Drogue. De la coke dans l'air
Politique. Un zaïm sur la touche
Khadija Rouissi. "Je revendique le non-lieu"
Affaire. Ouragan judiciaire sur Tahiti Plaget
Mustapha Khalfi. "Attajdid critiquera le PJD s'il le faut"
Sport. Wydad mon amour
Société. La marche rouge
Liban. Un militaire à la présidence ?
Immobilier. Le début de la crise ?
Abdellatif Laabi. "Je suis un insoumis littéraire"
Cinéma. Une cause, deux films
Ismaël Saidi. Histoires de flic
N° 301
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Maria A. Daïf

La semaine.

Des œuvres d’Andy Warhol seront exposées au Maroc. Une première !
(DR)

Expo-événement. Mariages arrangés


Convergences est probablement l'exposition la plus importante de ces dernières années. Initié, dans la plus grande discrétion, par le Groupe Société Générale, l'événement fera date dans l'histoire des arts plastiques au Maroc. Le concept de Convergences : confronter des œuvres d'artistes marocains (issues de la collection de Société Générale) et des œuvres d'artistes étrangers incontournables (issues de la collection du Groupe Société Générale, dont le siège est à Paris). Objectif : établir un dialogue entre des artistes que tout sépare a priori,
à travers leurs créations. Une entreprise dirigée d'une main de maître par Aziz Daki, commissaire de l’exposition, critique d'art et universitaire. Ce dernier explique ainsi sa démarche, dans le texte de présentation de l'exposition : “Il existe des parentés d'ordre esthétique, des préoccupations communes, des proximités formelles, des similitudes techniques, des communautés de vue, un engagement dans la société, des rencontres personnelles, une filiation à une même école ou une convergence théorique entre les artistes des deux collections. C'est cette affinité, ce fil rouge, qui seront donnés en partage aux visiteurs”. Voici donc quelques couples qui nous seront donnés à voir pendant trois mois : Andy Warhol et Mohamed Melehi, Eduardo Chillida et Abdelkébir Rabi, Zao Wou-ki et Jilali Gharbaoui, Bernard Pagès et Hassan Slaoui, Pierre Alechinsky de Chaïbia Tallal, Claude Viallat et Meryem El Alj, Gérard Garouste et Mahi Binebine… Tout simplement grandiose !

Du 12 décembre 2007 au 11 mars 2008 au siège de la Société Générale.



Sortie. Rêves de comptoir

Meurtrie à vif par une rupture, Elizabeth (Norah Jones) quitte New York pour l'Arizona. Elle y enchaîne les boulots de serveuse, à l'écoute de gens abîmés (Natalie Portman, Rachel Weisz, David Strathairn), avec pour seule boussole l'espoir réveillé en elle par un barman attentionné (Jude Law). Dans cette nouvelle variation sur le désir et la quête de soi, Wong Kar-Wai use de tous ses pouvoirs cinématographiques pour sublimer l'émotion : flous cotonneux et lumière électrique, montage subtil et ralentis mélancoliques, dans lesquels des personnages très beaux et très seuls s'accrochent les uns aux autres. Pourtant, malgré ses couleurs pop, le film n'est qu'un pâle successeur de Chungking Express, Happy together et In the mood for love. Malgré une esthétique léchée et un jeu parfait, le tout manque de corps, passant à deux doigts de la doucereuse romance américaine. Loin du chaud-froid de la crème glacée, fondant au contact des myrtilles, My Blueberry nights glisse sur le spectateur avec volupté, mais sans jamais vraiment le pénétrer.

My blueberry nights Au Mégarama.



cinéma. Ouarzazate, enfin !

Faute de salle de cinéma, Ouarzazate perdait de sa crédibilité dans son rôle de capitale nationale du 7ème art. On lui en connaissait deux, malheureusement fermées depuis une dizaine d’années pour manque de rentabilité. Que les cinéphiles ouarzazis se réjouissent : une salle baptisée “Cinéma étoile” a été inaugurée mardi en centre-ville. Derrière ce projet, saluons une initiative privée, celle du comédien français Claude Champmont. Dotée d’une cinquantaine de places (un grain de sable comparé au méga-complexe de 3 500 places, prévu fin 2009), elle permettra aux Ouarzazis de renouer avec le plaisir de se faire une toile… au Cinéma Etoile.


Tournage. La bande à Saïd

“Mon nom est Mud. Mahmud”. Devant un parterre de journalistes, Saïd Taghmaoui garde le sens de l’humour. Depuis plusieurs jours, l’aéroport Casa-Anfa abrite le tournage d’un docu-fiction évènement pour la chaîne allemande ARD. Réalisé par Roland Suso Richter, le film reconstitue, trente ans après les faits – octobre 1977 –, le détournement sur Mogadiscio d’un avion de la Lufthansa par des sympathisants du FPLP palestinien, qui revendiquaient la libération des dirigeants anarchistes de la “Bande à Baader”. Point culminant d’une série d’attentats par la Fraction armée rouge (RAF) qui ébranlèrent la RFA, la prise d’otages de 96 touristes, qui s’étira sur cinq jours et se solda par la mort du pilote et d’une partie du commando, est considérée en Allemagne comme l’évènement le plus important entre 1945 et la chute du Mur. Un travail de mémoire qui valait bien la peine d’endosser un énième costume de terroriste, a expliqué Saïd Taghmaoui (capitaine Mahmud), qui partage l’affiche avec deux autres stars : Thomas Kretschmann (King Kong) et Simo Verhoeven (le fils de Paul).


Fiction. Une Sourate en 3D

40 ans avant l’islam, une armée d’Abyssins, juchée sur des éléphants, se désintègre sous les pierres lâchées par des milliers d’oiseaux défenseurs de La Mecque : c’est l’épisode “miraculeux”, raconté dans le Coran, que Sigma Technologies ambitionne de porter à l’écran – version profane - dans un long-métrage exclusivement 3D. Un projet pionnier en Afrique et au Moyen-Orient, qui nécessitera quelque deux millions d’euros. Depuis près de deux ans, une équipe, emmenée par le réalisateur Abdellah Fakir et les illustrateurs Aziz Maâqoul et Michael Paolletti, planche sur un dossier de financement – décors, personnages, bande-annonce - qui doit partir ce printemps vers Dubaï et Doha. Une fois le budget bouclé, il faudra trois autres années de travail pour que prenne vie Ashab Alfil (Les Gens de l’Eléphant), dont on peut imaginer l’atmosphère surréaliste et antique, à mi-chemin entre Final Fantasy de Hironobu Sakaguchi, et 300, de Zach Snyder.


Expo. Inédit Yamou

Ses peintures demeurent universelles en ce qu’elles célèbrent la vie, la mort, en figurant des végétaux figés mais bel et bien vivants. L’œuvre de Abderrahim Yamou, natif de Casablanca installé à Montreuil (région parisienne), concrétise une recherche sur les matières et sur la nature en éveil. Après avoir exposé à Thirteen Langton Street Gallery et à la Galerie Plume de Paris cette année, c’est à Marrakech qu’il présentera une trentaine de tableaux inédits. De nouvelles créations qui s’inscrivent plus dans la continuité que dans la rupture selon les dires de Sakina Rharib, commissaire d’exposition et amie du peintre : “Son travail est ici plus libre mais aussi plus angoissé. Yamou reste dans le végétal, dans le microscopique, mais au niveau des couleurs, il change. Il sort du vert pour redécouvrir des couleurs plus vives, plus puissantes.”

Du 14 décembre (vernissage à 18h) au 12 janvier à la Galerie Noir sur Blanc de Marrakech.



Musique. Hip hop à gogo

Depuis bientôt six mois, l’émission Hot Intermix sur la Radio Chaîne Inter fait son petit bout de chemin : se définissant comme une émission spécialiste, elle offre aux auditeurs amateurs de hip hop et de R’n’B une sélection des plus pointilleuses. Partagée en trois, elle propose tous les vendredis de 17h à 20h des sessions old school de rap, toutes nationalités confondues, la marocaine incluse. Et c’est bien la première émission du genre ! Mais ce n’est pas tout : si l’émission du vendredi est consacrée à la musique, on retrouve artistes et groupes invités aux mêmes heures le lendemain. Et, cerise sur le gâteau : une heure de plus est programmée depuis une semaine, intitulée “Raptishow”. Le concept ? Une playlist rap old school comme on ne les entend plus, histoire d’élargir la culture musicale des fans…


Edition. Une revue pour le lire

L’association des professionnels du livre APELL vient de lancer le premier numéro de Lecture, une revue destinée à soutenir l’édition marocaine. Tout en proposant un choix de dernières parutions et un annuaire sélectif de librairies, les éditeurs ont choisi de consacrer leur dossier à un hommage au regretté Driss Chraïbi, et à son œuvre vue et lue par les écrivains Abdelhak Serhane, Fouad Laroui et l’universitaire et critique Kacem Basfao. En bonus, une tribune signée Souad Balafrej (librairie Kalila wa Dimna) contre le monopole de la distribution des livres intitulée : “Les librairies, une mort annoncée ?”. Lecture, avec un tirage de 2000 exemplaires, ambitionne de toucher un public étendu par des dons à des bibliothèques et écoles du royaume.


Rock. Heureux Présage

Un vent frais souffle sur le rock marocain. A peine revenu de trois ans en Norvège pour des études, Saâd Moumtaz, 24 ans, a retrouvé son pote Ayoub Choukri, 23 ans, pour créer le groupe Phal (traduit en darija ça donne heureux présage), dont ils sont le noyau dur (voix, guitare), entouré d’autres musiciens pour les concerts. Le tandem, nourri de Deftones, Tool, Led Zeppelin et Incubus, bûche d’abord sur les titres d’un premier album espéré pour ce printemps. De quoi ranimer une scène rock désertée, avec des compos apposant darija et arabe classique à un son nouveau, gracile et vibrant, histoire de “prouver que le rock n’a pas de nationalité”. Trois morceaux – bientôt un quatrième – sont à découvrir sur myspace.com/phalmusic.


Le livre.

Partant du constat que le soufisme reste méconnu des Marocains, l’anthropologue Zakia Zouanat donne la parole aux hommes qui ont écrit l’histoire de cette doctrine, souvent reléguée à de simples mysticismes. D’Ibn al-Arabi au Cheikh Al Jilani en passant par Abu Talib al-Makki, leurs poèmes, leurs écrits sont cités, analysés dans ce livre avec finesse et sensibilité. A travers trois thèmes fondateurs, l’amour, l’accès à la perfection et le don, Zouanat décrit la passion et l’embrasement des Soufis à croire et à s’engager sur le chemin de dieu. Cette chercheuse à l’Institut des Etudes africaines de Rabat tente là de démontrer, preuves à l’appui tirées du Coran, que le soufisme, n’est que “la dimension spirituelle de l’islam”. Zakia Zouanat y croit vraiment : le soufisme, c’est la voie du salut.

Zakia Zouanat, Le Soufisme, quête de lumière ; Éditions et impressions Bouregreg communication.




Humeur.
Robinson Crusoé

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Un élu de Nador a eu une idée lumineuse pour recouvrer l’intégrité territoriale du Maroc : organiser une marche sur l’îlot Leïla. L’homme avait deux autres moyens tout aussi tendance, sous nos cieux, pour appuyer sa revendication : la grève de la faim et le sit-in. Il a pourtant choisi la méthode la plus improbable : une Marche Verte en pleine mer. Il y a sans doute du Don Quichotte chez cet élu, confondant des moulins à vent avec des géants à force de rêver éveillé. À une différence près. Et elle est de taille. Le héros de Cervantès délirait, tout à son aise, dans les plaines de la Mancha sans se voir indiquer le psy le plus proche. C’est une tout autre paire de manches pour l’îlot Leïla, depuis que les Américains ont ramené Espagnols et Marocains à la raison. Plus question de les réveiller en pleine nuit pour un “petit rocher ridicule”, dixit l’ex-secrétaire d’Etat américain Colin Powell. Cette formule frappée au coin du bon sens est restée hermétique pour notre élu. Il n’en démord pas. Le confetti d’empire, à quelques encablures des côtes marocaines, reste à ses yeux l’île au trésor de Robert Louis Stevenson. Il y planterait bien son parasol rouge et vert, les pieds en éventail, son pastis à portée de main. Et s’il se sent seul, il a un compagnon tout trouvé, doté du même talent pour la diplomatie. Un vendredi idéal pour notre Robinson Crusoé : l’ex-ministre des Affaires étrangères Mohamed Benaïssa.



Youn à Casa
Fatal Bazooka, le groupe de rap décalé, débarque au Maroc : Michael Youn et ses acolytes pros de la parodie se produiront le 13 et 14 décembre au Mégarama de Casablanca avec, à leur côté, le rappeur Big Ali et la chanteuse Melissa. Quant à la première partie, elle sera assurée par les Marrakchis Fnaïre.


Une biche à l’Eurovision
Elle s’appelle Hind (Hinde signifie “biche” en néerlandais), elle est d’origine marocaine et elle représentera les Pays-Bas au concours Eurovision 2008, qui se déroulera en mai prochain à Belgrade. Hind, qui a participé à l’émission de télé-réalité Pop Idol, est déjà une star au pays des tulipes puisqu’elle y enchaîne les tubes depuis 2003.


Leeb show
L’humoriste français Michel Leeb se produira le 18 décembre prochain au Mégarama de Casablanca. Il présentera son nouveau one man show, “Tout ce que j’aime”, un savant mélange de ses deux passions, le jazz et le rire. Pour ce spectacle, il sera accompagné de six musiciens.



Spécial Festival International du Film de Marrakech (FIFM)



Prix. Samira en compétition

Le seul film marocain retenu en compétition officielle de ce 7ème FIFM n’est pas le meilleur produit national de l’année en cours. Mais il est, de loin, le plus audacieux. Les jardins de Samira repose sur une thématique d’autant plus forte qu’elle fait partie des grands tabous de la société marocaine : l’impuissance sexuelle. L’histoire est celle d’un mariage arrangé entre une jeune femme trop belle pour rester sans amour et un homme mûr, traditionnel, pour qui le désir au féminin n’est qu’un luxe, un caprice qu’il fait bon de cocher comme une mention inutile. La dualité impuissance masculine / désir féminin est traitée frontalement, sans fard, sans allégorie. Cette approche (originale et courageuse, étant donné le contexte conservateur du cinéma marocain) est parfaitement illustrée par la scène clé du film : la séquence où Samira se masturbe dans son lit (couverte par un drap, rassurons-nous). C’est probablement cette scène, en plus du thème du film bien entendu, qui a déclenché la furie des néo-conservateurs et de quelques “fqihs” de la presse marocaine. Tant mieux. Cela ancre parfaitement le film dans la réalité, telle qu’elle est, du Maroc d’aujourd’hui. Cela permet aussi, au passage, à Latif Lahlou d’effectuer un come-back intéressant. Le cinéaste n’en est qu’à son troisième film en 38 ans d’activité ! Après le prometteur Soleil de printemps dès 1969 et le très étrange La Compromission en 1986, Lahlou s’était quelque peu fait oublier, se recyclant même en producteur. Joli retour en somme.


Coup de gueule. Pendant ce temps-là...
Pendant que l’on se réjouit d’accueillir à Marrakech l’un des festivals les plus en vue du moment, pendant que l’on se targue de produire de plus en plus de films tous les ans, et pendant que l’on se vante de tous ces festivals de cinéma qui poussent comme des champignons à travers le royaume… les salles de cinéma se meurent. Il n’y a plus, au Maroc que 79 salles obscures. Quelque 171 cinémas ont baissé le rideau en quelque 20 années et l’hécatombe continue. Les propriétaires des salles de cinéma crient au secours, en vain. le piratage fait des ravages, le public a depuis longtemps déserté les salles (d’où leur fermeture) et l’initiation à l’art et à la culture à l’école est toujours au point mort. C’est donc légitime de poser la question suivante : à quoi servent tous ces festivals dont celui de Marrakech ? Le réalisateur Saâd Chraïbi a trouvé les bons mots : “C’est l’arbre qui cache la forêt”. Une vitrine de plus en somme, qui, pendant une semaine nous fait oublier pendant une semaine que tout est encore à faire.


Pipole
Dans le cadre de l’hommage au cinéma égyptien et en plus de la quarantaine de projections made in Egypt, le festival accueillera 120 stars égyptiennes. Parmi elles, l’incontournable Adel Imam, Ilham Shahine, Ahmed Badir ou encore (une fois) Yousra. Ça c’est de l’hommage !


Duo gagnant ?
Succédant au duo Mouna Fettou/Laurent Weil (édition 2006), ce sont Hicham Nezzal - remarqué dans 15 ans 15 talents puis dans Indigènes - et l’humoriste Hanane Fadili qui endosseront le lourd costume de maîtres de cérémonie lors de cette édition du FIFM. Un conseil au tandem : s’il vous plaît, de la légèreté !


Hommage mérité
Autre hommage très attendu et amplement bien pensé de cette édition, celui rendu à Abel Ferrara, qui sera de la partie. Abel Ferrara, réalisateur et scénariste américain, n’est autre que l’auteur du cultissime King of New York (avec Christopher Walken) et du controversé Bad Lieutenant (Harvey Keitel).

 
 
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