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Par Selma Mestiri,
Correspondante au Moyen-Orient
Liban. Un militaire à la présidence ?
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Le général Michel Sleimane, chef
de larmée et très probable
futur président du Liban.
(AFP)
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Sans chef d'Etat depuis le 24 novembre, le Liban se dirige péniblement vers l'élection à la présidence du chef de larmée Michel Sleimane. Cela suffira-t-il à régler la crise ?
après plusieurs mois de tergiversations et de tensions, c'est le commandant en chef de l'armée libanaise qui devrait finalement occuper le siège, vacant depuis le 24 novembre, de président de la République du Liban. Le général Michel Sleimane a en effet émergé ces derniers jours comme le candidat du compromis que recherchaient les deux camps en présence, en vue de remplacer Emile Lahoud, qui a quitté la présidence le 23 novembre, sans que le Parlement ait réussi à lui trouver un successeur.
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Discret, le général Michel Sleimane s'affiche comme un homme neutre : à 59 ans, dont neuf à la tête de l'armée libanaise, le militaire tient avant tout à rester à l'écart des querelles politiques. Bien que certains l'accusent d'être un proche de Damas, Sleimane nest jamais intervenu dans le bras de fer entre opposition et majorité. Pourtant, lorsqu'il a été nommé chef de l'armée en 1998, la Syrie était encore toute-puissante au Liban, et il a dû lui donner des gages pour parvenir à ce poste. Mais en 2005, après l'assassinat à la voiture piégée de l'ancien Premier ministre, Rafic Hariri, à Beyrouth, il s'est soigneusement gardé de réprimer les manifestations de masse d'un côté comme de l'autre, gagnant ainsi la considération de ses compatriotes. L'aura du général a aussi profité de la victoire des soldats libanais sur les insurgés islamistes de Nahr al-Bared, camp de réfugiés palestiniens du nord du Liban, après plusieurs semaines de combats acharnés. Autrefois discréditée, l'armée a ainsi pu, sous son commandement, redorer, au moins en partie, son blason.
Un homme discret
Michel Sleimane, qui ne s'est pas officiellement présenté comme candidat, a multiplié les rencontres avec les hauts responsables politiques et religieux du pays. Il a été adoubé par la coalition au pouvoir et reçu le soutien, certes conditionné, de l'un des piliers de l'opposition. Son élection pourrait ouvrir la voie à une résolution de la crise politique qui agite le pays, divisé entre l'étroite majorité parlementaire et l'opposition. La première, soutenue par l'Occident et les pays arabes en général, est menée par Saad Hariri, alors que la deuxième, proche de Damas et Téhéran, est emmenée par le Hezbollah. En annonçant l'appui de la candidature de Michel Sleimane, la majorité parlementaire ravale ses objections à l'arrivée au pouvoir d'un militaire, elle qui ne voulait surtout pas voir se répéter l'expérience d'Emile Lahoud. Ce dernier, lui aussi ancien chef de l'armée, est considéré par de nombreux Libanais comme un pantin aux mains de la Syrie, l'ancienne puissance de tutelle au Liban. Si les deux parties parviennent à s'entendre définitivement sur le nom du général, le Parlement, qui élit donc le président au Liban, devra voter vendredi 7 décembre. Le scrutin pourrait toutefois être retardé de quelques jours, comme il l'a déjà été à six reprises, pour permettre le vote d'un amendement constitutionnel donnant au général la possibilité d'assumer la fonction de chef de l'Etat. Car en vertu de la Constitution, les fonctionnaires de première catégorie (dont fait partie le chef de l'armée) ne peuvent être élus que s'ils démissionnent de leurs fonctions deux ans avant l'élection.
Querelles intestines
Mais que le général Sleimane soit élu dans les jours à venir ne signifie pas pour autant que la crise politique sera résolue. La question de la répartition des portefeuilles au sein du gouvernement, qui sera formé après l'élection présidentielle, promet d'être problématique. Il y a un an, les ministres de l'opposition avaient claqué la porte du gouvernement pour réclamer plus de postes. Une démission avait plongé le pays dans une crise sans précédent depuis la fin de la guerre civile en 1990, l'opposition déniant toute légitimité au gouvernement. Depuis, elle squatte le centre-ville, après avoir installé des tentes sous les fenêtres du siège du gouvernement, affirmant qu'elle n'en partira qu'une fois la démission du cabinet de Fouad Siniora acquise.
Le Hezbollah et ses alliés voudraient profiter des tractations en cours pour négocier le partage du pouvoir. Selon Assafir, quotidien proche de l'opposition, Michel Aoun, le chef du Courant patriotique libre et allié du Hezbollah, réclame 45% des ministres pour l'opposition, soit 13 ministres, contre 17 pour la majorité. En outre, les institutions sont paralysées : le Parlement est littéralement au chômage, notamment parce qu'une partie de ses députés a dû se retrancher dans un hôtel pendant des semaines, de crainte de finir comme les parlementaires Walid Eido et Antoine Ghanem, assassinés.
Sur le moyen terme, le Liban, véritable caisse de résonance des tensions régionales, tiraillé entre la Syrie et l'Iran d'une part et les Etats-Unis et l'Occident d'autre part, risque de rester la scène où s'affrontent les deux camps. De dégradantes obédiences étrangères, comme les qualifie l'éditorialiste libanais, Issa Goraieb, qui demande au général Sleimane de résister à la tentation totalitaire, d'uvrer à la reconstitution de l'Etat et à la promotion des libertés publiques, tout en veillant à la sécurité intérieure et extérieure du pays.
Population inquiète, économie en berne
Mais bien que suspendus à cette élection, de nombreux Libanais se disent désabusés sur ses conséquences et craignent avant tout une explosion de la violence. Les rumeurs vont bon train sur un armement des différents partis politiques en prévision d'un éventuel conflit. Et les dirigeants ont beau démentir de telles informations, beaucoup restent persuadés qu'une nouvelle guerre peut éclater à n'importe quel moment. Des incidents armés entre partisans de l'opposition et de la majorité, qui ont fait deux morts dans le nord du pays, sont venus renforcer ces craintes. En outre, personne ne croit que l'élection d'un président améliorera le quotidien des Libanais. L'économie, qui ploie sous une dette publique de plus de 40 milliards de dollars, a été mise à genoux par la guerre avec Israël durant l'été 2006. Le sit-in de l'opposition dans le centre-ville de la capitale a conduit à la fermeture de l'écrasante majorité des commerces, cafés et restaurants, qui grouillaient auparavant de monde.
En attendant, les intercessions internationales en faveur d'un règlement de la crise se multiplient. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a de nouveau exhorté à une sortie de l'impasse, tandis que le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, s'est rendu pour la septième fois en six mois dans la capitale libanaise, pour tenter de combler le fossé entre les différents protagonistes. |
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Emile Lahoud. Eternel fidèle de Damas
Un éternel sourire aux lèvres qui lui a valu le surnom ironique de Adel Imam, l'ancien président libanais Emile Lahoud a réussi à se maintenir au pouvoir jusqu'à la fin de son mandat, malgré le départ de son protecteur syrien et l'hostilité de la majorité, soutenue par l'Occident, qui le considère comme une marionnette du grand voisin. à 71 ans, il a réussi à résister à toutes les campagnes qui l'ont visé. La coalition au pouvoir lui impute la responsabilité de la crise politique dans laquelle est aujourd'hui plongé le pays.
Boycotté par les dirigeants occidentaux et impopulaire au sein de sa propre communauté chrétienne maronite, il a fait de son soutien au Hezbollah et de son hostilité à Israël ses chevaux de bataille politiques. Crédité de la réunification de l'armée et du désarmement des milices (à l'exception de celle du Hezbollah), il avait entamé son mandat en se forgeant une image de Monsieur Propre. Un mandat qu'il a terminé dans l'opprobre de la communauté internationale, bien que toujours loué par ses alliés libanais. |
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