la culture en matière de libertés individuelles est à parfaire. Au-delà de la diffusion denregistrements visuels sans laccord des intéressés, au-delà du rôle dangereux joué par certains médias, ce qui sest passé à Ksar El Kébir risque, comme on la vu, dêtre exploité, instrumentalisé, par les obscurantistes de tout poil. Si on se tait, le pire (mort dhomme) est alors à envisager. |
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